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POP | Plateforme ouverte du patrimoineLes Deux veuves d'un chef indien se disputant les honneurs du bûcher
Les Deux veuves d'un chef indien se disputant les honneurs du bûcher


Référence de la notice
01370001941
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
23 août 2006
Date de mise à jour
23 février 2026
Rédacteur de la notice
Creuzet Laurent ; Bardin Dominique
Crédits photographiques
© Dijon, musée des beaux-arts
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
CA 345 ; 237 (Cat. peint. françaises 1968) ; 345 (Cat. 1883) ; p. 53 (Cat. envois de l'Etat 1980)
Domaine
Dénomination
Titre
Les Deux veuves d'un chef indien se disputant les honneurs du bûcher
Précisions sur l'auteur
LAGRENEE : Paris, 1725 ; Paris, 1805 ; nationalité : Française
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1783
Historique
Cette grande toile fut exécutée pour le roi sur l'ordre du comte d'Angiviller et payée 6000 livres (F. Engerand). C'est à Rome où il était directeur de l'Académie de France (1781-1787) que la peignit Lagrenée, mais elle fut exposée à paris, au Salon de 1783 (n° 2), où elle obtint un grand succès auprès des critiques. Elle passa ensuite aux Gobelins pour y être transcrite en tapisserie, mais le Jury des Arts la rejeta au cours de sa séance du 29 fructidor an II (15 septembre 1794), comme 'présentant des idées atroces' (Archives de l'Art Français). Le même jury l'envoya à Versailles, au Musée Spécial de l'Ecole Française, au cours de sa séance du 17 ventose an VI (7 mars 1798)(Archives du Louvre Z 4). Le tableau fut donné au musée de Dijon en 1812. La scène représentée dans ce tableau se réfère à une coutume que les auteurs de l'Antiquité rapportent souvent au sujet des peuples orientaux : celle des femmes qui se disputent les honneurs du bûcher de leur mari mort. Le premier à la raconter est sans doute Hérodote à propos des Thraces. Il s'agit toutefois ici d'un curieux épisode rapporté par Diodore de Sicile, que le livret du Salon de 1783 expose en détail : 'Eumène, un des successeurs d'Alexandre, après une bataille contre Antigone, faisant ensevelir les morts, il se trouva parmi les corps celui d'un officier indien qui avait amené ses deux femmes. Il avait épousé l'une d'elles tout récemment. La loi du pays ne permettoit pas à une femme de survivre à son mari... ; mais la loi ne parlait que d'une seule femme et il s'en trouvait deux ; chacune prétendait devoir être préférée... ; on jugea en faveur de la seconde. La première se retira fort triste et baignée de larmes, déchirant ses habits et s'arrachant les cheveux ; l'autre, au contraire, parée de ses plus riches ornements, comme dans un jour de noces, s'avance avec gravité vers le lieu de la cérémonie où, placée sur le bûcher par la main de son propre frère, elle expira au milieu des acclamations et des regrets de tous les spectateurs'. Le sujet est généralement mis en rapport avec la tragédie de Lemierre, 'La Veuve de Malabar' (1770), qui remportait à l'époque un grand succès. La scène, intégrée dans un paysage qui veut évoquer l'Orient, est composée de deux groupes de figures qui s'opposent : à gauche, la première femme s'enfuit sous le regard apaisant d'Eumène ; à droite, dans un jeu de clair-obscur théâtral, la scène essentielle : la seconde femme, accueillie par son frère, s'avance avec gravité vers le bûcher sur lequel gît le défunt, tandis que le prêtre invoque les Dieux. A l'arrière-plan est évoqué le contexte historique de la scène : le champ de bataille où les soldats d'Eumène ensevelissent les morts. Cette composition recherchée montre un goût prononcé du peintre pour les effets théâtraux. Chaque personnage occupe la place qui lui revient, même l'esclave qui, au premier plan, se prépare à mettre le feu au bûcher. La facture, qui s'appuie sur un dessin très sûr, utilise des tonalités claires et douces qui ne sont pas sans rappeler l'art de Lesueur. Si le style se fait noble et sculptural et utilise des draperies à plis réduits et collants, s'inscrivant ainsi dans la veine du retour à l'antique, cette oeuvre de Lagrenée est cependant encore assez étrangère au goût néo-classique de l'époque et reste, somme toute, plus proche des leçons de Lemoyne que de la sévérité davidienne. (Notice extraite de l'ouvrage d'Alain Roy, 'Les Envois de l'Etat au Musée de Dijon (1803-1815)', Paris, 1980)
Localisation
Dijon ; musée des beaux-arts