Historique
Ce type d'assiette destiné à former une série homogène sur un dressoir est décoré sur la face comme au revers. L'assiette illustre la scène de la tonte des moutons, allégorie du mois de juin, et le travail du chanvre traditionnellement associé au mois de novembre. Dans la tradition des livres d'heures, le signe du zodiaque accompagne la scène ; ici, deux mois sont symbolisés et c'est le sagittaire qui est représenté. Il semble qu'il y ait eu une erreur de la part de l'émailleur. Plusieurs exemples sur ce genre de production comportent des erreurs qu'explique Philippe Verdier. Le décalage de deux mois du signe du zodiaque peut se justifier par la confusion créée par l'ordonnance dite de Roussillon, prise par Charles IX en 1564. Ordonnance qui fixe au 1er janvier le début de l'année légale. Par exemple, janvier héritait ainsi du signe de mars, le bélier, qui marquait le début traditionnel de l'année astronomique. Malgré cette explication, cette assiette renferme une autre curiosité. En effet, l'association de la tonte des moutons au travail du chanvre, c'est-à-dire des mois de juin et novembre semble unique. Il s'agit d'une grisaille de belle qualité dans une composition sobre au dessin sûr. La composition est bien équilibrée, la taille importante des personnages s'inscrit dans le choix d'une iconographie originale. La grisaille offre un modelé puissant, allégé par les fins rinceaux d'or et les cartouches à fond blanc que l'on rencontre sur des oeuvres du Maître I.M et de Léonard Limosin. De nombreuses séries d'assiettes en grisaille représentant les mois de l'année ont été exécutées par les artistes de Limoges dans la seconde moitié du XVIe, notamment à partir des modèles gravés d'Etienne Delaune parus en 1568. Pour notre assiette, le décor paraît avoir été copié de gravures plus anciennes attribuées à Hans Sebald Beham (1500-1550) parues dès 1527, pour le mois de novembre. En effet, l'émailleur a copié la composition de Hans Sebald Beham, on retrouve la femme travaillant le chanvre dans une position identique ainsi que les deux hommes sous abri. Le modèle gravé d'Etienne Delaune (mort en 1583) illustrant le mois de juin est plus discutable. Lors de l'exposition 'La Rencontre des Héros', une assiette représentant Le mois de mai attribuée à Pierre Pénicaud a été rapprochée de l'assiette de Dijon (Limoges, Musée de l'Evêché, inv. 2000.16.1). Toutefois, on peut exclure qu'il s'agisse d'une assiette de la même série, du fait de dimensions légèrement réduites et de la tonalité bleutée de l'assiette de Dijon qui ne se retrouve pas sur celle de Limoges. Malgré l'absence de signature, la qualité de la grisaille au modelé ferme et au style proche de Jean III Pénicaud, néanmoins moins mouvementé, ainsi que les médaillons en camées ont permis d'attribuer cette assiette à Pierre Pénicaud. Il s'agit d'une pièce rare et précieuse puisque peu d'oeuvres lui sont attribuées, parmi lesquelles quelques-unes sont signées. (Notice d'Alexandra Ballet extraite du 'Catalogue raisonné de la collection d'émaux peints du musée des beaux-arts de Dijon', 2 vol., Mémoire de Master 1 d'histoire de l'Art Moderne de l'Université de Bourgogne, sous la direction de Paulette Choné, 2005) ; en rapport avec : Delaune, Le mois de novembre, gravure