Mesures
Dimensions Hauteur : 110,4 cm ; Largeur : 85,3 cm ; Hauteur (en cm) 110,4 ; Largeur (en cm) 85,3 ; Hauteur avec cadre (en cm) 139 ; Largeur avec cadre (en cm) 113 ; Epaisseur avec cadre (en cm) 10,5
Description
Peinture à l'huile sur toile ; Cadre en bois doré et mouluré ; Emplie d’élégance et de sensualité, Vénus se dresse devant son époux officiel, le dieu Vulcain. Virgile décrit cette scène dans l’Énéide : Vénus use de ses charmes pour convaincre Vulcain de forger une armure pour son fils Enée. Maître du feu et protecteur des artisans, Vulcain a l’apparence d’un artisan : il est coiffé d’un bonnet rond. Restant assis devant son établi, il est d’abord hésitant face au discours de son épouse infidèle qui lui a préféré Mars. Soudain, Vulcain est saisi par la passion amoureuse et promet à Vénus son aide totale. Jouvenet représente Cupidon qui accompagne la déesse et décoche une flèche sur Vulcain. En 1974, au moment de la parution de sa monographie "Jean Jouvenet (1644-1717) et la peinture d’histoire à Paris", Antoine Schnapper n’avait connaissance de notre tableau qu’à travers la gravure de Desplaces et ses nombreuses copies. Il insista sur la vigueur de la composition et sur son accent réaliste. Vénus, Cupidon, le char dételé, l’appareil de nuages symboliques des dieux se juxtaposent selon lui au monde laborieux de Vulcain, dont les aides continuent leur travail. L’enclume, les marteaux, l’étau, l’établi de Vulcain, le chien endormi étaient pour Schnapper « des morceaux d’une singulière densité, sans précédent dans la peinture française depuis les Le Nain ». En effet, le réalisme des outils de forgeron est tout à fait remarquable et donne un bon exemple du vif sens du réel perceptible dans tout l’œuvre peint de Jouvenet. En 2010, Madame Christine Gouzi réédita l’ouvrage d’Antoine Schnapper et enrichit notamment la notice sur ce tableau, dont elle ne connaissait à ce moment-là que la répétition en taille réduite. Elle en jugea le coloris assez exceptionnel dans le corpus de Jouvenet. En effet, Vénus porte un vêtement mauve particulièrement travaillé, qui pourrait selon elle rappeler la palette de Titien, qui affectionnait cette teinte, ou encore celle de Véronèse, qui la déclinait dans des camaïeux de rose. Elle conclut que même si l’ensemble de l’œuvre peint de Jouvenet n’évoque pas l’atmosphère de la peinture vénitienne, Jouvenet en est suffisamment attiré pour s’en inspirer parfois. Notre tableau a probablement été exposé au Salon de 1699, voire possiblement aussi à celui de 1704. Ces deux salons successifs, qui se tinrent dans la Galerie du Louvre, firent partie d’une série d’expositions qu’organisait de manière sporadique l’Académie royale depuis 1667 déjà.Autour de 1700, Jean Jouvenet était au sommet de sa carrière. Avec Charles de La Fosse, Antoine Coypel et les frères Boullogne, il faisait partie des peintres français de son temps qui connurent le plus de succès. En 1707, Jouvenet accéda aux fonctions les plus élevées au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture et devint l’un de ses quatre recteurs. Une particularité par rapport à ses contemporains est que Jouvenet s’adonna, à partir de 1685, essentiellement à la peinture religieuse, domaine dans lequel il joua un rôle non négligeable. Selon Madame Christine Gouzi, l’œuvre de Jouvenet doit être vu comme une preuve d’un renouveau religieux à la fin du règne de Louis XIV. Originaire de Rouen, l’artiste s’était installé à Paris à l’âge de dix-sept ans. Remarqué par Charles Le Brun, Jouvenet avait rapidement intégré son équipe des peintres décorateurs des résidences royales : Saint-Germain-en-Laye, les Tuileries et Versailles. Sa collaboration avec Le Brun marqua Jouvenet tout au long de sa vie. C’est au contact de Le Brun que Jouvenet sut développer sa plus grande qualité d’artiste : sa capacité de créer d’impressionnantes mises en scène, tout en rendant le spectateur sensible, grâce aux attitudes des personnages, à la vie intérieure de ces derniers. L’œuvre peint de Jouvenet reste fortement attaché à la tradition classique et démontre qu’il y avait une continuité de la grande peinture d’histoire en France entre Le Brun et David. L’énorme succès de Jouvenet est attesté par les nombreuses copies et estampes diffusées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.