Commentaire descriptif de l'édifice
La chapelle est implantée au nord-ouest de la propriété du lycée Godefroy-de-Bouillon. Le bâtiment, globalement orienté nord-sud, possède un plan en « L ». La façade nord (le haut du « L ») ouvre sur l’étroite rue Godefroy de Bouillon. Au sud s’élève le chevet de la chapelle qui surmonte un passage couvert. Dans son prolongement, en direction de l’est, s’élève une aile en retour d’équerre (le pied du « L »). Elle abrite notamment un espace ouvrant sur la chapelle et formant le bras oriental d’un transept « manchot ». L’élévation orientale jouxte au nord-est et au sud-est des corps de bâtiments de l’institution, ainsi qu’une cour « des cuisines » située entre ces corps et une autre aile implantée plus à l’est. À l’ouest, la façade est presque entièrement dissimulée par de hauts immeubles. Seule une longue et étroite cour la sépare de ces édifices. La chapelle mesure environ 47 m de longueur hors tout, sa largeur est au nord de 24,6 m, au sud de 30,7 m. Malgré ses dimensions imposantes, elle reste assez discrète dans le paysage urbain en raison de son insertion parmi d’autres bâtiments. Comme le soulignait Adrien Mitton, cet édifice « n’est pas une église paroissiale, c’est une chapelle de pensionnat. Il y a là deux programmes fort différents. D’abord nul besoin […] d’un clocher pour signaler au loin la maison de Dieu, ni d’une riche façade pour attirer les foules. Pas davantage de recoins obscurs et tranquilles, bons pour de paisibles dévotes ». En effet, la chapelle est dépourvue de clocher, même si la croix qui surmonte le pignon sud culmine à près de 30 mètres. Elle ne possède pas non plus de façade principale percée d’une porte qui aurait servi d’accès privilégié. L’élévation nord, la seule située en bordure d’une rue publique, peut être considérée comme une façade arrière ; ses portes ne permettent pas d’entrer directement à la nef. L’accès à la chapelle se faisait essentiellement par l’intérieur, du côté oriental, en parcourant des couloirs reliés aux autres parties du pensionnat. De fait, le programme de l’édifice ne se résumait pas à celui d’un simple lieu cultuel. Les architectes réaménagèrent les ailes entourant au nord, au sud et à l’est la cour des cuisines (infirmerie, chambres, dortoirs, sanitaires, etc.). Ils placèrent la nef et le chœur de la chapelle au 1er étage. Le rez-de-chaussée (établi sur des caves) fut occupé au sud par un grand préau fermé, au nord par des réfectoires et des salles à manger. Grâce à des cloisons vitrées mobiles, le préau et les réfectoires pouvaient être réunis en un seul espace. La nef est divisée en quatre grandes travées délimitées par des arcs paraboliques. Le chœur occupe une cinquième travée, complétée par les sacristies. Une tribune se trouvait dans la première travée nord. Elle était destinée à la chorale, aux musiciens et à l’organiste. Des passages étroits, surmontés par des galeries à usage technique, se développent le long des façades ouest et est. Chaque passage abritait une allée et des stalles destinées aux professeurs et aux surveillants. Placées perpendiculairement par rapport aux bancs occupés par les pensionnaires dans la nef, elles offraient sur ces derniers un point de vue parfait. L’aménagement procédait d’un souci quasi-obsessionnel de la discipline, clairement exprimé par les commanditaires et traduit par l’architecte. Du côté oriental, une grande salle ouvrait largement sur lui : d’une capacité de 200 places, elle abritait les familles des pensionnaires lors des cérémonies de communion solennelle et de confirmation. Au-dessus de cette salle se trouvait une petite tribune accessible du 2e étage : elle communiquait avec l’infirmerie et accueillait les élèves convalescents. Le chœur est surélevé d’environ un mètre par rapport aux premières rangées de bancs. Un carrelage coloré dessine les limites des allées de la nef. Un parquet matérialise l’emplacement des bancs, sur lesquels 900 pensionnaires pouvaient s’assoir. La 1re travée de la nef reçoit la lumière naturelle par les baies de la façade septentrionale. Les 2e et 3e travées disposent de chaque côté de grandes baies ouvrant au-dessus des galeries techniques. La 4e travée, plus sombre car dépourvue d’ouverture sur l’extérieur, ménage une transition avec le chœur. Celui-ci bénéficie d’un éclairage zénithal diffusé par une voûte surbaissée à caissons translucides. Les arcs paraboliques de la nef possèdent une ouverture large de 16,30 mètres entre les points d’appui. Ils portent des arcatures ajourées. L’arc séparant la nef du chœur, de même dimension que les autres, supporte des arcatures aveugles. Il est doublé par un arc plus petit, lui-même ajouré de 19 cases verticales. Son identité d’arc triomphal est ainsi soulignée. Une voûte surbaissée à caissons couvre chaque travée de la nef. Des caissons se trouvaient également sous la tribune. Outre leur contribution à la composition architecturale, ces multiples caissons évitaient – selon l’architecte – les effets de résonnance. L’ossature porteuse de la chapelle est en béton armé. Toutefois, à partir du niveau des tribunes, il n’est pas impossible que les arcs paraboliques soient en brique. Les arcatures paraissent être constituées de boisseaux en terre cuite. Les voûtes à caissons, en plâtre, sont en partie suspendues sous la charpente métallique qui porte le toit. La brique et la pierre ont été utilisées pour les murs. Des ardoises couvrent le toit à deux pans en pente douce. Une verrière surplombe la voûte translucide du chœur. Le chœur concentre l’essentiel du décor. L’abside est ornée d’un motif rayonnant et vermiculé de couleur ocre et jaune doré. Elle est percée d’une baie, sorte de niche d’apothéose occupée habituellement par une statue de Jésus adolescent. Mais, grâce à un plateau tournant sur un roulement à billes, quatre autres statues pouvaient occuper à tour de rôle cet emplacement suivant le calendrier liturgique. L’artiste clermontois Louis Dussour a exécuté une grande peinture murale (20 m2) sur le mur méridional du chœur. Le thème général est l’œuvre apostolique des Frères des Écoles chrétiennes : « conduire la jeunesse au Christ, l’éduquer selon les principes chrétiens ». Le maître autel occupe toujours sa place d’origine. Il en est de même pour la table de communion et la chaire à prêcher. Ces éléments ont été réalisés en marbre blanc veiné de noir, en marbre marron veiné de gris et de blanc, enfin en marbre de Nonette (ocre clair). Ils sont ornés de petits panneaux de mosaïques de verre et dorées. La balustrade du chœur fut exécutée par M. Chaussegros, ferronnier d’art clermontois. Les deux étroites baies placées de part et d’autre du chœur, au sud, sont fermées par des vitraux à motifs de fleurs, de fruits et géométriques. Par rapport à la puissance expressive de l’architecture intérieure, les élévations extérieures sont plus modestes. Au nord, les six niveaux de baies forment une composition symétrique. Au sud, la composition s’organise selon un schéma pyramidal.