Description historique
La nécessité de sécuriser les communications radio avec les bases de l’OTAN installées en Allemagne ainsi que l’accroissement du nombre de postes de télévision dans les foyers français à partir du début des années 1950, engagent le gouvernement dans une ambitieuse politique de construction d’infrastructures destinées aux télécommunications hertziennes alors en pleine expansion. Au sortir de la guerre, plusieurs entreprises civiles de télécommunication contribuent en effet au perfectionnement de cette technologie amplement développée par les ingénieurs durant le second conflit mondial. Au début des années 1950, en France, le faisceau hertzien est suffisamment stabilisé pour envisager une utilisation commerciale sur de grandes distances. Dès février 1950, le ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones désigne Pol Abraham pour concevoir les cinq stations du faisceau Paris-Lille dont Meudon constitue le relai parisien, ce centre devant d’ailleurs devenir le centre d’un réseau national. Les communications transitent ensuite par un câble enterré jusqu’au centre principal de la RTF rue Saint-Amand, dans le XVe arrondissement. Le budget de la construction de la tour s’élève à 210 000 000 de francs sur un montant total de 380 000 000 francs consacré au réseau Paris-Lille. Entre 1950 et 1951, Abraham met au point au moins trois projets, hésitant sur le profil à donner à la tour, première du genre, entre le building américain couronné d’une rotonde et la forme classique de l’obélisque. L’emplacement retenu, sur les hauteurs de la forêt de Meudon, donne également lieu à des hésitations. En mai 1951, un emplacement devant un carrefour forestier situé sur le pavé des Gardes est étudié (site de l’actuel stade Jean-Wagner). Ce choix aurait placé la tour sur la commune de Sèvres (sur l’allée des Acacias, entre la route de la Source et la route de Gallardon). Cette hypothèse devait entraîner des modifications de tracé de chemins forestiers, et de compléter le carrefour pour en faire une étoile giratoire. Surtout, elle aurait mis la tour, en accord avec l’inspection départementale de l’Urbanisme de Seine-et-Oise, face à l’observatoire de Meudon, dans l’axe de l’avenue de la Porte-Dauphine, afin de monumentaliser le programme, de le faire concourir à l’ordonnancement général, la taille de l’édifice empêchant quoi qu’il en soit de le masquer. La face orientale, côté observatoire, aurait reçu un relief sculpté et une inscription rappelant l’objet de la construction et l’inscrivant dans la tradition des obélisques. Finalement, l’étoile du Pavé-de-Meudon, à la limite des communes de Meudon et Chaville, est préférée, le terrain est alors concédé au ministère des PTT par l’Office national des Forêts. Le centre hertzien est officiellement inauguré en décembre 1953 par la retransmission de la messe de minuit depuis la cathédrale de Strasbourg. Contrairement à une tradition orale, la retransmission en eurovision du couronnement d’Elisabeth II, le 2 juin 1953, n’a pas été assurée par la tour de Meudon, mais par le terminal de Cormeilles-en-Parisis. La tour perd une partie de son utilisation à des fins télévisuelles dans le courant des années 1960 mais le développement de la téléphonie lui conserve une grande utilité. Le bâtiment sur deux niveaux (rez-de-chaussée et sous-sol) entourant la base de la tour a été ajouté autour de 1970 afin de pouvoir assurer les besoins nouveaux. Il a pris la place du fossé qui dégageait apparemment la base de la tour, mais qui n’avait pas été réalisé selon le traitement paysager initialement prévu par Pol Abraham (fossé à pentes engazonnées), lorsque la construction du centre hertzien avait été envisagé dans la perspective de l’observatoire. Entre 1980 et 1981, une salle de 500 m² est aménagée en sous-sol, au-devant le parvis d’accès à la tour, pour accueillir de nouveaux équipements techniques, par l’architecte Jean Willerval. En 1985, un pylônnet est ajouté au sommet de la tour. En mars 2007, un permis de construire est délivré pour l’aménagement de locaux de production, de traitement et de diffusion des programmes de TF1 et LCI, en complément du site de Boulogne-Billancourt, ce qui redonne une fonction télévisuelle à la tour. Les installations prennent place en sous-sol et au rez-de-chaussée principalement dans le bâtiment périphérique et l’extension souterraine. Les aspects de ces parties ont été modifiées (enduit, baies, menuiseries, abords).