Commentaire descriptif de l'édifice
La commande du ministère répond à quatre besoins principaux : réunir les services dispersés de l’institution, améliorer les conditions de travail des agents (aménagement intérieur, étude des liaisons), moderniser les méthodes de gestion et prévoir l’adaptation de l’édifice aux futures évolutions administratives. Le maître d’ouvrage argue la nécessité de concevoir une véritable cité administrative et « un ensemble architectural qui marque l’esthétique et l’urbanisme modernes », tout en insistant sur le respect de la qualité de vie du quartier. Le programme complexe de cette cité administrative prévoit la construction de 150 000 m2 de surface abritant essentiellement des bureaux pour les services de l’administration centrale auxquels il faut ajouter quatre cabinets ministériels, des salles de conférences et de séminaires, des équipements sociaux pour le personnel (gymnase, bibliothèque, crèche, cafétérias) et une surface de 10 000 m2 réservée au ministère des Anciens combattants. Inséré entre la gare de Lyon et le quai de la Rapée, le site retenu en mars 1982 fait face au parc de Bercy et au palais omnisport d’Andrault et Parat, dont il est séparé par la double rangée d’arcades du viaduc supportant le métro aérien. Le terrain, ingrat et malcommode, est composé de la réunion de trois parcelles inégales formant un vaste parallélépipède de 3,5 hectares perpendiculaire à la Seine et cinq fois plus profond que large (parcelles Villiot et Bercy-La Rapée) et une fine bande courbe de 750 m coincée le long des voies ferrées de la gare de Lyon (parcelle Dalle). Ce choix fait l’objet d’une longue polémique en raison d’une situation peu attractive et de l’éloignement des autres ministères, mais aurait été appuyé conjointement par le maire de Paris, Jacques Chirac, et le président de la région, Michel Giraud. Le rééquilibrage de la ville vers l’Est parisien, où les implantations institutionnelles sont moins présentes, et l’impact structurant et valorisant de l’opération pour l’environnement urbain de la ZAC Gare de Lyon-Bercy, sont invoqués. Le positionnement du projet de Chemetov, Huidobro et Duhart-Harosteguy qui empiète sur le domaine fluvial fut également questionné : les critiques ont reproché au ministère d’être placé perpendiculairement à la Seine au contraire des édifices institutionnels parisiens qui lui font traditionnellement face (Palais de Chaillot, musée du Louvre, musée d’Orsay). Le parti adopté par les architectes repose sur l’affirmation de la présence du ministère en bord de Seine. Le plan présente trois corps de bâtiment principaux articulés autour d’un axe central dont le rôle de rue intérieure est de distribuer les circulations et d’assurer la liaison entre les services. Au nord, le bâtiment Necker, enserré en bordure des voies ferrées et de la rue de Bercy, présente une forme cintrée haute de six à huit étages. Construit sur une dalle légèrement surélevée, il est constitué de deux immeubles placés dans le prolongement l’un de l’autre où sont situés le restaurant et la crèche du MEFB. À l’ouest, le bâtiment Vauban, dont la hauteur est comprise entre deux et six étages, prend une forme de grille agencée autour de six patios. Ce damier rectangulaire où sont logés de nombreux bureaux est encadré par deux pavillons de l’ancienne douane qui ont été conservés et accueillent l’un une salle de conférences, l’autre des activités socio-culturelles (infirmerie, gymnase, salle polyvalente). À l’est, le bâtiment Colbert est disposé parallèlement à l’ancien mur des fermiers généraux et au viaduc de Bercy qui ont induit la construction de cette barre linéaire de 357 m continu. Cette « règle pétrifiée » dont les immenses piles plongent dans le fleuve est bordée par une double douve qui sert d’écrin, comme les halls d’accueil et les cours, à une trentaine d’œuvres d’art d’artistes renommés (Antoine Bourdelle, César, Pierre Soulages, etc.). Les architectes proposent une architecture officielle où s’expriment à la fois la puissance de l’institution gouvernementale – au point que la longueur de la façade perpendiculaire à la Seine est équivalente à celle de l’ancien ministère des Finances de la rue de Rivoli – et la métaphore du franchissement, du trait d’union et de l’ouvrage d’art. Cette barre linéaire abrite les cabinets ministériels, en léger décalé par rapport à l’axe de l’édifice, et les espaces d’accueil. Elle a été conçue comme un véritable pont habité de neuf étages qui enjambe à ses deux extrémités la rue de Bercy et le quai de la Rapée et forme deux portes d’entrée sur la ville. L’horizontalité de l’édifice est ainsi contrebalancée par la présence de ces deux portiques monumentaux de 72 m qui encadrent une série de portiques clos de plus petites dimensions. L’ensemble de cette mise en scène évoque à la fois les arcs de triomphe antiques et la Grande Arche de La Défense. À l’extérieur de l’édifice, le rythme des façades est assuré par une trame de 90 cm sur 90 cm qui régit l’ensemble de la cité administrative et permet de mettre en valeur les matériaux choisis pour habiller le ministère. À l’extérieur, on a opté pour un attelage rigoureux et équilibré de pierre, de béton et de verre teinté, tandis qu’à l’intérieur les espaces d’accueil et de réception (hall d’accueil, salon, salle à manger, salle de conférences) éclairés par de larges baies sont revêtus d’un décor mural en érable et en frêne et est pourvu d’un sol en marbre qui reçoit du mobilier conçu par les plus grands designers (Charles et Ray Eames, Le Corbusier). Le faste de cette mégastructure est cependant pondéré par le classicisme du traitement de l’ornementation et de la modénature.