Commentaire descriptif de l'édifice
Le programme de la Très Grande Bibliothèque (TGB), voulu par le président de la République comme d’un « type entièrement nouveau », comprend une bibliothèque de référence dotée de 400 000 volumes (2 000 places), une immense réserve climatisée, le service de Recherches bibliographiques (270 places), le département des Actuels (1 220 places), des centres d’information et de documentation et un centre de colloques. Ce dernier contient un auditorium de 350 places et un amphithéâtre de 750 places. Les espaces publics à l’intérieur de l’édifice comprennent également une librairie, des espaces d’accueil et de détente, ainsi que des espaces d’exposition. Le programme est pharaonique, près de 365 000 m² de surface (168 000 m² de surface utile) et 12 millions d’ouvrages en réserve, chiffre qui ne fait qu’augmenter chaque année grâce au Dépôt légal. Le projet se veut une pièce « d’art urbain, une installation minimaliste », selon Dominique Perrault. Il résume également son parti en quelques mots : une place-belvédère, un cloître de verdure (1,2 hectare) et quatre tours. Les volumes, pleins ou vides, se succèdent : celui du jardin central en sous-sol d’abord (inaccessible aux lecteurs), l’esplanade recouverte de bois qui sert d’espace public ensuite. Finalement, les quatre tours (inaccessibles au public, contenant les magasins), formant quatre angles droits ouverts, donnent leur caractère au projet et filent la métaphore des livres ouverts. Ces tours cantonnent donc le quadrilatère qui, lui, peut apparaître comme un écho au quadrilatère historique du site Richelieu. Elles encadrent ce vide creusé dans la place publique unificatrice de l’ensemble du programme. Comme pour de nombreuses bibliothèques et tours d’archives construites au XXe siècle, le type traditionnel de la tour aux livres, ou tour des chartes, a été développé ici par Dominique Perrault. Les tours s’élèvent sur 80 mètres (20 de moins que dans le premier projet), les volets intérieurs cachent et dévoilent en même temps le trésor que constituent les fonds conservés par l’institution. C’est l’une des innovations du projet : la typologie de la bibliothèque est renouvelée dès lors que les quatre tours rendent visibles les fonds de la bibliothèque, habituellement cachés aux yeux du public dans des magasins aveugles. L’architecte a souhaité que l’on puisse déambuler librement au sein du complexe. Seul le vide central boisé (10 mètres sous le niveau de la Seine) est finalement interdit à la promenade et apparaît comme un espace de contemplation, de respiration au cœur même du site, invitant à la réflexion et au repos de l’esprit. Les arbres les plus grands sont des pins provenant de Normandie. La BnF se présente donc comme un édifice transparent, perméable, comme une métaphore de l’accessibilité au savoir. Cette métaphore se développe dès l’espace urbain. De tous les côtés, il faut gravir des degrés (de une à plusieurs dizaines), qui placent l’édifice dans une position élevée de 8 mètres au-dessus des berges. Le socle, visuellement très fort, s’impose sur 30 mètres de haut. Le mouvement s’inverse ensuite. Il faut descendre vers les espaces de lecture grâce à des escalators en plein-air. Récemment, ils ont été remplacés par des escaliers métalliques, moins glissants. La descente dans le cœur du bâtiment conduit aux espaces réservés, salles basses accueillant les chercheurs accrédités. Le travail de Dominique Perrault sur les parties souterraines de l’édifice est particulièrement développé. Certains espaces sont ainsi situés à 14 mètres sous le niveau de la Seine. De loin, si la bibliothèque ne se signale que par les tours définissant un vaste enclos, en réalité une très grande partie du bâtiment se situe partiellement ou totalement sous le niveau haut du sol. Cette pratique inscrit Dominique Perrault dans l’architecture du « Groundscape » (paysage du sous-sol), avec ce premier exemple représentatif de ses recherches et explorations formelles. Le béton s’impose parmi les matériaux. 180 000 m3 sont mis en œuvre et, sur cette masse, 70 000 m3 sont de nature architectonique (brut de décoffrage). Le chantier a été facilité par la standardisation de l’ouvrage et le recours à la préfabrication : de plus de 20 000 éléments préfabriqués dont 40 000 m² de dalles alvéolaires précontraintes de 12 m. de portée. Des panneaux d’acier (3,6 x 1,8 m., 560 kg.) standards sont répétés sur les sept hectares de façade en verre (feuilleté extra-clair). Des milliers de mètres carrés de tissages métalliques, aux mailles variées, sont utilisés en doublage comme faux-plafonds, velum, tentures murales, pièges à son, tapis de sol, luminaires, garde-corps ou façades secondaires des tours. L’architecte a passé plus de deux ans à mettre au point certains tissus d’acier avec des industriels. L’utilisation du bois compense l’exploitation de matériaux industriels et hautement techniques. Parmi les essences, l’ipé est utilisé pour le sol de l’esplanade, l’okoumé se distingue pour le placage des volets intérieurs des tours. Ce matériau est particulièrement économique puisqu’il n’a fallu que cinq arbres par tour pour réaliser l’ensemble des panneaux. Le bois de doussié est utilisé à l’intérieur pour les cloisonnements, le mobilier et les parquets. Le mobilier (chaises, lampes de table, rayonnages), très soigné, a été dessiné par Dominique Perrault, et donne beaucoup de confort et de chaleur dans les espaces de circulation et de lecture. Cette intervention sur l’aménagement, le mobilier et la signalétique fait de ce programme une œuvre complète, conformément aux souhaits émis dans le cahier des charges.