Commentaire descriptif de l'édifice
Le site de construction de la tour, une zone militaire proche de l’aéroport du Bourget, en contraint fortement le développement : la tour ne doit pas dépasser 141 m. de hauteur et son emprise au sol doit être la plus faible possible selon le vœu de l’administration militaire qui possède le fort de Romainville. Claude Vasconi dessine une structure composée d’un pylône de béton armé de 107 m. de hauteur (pour 70 cm. d’épaisseur de paroi) assis sur une base tronconique de béton de 5 m. d’épaisseur. Des plates-formes circulaires de 43.5 à 26.3 m. de diamètre (de la plus haute à la plus basse) sont accrochées au sommet (environ 2 000 tonnes par plate-forme). Un pylônnet coiffe la tour qui atteint ainsi 147 m. de hauteur. Les façades des couronnes sont en béton armé moulé. L’ensemble de l’armature de la tour est revêtu de carreaux de céramique blanche garantissant une bonne isolation contre les intempéries. Leur reflet signale l’édifice dans le grand paysage de la métropole. Ne pouvant couler les plates-formes de béton armé à une hauteur si élevée, Vasconi les fait fabriquer au sol et hisser le long du pylône. Chacune forme un bloc compact avec ses seize rayons qui viennent reposer sur des consoles de béton dans le mât. Des nervures circulaires relient les rayons, et une poutre-caisson circulaire ceinture le tout au contact du fût. Lors du levage, chaque plate-forme comprend déjà ses modules de façade et son revêtement (réalisés en atelier). Les plates-formes, une fois assemblées pour former la tête de l’ouvrage, forment trois niveaux à l’usage du centre hertzien. La base du bulbe, sous la couronne inférieure, la plus petite, comprend des ailettes en béton percée par une coursive donnant accès à une antenne parabolique. Ces ailettes établissent une transition massive mais graduée entre le fût et le bulbe. Les circulations – un ascenseur et un escalier – ainsi que les gaines techniques sont logées à l’intérieur du mât de béton. La plate-forme inférieure est réservée à l’usage des militaires ; les deux supérieures renferment bureaux et salles techniques contrôlant et recevant les données des antennes paraboliques. L’aménagement de la grande salle de contrôle équipée à l’origine de 72 écrans, a été dessiné par Vasconi. Le noir et le blanc dominent dans cet aménagement, comme d’ailleurs pour l’extérieur (le rouge a été utilisé pour les parties sommitales). La dernière plate-forme, qui porte le chemin de ronde où sont disposées des antennes, est percée par des verrières entre les radiales. Celles-ci devaient éclairer naturellement les salles de contrôle et les espaces techniques du dernier niveau. Cependant, des feuilles de cuivre ont occulté les verrières dès la livraison de l’ouvrage, afin de protéger les équipements situés à l’intérieur du rayonnement des antennes supérieures. « Je devais cependant faire apparaître un ouvrage élancé et élégant, ce qui n’était pas une mince affaire puisqu’on souffrait de ne pas pouvoir aller plus haut ». Les propos de Claude Vasconi (Annales de l’Institut technique du bâtiment et des Travaux publics, n° 415, juin 1983) indiquent le soin porté à l’esthétique des lignes d’un édifice strictement fonctionnel cependant visible à la ronde. Pour alléger la silhouette du bloc sommital, l’architecte fit le choix de plates-formes au diamètre dégressif. L’inclinaison des parois permettait en outre de sculpter le profil de la tour. Le renfoncement des bandeaux vitrées crée trois sillons sombres baguant le sommet de la tour. De même, plutôt que de dresser toutes les antennes sur la couverture de l’édifice et sur le pylônnet, ce qui n’aurait pas manqué de créer un effet échevelé, Vasconi a placées les plus grandes sur le pourtour, dans des renfoncements prévus à cet effet, qui interrompent ainsi les sillons des baies vitrées. Au pied de la tour, un petit bâtiment sur deux niveaux (rez-de-chaussée et sous-sol) concentre les quelques services qui n’ont pas pu prendre place dans la tête de l’édifice (transformateurs, groupes électrogènes, chaufferie).