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Plateforme ouverte du patrimoine

Cimetière intercommunal des Joncherolles

Désignation

Dénomination de l'édifice

Architecture monumentale commémorative funéraire et votive ; ensemble funéraire ; cimetière

Titre courant

Cimetière intercommunal des Joncherolles

Localisation

Localisation

Île-de-France ; Seine-Saint-Denis (93) ; Pierrefitte-sur-Seine ; Villetaneuse ; 95 rue Marcel-Sembat

Adresse de l'édifice

Marcel-Sembat (rue) 95

Historique

Siècle de la campagne principale de construction

20e siècle

Siècle de campagne secondaire de consctruction

20e siècle

Année(s) de(s) campagne(s) de construction

1971 ; 1977

Description historique

Dès le XIXe siècle, la question de la création de nouveaux cimetières autour de la capitale se pose. L’arrêté du 12 mars 1801 pris par le premier préfet de la Seine, Nicolas Frochot, permet l’ouverture de trois grands cimetières extra-muros, à l’est (le Père-Lachaise ouvert en 1804), au sud (le cimetière du Montparnasse qui ouvre en 1824) et au nord (le cimetière de Montmartre en 1825). Trois ans plus tard, la loi du 23 prairial an XII (12 juin 1804) promulguée par Napoléon Ier apporte une première véritable législation sur les lieux de sépulture, interdisant désormais les inhumations dans l’enceinte des villes et encourageant le développement de nouveaux terrains spécialement consacrés à ce dessein hors des enceintes, où il sera possible de faire élever, sur des concessions individuelles, des caveaux, monuments ou tombeaux. Sous le Second Empire, l’annexion des communes suburbaines de Paris entraîne l’intégration dans la capitale des trois cimetières du Père-Lachaise, du Montparnasse et de Montmartre mais également de tous les cimetières communaux des villages annexés (notamment d’Auteuil, des Batignolles, de Belleville, de Bercy, de Charonne, de Grenelle, de La Chapelle, de La Villette, de Passy et de Vaugirard), qui se retrouvaient désormais inutilisables. Pour faire face à ce problème, mais aussi pour anticiper l’accroissement de la population et l’engorgement des cimetières de la région parisienne, le préfet Haussmann envisage une solution : la création d’une gigantesque et unique nécropole comme cela venait d’être fait à Londres avec le cimetière de Brookwood, près de Woking, considéré alors comme le plus grand cimetière du monde. Un terrain de plus 850 hectares, situé à Méry-sur-Oise à 25 km. au nord-ouest de la capitale, est choisi et les plans de cette future métropole, qui devait remplacer tous les cimetières parisiens et être reliée à la capitale par chemin de fer, sont dressés. Le projet est modifié à plusieurs reprises, et porté, après le départ d’Haussmann, par Belgrand puis Alphand, pour être finalement abandonné en 1881 par la Ville de Paris qui encourage plutôt, et ce dès les années 1860, la création de cimetières extra-muros dans les communes de banlieue disposant d’espaces libres : Saint-Ouen en 1860 (agrandi en 1872), Ivry-sur-Seine en 1861 (agrandi en 1874) ou encore Pantin et Bagneux ouverts en 1886. Le manque de place se fait à nouveau sentir dès les années 1920 entraînant la création du cimetière parisien de Thiais, qui ouvre ses portes en 1929, sur un terrain de plus de 100 hectares – l’un des plus grands de la métropole – à une dizaine de km. de la capitale. Dans les années 1940, les communes de la région parisienne se regroupent au sein de syndicats intercommunaux pour trouver de nouveaux terrains assez vastes pour faire face aux besoins d’une population toujours plus nombreuse. Le premier cimetière intercommunal de la région parisienne, inauguré en 1959, est celui de Clamart (géré par un syndicat intercommunal regroupant les communes de Boulogne-Billancourt, Châtillon, Clamart, Issyles – Moulineaux, Malakoff et Vanves). Sa construction est confiée à l’architecte et urbaniste Robert Auzelle, dont la réflexion se porte depuis les années 1940 sur l’aménagement des cimetières qu’il considère comme un véritable problème d’urbanisme. Il consacre d’ailleurs sa thèse soutenue à l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris à ce sujet, ainsi qu’un ouvrage, Dernières Demeures, publié en 1965. Théoricien de l’architecture funéraire, marqué par les modèles de cimetières suisses alémaniques et scandinaves, Auzelle participe au renouveau de la conception des cimetières, conciliant architecture funéraire et art du paysage, principe qu’il a notamment l’occasion d’appliquer dans les trois grands cimetières intercommunaux du Parc à Clamart, de Valenton et des Joncherolles. En 1952, les communes de Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Denis, Saint-Ouen et Villetaneuse lancent le projet d’un cimetière au nord de Paris pour leur usage, et créent en 1958, le Syndicat intercommunal des Joncherolles, du nom du lieu-dit pressenti pour l’implantation de ce nouveau cimetière. Robert Auzelle, à qui le syndicat confie la construction, s’associe alors à Raymond Gervaise, architecte et urbaniste avec qui il œuvre déjà au cimetière de Clamart. Un premier projet est proposé par les deux architectes mais l’opération est suspendue et il faudra attendre le début des années 1970 pour que l’étude du cimetière des Joncherolles soit véritablement relancée. Auzelle s’entoure alors d’une nouvelle équipe autour de Pierre Lery, Hector Patriotis et Jean-Claude de Conti. L’exécution ne survient qu’en 1971, après plusieurs changements apportés à la délimitation et à l’écriture architecturale du site. D’abord projetée sur un terrain de 36 hectares implanté sur les communes de Pierrefitte-sur – Seine et de Villetaneuse, l’emprise du futur cimetière sera plusieurs fois modifiée pour être finalement réduite à 25 hectares, au prix d’une densification des espaces d’inhumation. La commune d’Epinay-sur-Seine rejoint le syndicat en 1972 et le cimetière est inauguré cinq ans plus tard, le 4 avril 1977. L’année suivante le crématorium est mis en service. Il s’agit du second cimetière de région parisienne à disposer d’un crématorium après le Père-Lachaise. Au cours des années, le cimetière va connaître plusieurs évolutions pour s’adapter aux nouveaux besoins et pratiques funéraires. En 1981, il se dote d’un funérarium, puis il sera agrandit en 1995, et rénové en 2004 et 2008.

Description

Commentaire descriptif de l'édifice

Le cimetière est installé sur un terrain contraignant, bordé par la route nationale n° 1, une voie ferrée, dans un paysage de zone industrielle traversé de lignes à haute tension. De plus, le sol très humide est impropre aux inhumations en pleine terre. Un maillage serré de drains constitue la condition préalable à l’aménagement du site. Cette contrainte géologique conduit l’architecte à surélever les aires d’inhumation d’environ 2.50 m. à 3 m., créant de la sorte « des vallonnements naturels qui dissimulent les tombes grâce aux plantations se développant de part et d’autre du réseau primaire » de circulation. Le traitement paysager des secteurs d’inhumation dissimule la rigoureuse trame composée suivant un module de 7 m. par 7 m. En outre, l’environnement immédiat, constitué par une gare ferroviaire de triage, des usines et des bâtiments d’habitation en bande, impose de prendre en compte un traitement paysager masquant visuellement ces éléments depuis le cimetière. Le projet prévoit la réalisation de 9 380 sépultures comprenant 1 410 enfeus et 7 970 sépultures traditionnelles (7 470 tombes disposées en rangées, 340 tombes par groupes de cinq dans le cimetière paysager et 160 tombes isolées). Le dépositoire et les ossuaires individualisés comportent respectivement 94 et 2 400 cases. L’ossuaire collectif dispose de 600 m3. Ces dernières installations sont regroupées au sud du terrain, derrière une esplanade et des portiques de béton et de brique qui forment une démarcation symbolique entre deux mondes ou deux espaces. Dans cette zone sud sont également concentrés la salle de cérémonie omnicultuelle, le crématorium, le funérarium et ses annexes, les locaux de la conservation du cimetière et du syndicat intercommunal, six boutiques de commerce funéraire, des locaux de service et onze logements de fonction. L’entrée du cimetière est marquée par Les Trois Parques (figures antiques de Clotho, Lachésis et Atropos), œuvre de Maurice Calka, qui avait déjà travaillé à Clamart avec Auzelle. Le crématorium marque l’entrée du cimetière et est le seul élément à se distinguer de l’ensemble par son volume. Il est élevé sur deux niveaux renfermant chacun une salle omnicultuelle. Les espaces de crémation sont situés au rez-de-chaussée, et sont composés d’une nef flanquée de collatéraux et d’une abside réservée aux locaux d’incinération. Le bâtiment en béton et brique est mis en valeur par une séquence d’accès monumentale constituée de deux rampes cintrées convergeant vers l’entrée de la salle haute signalée par un portique à piliers carrés. La couverture, composée de poutres en béton précontraint en forme de coque de type H.P, de 2.70 m. de large pour 27 m. de portée, confère un profil singulier à la toiture qui s’inspire peut-être de l’architecture tahitienne où Auzelle travailla en 1951-1952. Ces coques, généralement employées pour des entrepôts, des usines, des gymnases, sont ici aussi choisies pour le caractère économique de leur mise en œuvre. De part et d’autre du bâtiment, l’architecte a installé deux patios bordés de portiques. Pour la décoration l’architecte sollicite à nouveau la collaboration du sculpteur Pierre Sabatier, déjà associé au décor des espaces de recueillement du cimetière de Valenton (1969-1974). Sabatier réalise les portes d’entrée monumentales en lave émaillée de couleur rouge ainsi que les portes intérieures, dites « portes de l’Au-Delà », en métal argenté rugueux. Auzelle dessine l’ensemble du mobilier et des éléments de second œuvre. Les cartons des mosaïques intérieures et extérieures sont dus au pinceau d’Atlia Biro. Les abords du crématorium sont occupés par l’ossuaire et les enfeus. Ces derniers sont formés de murs épais recouverts de végétation. Ils entourent l’ossuaire sur une trame carrée. Les tubes en béton, de forme hexagonale et de longueurs variées, sont superposées sur trois niveaux et coiffés de coques en béton identiques à celles du crématorium. De la sorte, Auzelle crée une unité entre les différents équipements du cimetière et affirme son parti pour une esthétique dépouillée fondée sur l’emploi du béton brut fondu dans l’environnement végétal. Les enfeus sont formés de murs épais recouverts de végétation. Ils entourent l’ossuaire sur une trame carrée. Le Dodécaèdre, en acier inoxydable et granit noir de Suède, dessiné par Auzelle occupe le patio central. Il s’agit d’un monument collectif matérialisant l’emplacement d’un hypogée. Celui-ci renferme symboliquement l’apport des générations à la communauté des savoirs de l’humanité. Le dodécaèdre a été choisi car il est considéré comme le plus parfait des cinq polyèdres platoniciens.

Protection et label

Intérêt oeuvre

Le cimetière des Joncherolles marque, après la réalisation du cimetière de Clamart, l’introduction du cimetière paysager en France. A rebours des carrés de sépultures traditionnels, Robert Auzelle définit une nouvelle grammaire fondée sur les artifices topographiques et visuels d’un environnement naturel entièrement transformé. Aboutissement de l’esthétique des jardins anglais du XVIIIe siècle, les cimetières paysagers d’Auzelle introduisent en France une conception naturaliste de l’espace sépulcral alors répandue en Allemagne et inspirée par des modèles scandinaves) Au cœur de ce paysage symbolique, l’architecture joue un rôle essentiel. Le dénuement des matériaux, la simplicité géométrique des édifices, dans lesquels le béton triomphe, valorisent leur effet rustique, en concordance avec la prédominance du végétal. L’architecture exploite une veine expressionniste dont les poutres en béton en forme de coque ; si elles rappelaient peut-être à Auzelle l’architecture traditionnelle de Tahiti, elles constituent en outre un lieu commun de l’architecture de cette époque. On les retrouve, notamment, à la Fondation Maeght (Nice, 1964), bâtie par Josep Lluis Sert. Outre un décor très architecturé, des œuvres de collaborateurs réguliers d’Auzelle contribuent à la qualité patrimoniale de l’ensemble. Les œuvres participent de la solennité sobre mais affirmé du lieu, en monumentalisant les entrées, notamment, et invitent naturellement au recueillement et à l’évasion de l’esprit par les sujets choisis.

Date de label

2018

Références documentaires

Date de l'enquête ou du dernier récolement

2020

Noms des rédacteurs de la notice et du dossier

Mathiotte Olivier ; Noyer-Duplaix Léo

Typologie du dossier

Dossier individuel

1/17
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porte d’accès au crématorium
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salle du crématorium
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salle du crématorium, vue partielle
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sculpture monumentale du Dodecaedre
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coupe transversale du bâtiment A
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vue partielle d’un bâtiment, couverture en coque
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maquette du bâtiment principal
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plan de la salle multiculte
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plan de l'ossuaire avec Dodecaedre
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plan des parcelles
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