Architecture civile publique ; édifice de l'administration ou de la vie publique ; mairie ; hôtel de ville
Hôtel de Ville
Nouvelle-Aquitaine ; Creuse (23) ; Aubusson ; 50 Grande rue
Grande-rue (rue) 50
20e siècle
20e siècle
1936 ; 1940
Décidée à l’issue du conseil municipal du 16 mars 1931, la construction du nouvel hôtel de ville d’Aubusson – à l’emplacement de l’ancien, datant de 1826 – est confiée aux architectes originaires de Montluçon Pierre Diot et Louis Lesbre, dont les plans et devis sont approuvés en 1933 par le préfet de la Creuse. Le projet prévoit également l’édification, dans un volume distinct, d’une salle des fêtes (remplaçant l’ancienne salle de spectacle, située dans un bâtiment en fond de parcelle) et d’une bourse du travail. Chargé de la décoration intérieure, l’architecte Lucien Rollin, collaborateur de Jacques-Emile Ruhlmann, reprend la direction du chantier en 1936. Inauguré en 1937, sous la municipalité socialiste de Camille Benassy, et en présence des ministres Paul Faure, Marx Dormoy et Albert Rivière, l’équipement n’est achevé qu’en 1940.
Implanté en retrait de la Grande Rue, l’édifice s’élève sur un rez-de-chaussée surélevé, un entresol, un étage carré et un étage en retiré que domine un campanile qui, initialement devait prendre la forme d’une tour-lanterne octogonale à claustras. Aligné sur la rue, un mur bahut en pierre de taille sur lequel reposaient des lampadaires aujourd’hui disparus, délimite deux parterres plantés devant la façade principale. Longue de cinq travées, elle est construite en pierre de taille et repose sur un soubassement en granit. Son ordonnancement s’organise de part et d’autre de deux travées latérales, s’ouvrant à rez-de-chaussée, sur deux passages sous immeuble donnant accès à la salle des fêtes et à la bourse du travail (transformées respectivement en cinéma et salle d’expositions). L’effet vertical créé par les pilastres colossaux cannelés et l’élancement du campanile est équilibré par le traitement identique des différents niveaux. D’étroites baies jumelées éclairent les services municipaux logés au rez-de-chaussée et à l’entresol, tandis que de hautes baies, correspondant aux salles du conseil, des mariages et au bureau du maire, s’ouvrent sur des balcons semi-circulaires à ressauts dotés de garde-corps à motifs géométriques. Une modénature en ciment moulé, emblématique du style Art déco, anime l’élévation, conjuguant harmonieusement mouvements courbes et lignes droites : encadrement à pan coupé des baies à rez-de-chaussée, sections cylindriques créant une ondulation sous les appuis des baies d’entresol, frise de chevrons saillants au-dessus des linteaux du dernier étage carré et frises de cylindres et de disques ornant l’entablement et le campanile. Les aménagements et la décoration intérieurs font l’objet d’un soin particulier. L’escalier d’honneur présente une élégante rampe en alliage cuivreux. Le rez-de-chaussée a par ailleurs conservé ses revêtements de sol en granito et carreaux de ciment disposés en mosaïque pour former un quadrillage, et la salle du conseil, son ensemble de fauteuils dessiné par Lucien Rollin, garnis de tapisseries d’Aubusson.
Représentatif du style Art déco, l’hôtel de ville d’Aubusson constitue un repère visuel important dans le paysage urbain autant qu’il symbolise la prospérité retrouvée de l’industrie lissière au sortir de la crise de 1929. L’élégance classicisante de sa façade répond à la qualité de ses aménagements intérieurs, constituant un ensemble cohérent, témoignant des savoir-faire locaux, ancrés dans la modernité internationale.
2013
2021
La Manufacture du Patrimoine
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