Commentaire descriptif de l'édifice
L’oeuvre constitue un parcours cohérent établi sur une longueur de 3,2 kilomètres entre plateau, coteau et méandre de l’Oise, selon une direction nord-ouest à sud-est. Elle peut être décomposée en douze stations qui se découvrent au fur et à mesure en fonction du sens de la marche sur une allée de béton blanc strié à fil d’eau central, devenant escaliers, repos intermédiaires et passerelle : La tour Belvédère : l’ouvrage en béton préfabriqué de 36 m de haut et 3,6 m de côté est légèrement incliné de 1,5° en direction de l'Axe majeur. Il dissimule un escalier et est placé au coeur de la place en hémicycle de l’ensemble des Colonnes Saint-Christophe (Ricardo Bofill, Taller de Arquitectura, 1985). La place de la tour Hubert-Renaud articule la rencontre entre l'Axe majeur et l'axe urbain piéton menant à la Bastide et au-delà à la gare de Cergy-Saint-Christophe. Cette place correspond au tracé régulateur mis en oeuvre par Ricardo Bofill pour l’ensemble de l’espace public et bâti monumental des Colonnes Saint-Christophe. Le verger des impressionnistes : à la place d’espaces de jeux esquissés initialement, le verger conservé et retaillé fait écho à ceux peints par les impressionnistes dans la vallée de l'Oise. Ces trois premières réalisations sont inaugurées en 1986 par Jack Lang, ministre de la Culture et de l'Éducation. L’esplanade de Paris (deux hectares) et les douze colonnes correspondent à l’emplacement de terrassements réalisés à la cassure entre coteau et plateau, afin d’accentuer une vue panoramique en belvédère en direction de la capitale. Les colonnes en béton blanc, cylindriques et creuses, ont été érigées grâce au mécénat de vingt-quatre entreprises cergypontaines, dont les noms sont inscrits aux pieds des structures (1988). La terrasse : depuis les douze colonnes, une volée de marches permet de descendre jusqu'à une terrasse à flanc, dont la vue découvre le site plus avant et surplombe le jardin des droits de l’homme. Le jardin des droits de l’homme Pierre Mendès-France correspond à une volonté de « parc stylisé », c’est-à-dire des plantations d’arbres en alignement ou selon des tracés précis au sein d’une végétation naturelle et spontanée largement conservée. Les jardins dessinent la liaison entre le plateau habité et la vallée de l'Oise. Un olivier symbolique y a été planté par le président de la République François Mitterrand en 1990. L’amphithéâtre de 800 places (2008, Karavan avec BASE) est une halte au pied du coteau, située en bas des jardins. Les bancs de soutènement et escalier en béton blanc parmi le gazon semblent suivre le rythme dégressif des courbes de niveau. La scène circulaire appartient à l'amphithéâtre. Lieu d'expression artistique (théâtre, danse, concerts), elle donne sur un bassin de 6000 m2, relié directement à l'Oise, et qui organise une remontée visuelle du fleuve au contact de l’Axe majeur. La passerelle (2001-2008) relie l'amphithéâtre à la base de loisirs et devait, à terme, aboutir à l'île astronomique. Neuf portiques métalliques rouges, disjoints en tête, reliés par des garde-corps porteurs, se répartissent sur le parcours de 251 m. L'île astronomique, inachevée, correspond au vestige régularisé d'une ancienne sablière. Les maquettes de Dani Karavan montrent un espace construit, c’est-à-dire parsemé de sculptures évoquant les instruments astronomiques. Elle est aujourd’hui envahie par une végétation dense et spontanée. La pyramide (20 m de côté, 10 m de haut, béton blanc) est conçue creuse, de façon à ce que le vent y joue en permanence un "son et lumière"" naturel. Elle n'est accessible qu’en embarcation. Le carrefour de Ham est situé à 1,5 km de l'île astronomique : il s’agit du point d'aboutissement du parcours de l'Axe majeur mais aussi de l’entrée monumentale de la ville nouvelle, lieu où le rayon laser projeté depuis la tour belvédère doit disparaître. L’aménagement du promontoire souhaité par l’artiste n’a pas été achevé.
« Un paysage est le résultat d'un très long, d'un très patient commerce entre les hommes et la nature. Au cours des siècles, par une succession ininterrompue de retouches légères, il s'est construit, paisiblement. À nous, hommes des villes, le paysage est devenu indispensable, comme une ressource de liberté et d'équilibre. Nous le savons fragile et nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux, surtout lorsqu'il a résisté miraculeusement aux agressions des banlieues, comme c'est le cas de celui qui se déploie, superbe, depuis les hauteurs de Cergy-Pontoise et que l'ouvrage de Dani Karavan vient magnifier. Dani Karavan lui donne un sens. Entendons bien : une signification symbolique, mais aussi une direction. Depuis la tour Belvédère, à travers la mince brèche ouverte dans l'ensemble construit, l'artiste tire un trait, il trace une ligne. Un axe qui se prolonge à l'infini. » Georges Duby, historien, professeur au Collège de France, membre de l’Académie française (1919-1996)