Commentaire descriptif de l'édifice
Le MAC prend place dans le voisinage immédiat des chantiers navals au nord du centre-ville, à l’est du Port du Grand Large et à l’ouest du canal des Moëres, qui est l’aboutissement du canal de Bergues. Plus loin à l’est, se trouve la plage de Malo-les-Bains (ancienne commune annexée à Dunkerque). Aujourd’hui doté de nombreux logements et d’équipements, le quartier est, à l’époque de la construction du MAC, en grande partie occupé par des infrastructures liées à l’activité industrielle et commerciale du port, d’où sa physionomie particulière faite d’un réseau de canaux, darses et autres quais. Le site se caractérise par la présence des casemates du bastion 32 (l’un des lieux de l’opération Dynamo, célèbre épisode dunkerquois de la seconde Guerre mondiale). Un jardin de cinq hectares, créé par Gilbert Samel, constitue le premier cadre du projet architectural. Sous le crayon du paysagiste, le terrain prend la forme d’une prairie constituée de creux et de lignes courbes, entre lesquels se dessine un cheminement pavé. Le tracé élaboré à travers les sinuosités du terrain aux nombreux dénivelés procure au visiteur le sentiment d’être guidé tout en accentuant l’impression d’espace, de grand air et de liberté qu’offre le site. Agrémenté de sculptures (stèles de Dodeigne, sculpture sonore de Zvenigorodsky, moutons de Lalanne, etc.) présentées en déroulé dans ce cheminement, rendant plus active encore la participation du promeneur, le jardin de Gilbert Samel a pour point focal un étang, miroir d’eau sur lequel est jetée une passerelle. A mi-chemin entre sculpture et architecture, un large portique s’impose à l’entrée de la passerelle, avec ses montants immergés dans l’étang de part et d’autre des barrières. Projeté par Jean Willerval, imaginé et réalisé par Philippe Scrive en azobé, bois d’Afrique réputé indestructible, il opère la transition entre l’environnement naturel végétal du site (constitué de saules, de tamaris, d’oyats, de genêts) et le volume architectural du musée. À l’origine plus proliférants (selon la conception prévue au cours de l’avant-projet), les modules carrés qui composent le bâtiment du musée ont finalement été disposés, à des hauteurs égales et à intervalles réguliers, autour d’un grand volume central, également carré. Supportés par les piliers émergeant de l’eau, les plans inclinés qui reposent sur les parois verticales de l’édifice s’élèvent de telle sorte que leur existence paraît naturelle, en écho au littoral. Conçu sur plan centré et rayonnant et selon une composition pyramidale – par superposition de blocs horizontaux, de pans de pyramides tronquées et de parois inclinées soit opposées, soit convergentes – l’édifice est blanc et noir. La coloration blanche des carreaux de céramique des murs pleins s’oppose à la teinte soutenue des verrières fumées montées, à l’origine, sur châssis en aluminium anodisé couleur bronze, dont il résulte un dessin très graphique faisant alterner pleins et vides. Le découpage à angles et arêtes vives du soubassement fermé par des verrières laissées dans l’ombre de la superstructure – soulignées par une base en béton clair – renforce l’effet voulu pour cette élévation, très ordonnancée malgré l’absence de travées et en raison de l’imbrication régulière de ses volumes simples (carrés et triangles / cubes et pyramides). La partie sommitale, enfin, prolonge ce schéma avec son système de couverture où voisinent terrasses et plans inclinés, verrières et carrelage. Apparemment fermé – selon le souhait, entre autres, de Gilbert Delaine – l’édifice se présente ainsi comme une boîte neutre et abstraite, devant s’effacer au profit de ce qu’elle contient, faite de multiples autres boîtes entre lesquelles des verrières s’insèrent en créant un effet de failles, conférant un effet dynamique discret à cet ensemble bâti sur une structure de voiles porteurs en béton armé et de poteaux-dalles. Le caractère graphique créé par l’alternance des couleurs dominantes et du jeu des vides et des pleins se poursuit à l’intérieur, où les verrières permettent le passage de la lumière naturelle par flots ou par « éclats » à intervalle régulier. Toute la distribution y est orchestrée par le vaste hall central desservant dans un mouvement centrifuge l’ensemble des espaces. Cette organisation, tout comme l’emplacement des sources lumineuses, déterminent les deux fonctions principales que se partage le bâtiment. D’une part, l’espace central – intégralement éclairé par un grand lanterneau (visible à l’extérieur, au sommet de la composition, sous la forme de pics triangulaires affrontés) – joue le rôle de forum. D’autre part, les huit volumes situés autour, accueillent les espaces d’exposition. Nourri par une importante lumière zénithale, le forum permet la diffusion de cette lumière dans les espaces périphériques, également éclairés par les verrières disposées en pans verticaux. Les espaces se composent de trois niveaux étagés et imbriqués, au sein desquels la distribution s’organise de façon rayonnante et modulaire. Au rez-de-chaussée (parfois qualifié de rez-de-chaussée bas), le forum laissé libre de tout aménagement en son centre, est entouré de gradins. Ceux-ci sont partiellement ceinturés par une rampe permettant un accès en pente douce au niveau supérieur, coupée par des paliers desservant des plateaux d’exposition aménagés entre les degrés. Dans la partie sud-est du forum, un grand escalier, de plan centré – à rampes droites tournant autour d’un noyau – dessert le premier étage (aussi appelé rez-de-chaussée haut), où se rejoignent les rampes d’escalier menant vers le dernier niveau. À droite du départ de l’escalier se trouve la banque d’accueil. Sur le pourtour du forum, enfin, rayonnent les neuf pièces accueillant les différentes fonctions d’accueil, ainsi que les fonctions administratives et techniques : cafétéria, auditorium (ou salle de conférences), ateliers, réserves, bureaux de l’administration et locaux de maintenance. Au deuxième niveau, c’est une mezzanine qui sert d’espace de circulation, d’observation et d’expositions (temporaires), desservant en anneau les huit salles d’exposition permanente situées à l’aplomb des pièces du rez-de-chaussée ; laissés aveugles dans le but de protéger les œuvres de la lumière, les blocs formés par ces huit salles sont séparés par des verrières, créant des failles qui permettent une irruption de la lumière et forment, dans l’autre direction, des échappées visuelles vers le jardin. Le troisième et dernier niveau est occupé par une surface d’exposition cheminant sous les pentes de la toiture et les caissons du plafond. Ce dernier étage est accessible au moyen de deux escaliers : l’un rampe-sur-rampe situé dans la continuité de l’escalier principal et l’autre, à l’opposé, comportant une rampe unique. Ce principe distributif général rend optimale l’interpénétration des étages. Leur organisation rationnelle, et la symétrie qui y prévaut, donnent à l’ensemble un caractère d’autant plus harmonieux et fluide qu’un même matériau – la terre cuite – recouvre tous les niveaux de façon homogène et enveloppante, et que des lignes obliques (comme les gradins du forum et la rampe qui l’entoure) relient les différents plans verticaux et horizontaux. Dans la continuité de l’extérieur, l’intérieur est revêtu de carreaux de faïence blanche lisse dont la disposition forme une trame régulière, à laquelle répond celle des plafonds à caissons. Seules, certaines parois sont enduites d’un matériau de teinte terre cuite, tandis que d’autres éléments sont soulignés par l’application de bois lamellé-collé, principalement sur les mains-courantes des barrières de la mezzanine, sur les marches des escaliers dont les limons pleins dessinent des lignes cassées. L’unité et la simplicité des matériaux employés contribuent à l’harmonie d’ensemble résultant de l’assemblage des éléments architectoniques, que la transparence des garde-corps en verre fumé permet de souligner en favorisant la circulation et la réflexion de la lumière. Lors de la campagne de réhabilitation lancée en 2005, les architectes du cabinet Grafteaux et Klein ont veillé à respecter au maximum l’intégrité des espaces originels : « Le principe du meuble avec lequel nous avons transformé beaucoup d’espaces en bonne intelligence avec l’architecture existante, permet de modifier fondamentalement les perceptions et d’améliorer les usages en restant aimable avec ce qui nous entoure » (Archives du LAAC, Note méthodologique des architectes, 12 mars 2003, p. 1). Composée de l’éclairagiste Séverin Garam (société Ray actif) et de la société Acapella pour l’acoustique, l’équipe du cabinet Klein et Grafteaux imagine un projet qui s’appuie sur l’existant, en n’intervenant sur aucun élément structurel. Ainsi de nouveaux meubles sont créés dans des teintes approchant celle des éléments en lamellé-collé originels, notamment sous l’escalier principal à proximité duquel est réalisée une nouvelle banque d’accueil, qui respectent l’harmonie d’ensemble – incluant aussi de nouvelles banquettes, ainsi que des meubles de rangement des œuvres d’art graphique. L’éclairage est entièrement revu : non seulement celui des œuvres, mais également l’éclairage sous son aspect « ludique », puisque de nouvelles lumières aux teintes « pop » (bleu, rouge, vert, jaune, orange…) répondent aux touches de couleurs présentes dans les accessoires (comme les coussins circulaires disposés sur les gradins), servant de rappel de couleur de la plupart des œuvres exposées. L’intervention chromatique consiste également en l’apposition de films plastiques de mêmes teintes, sur la plupart des panneaux des verrières, donnant aux intérieurs un aspect plus enveloppant encore que dans les dispositions d’origine. En lien avec la réorganisation des espaces d’exposition, un grand soin est apporté à l’amélioration de l’acoustique, notamment par l’installation de panneaux et de volumes géométriques absorbants, comme dans les creux des caissons ou sous la grande verrière zénithale du forum. À l’extérieur, le garde-corps de la passerelle, autrefois plus massif, est changé au profit d’une structure plus légère. Ces changements valorisent l’ancien MAC, tout en le dotant d’une dimension nouvelle, intimement liée à la politique urbaine et sociale commencée dans le quartier Neptune à la fin des années 1990.