Commentaire descriptif de l'édifice
A lissue de la Seconde Guerre mondiale, le quai Gambetta, secteur emblématique de lactivité portuaire de la ville de Boulogne-sur-Mer est entièrement détruit. En 1945, Pierre Vivien (1909-1999), architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, reçoit la commande du plan densemble de reconstruction de la ville. Adopté en 1950, il propose une refonte totale des secteurs détruits et une vision radicalement différente de la ville daprès-guerre, inspirée par la charte dAthènes. Larchitecte érige, sur un secteur bien en vue et privilégié, face au port, lensemble des immeubles du boulevard Gambetta. Outre les bâtiments de la Chambre de Commerce et des Ponts et Chaussées, il édifie en association avec lingénieur Eugène Mopin (connu pour avoir travaillé sur la cité de la Muette à Drancy dans les années 1930) quatre « buildings » de logements (200). Cette composition lui permet de conserver la forte densité dun centre-ville tout en réservant de vastes espaces ouverts. Les immeubles disposés en enfilade oblique, sadaptent à la longue et étroite parcelle de 350 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur. Ce positionnement, qui ouvre symboliquement une vision sur la ville ancienne, sexplique également par la volonté dabriter les immeubles des vents dominants et de les faire bénéficier dun ensoleillement maximal. Un appartement témoin, doté dun mobilier contemporain, signé de grands décorateurs (André Monpoix, Pierre Guariche, Michel Mortier, André Motte et René-Jean Caillette) est présenté en décembre 1954. Les tours (40 mètres de haut et de large, 14 mètres de profondeur) sont bâties sur une ossature en béton armé, formée de quatre rangées de douze poteaux montés sur pieux et enterrés à 16 mètres de profondeur. Cette structure est fermée par des parois en gravillons lavés ou des menuiseries. Chaque immeuble sélève sur 12 niveaux : au rez-de-chaussée plus entresol sont aménagés des commerces, au premier étage des hôtels (aujourdhui reconvertis), au deuxième étage des bureaux ; les 9 autres étages sont réservés aux logements bénéficiant tous dune double orientation. Chacun de ces niveaux comportent cinq appartements (trois grands de 95 m2 et deux petits, côté sud, de 75 à 64 m2). Les aménagements intérieurs et un confort moderne classent les appartements dans les standings les plus élevés de la reconstruction boulonnaise : cuisine en partie équipée, vide-ordure, espaces de rangement intégrés à larchitecture, salles de bains et/ou de douches, chauffage par le sol, espaces communs et privés séparés, loggia. Chaque immeuble est divisé en deux parties, chacune desservies par un double ascenseur et un escalier de sorte que chaque palier ne donne accès quà deux ou trois appartements. Le séjour, le coin repas et la cuisine sont situés à louest, du côté du port, tandis que les chambres sont orientées vers la vieille ville, à lest, et les pièces aveugles de courts séjours (vestibule, couloir, penderie, douche, salle de bain, et W.-C.) intercalées au cur de lappartement. De lextérieur, lossature en béton reste apparente, lanimation des façades est rythmée par lalternance des pleins et des vides formés par les loggias. Toutefois, les buildings se différencient par leur polychromie, fruit du travail de larchitecte lui-même. (F. Deubussche, Le Guide de Boulogne-sur-Mer, ville dart et dhistoire, 2013 ; Urbanisme, 1954, n°35/36, p.31-69)