Commentaire descriptif de l'édifice
Plan et ordonnance intérieureLe plan de l’église des Iffs est atypique : sa nef courte, ses deux chapelles, celle de la Vierge au nord et celle de Saint-Fiacre au sud, formant un faux transept, son chœur dont la longueur rappelle celui des collégiales et, juste avant le chevet, ses deux chapelles de plan polygonal, loin de correspondre à un projet unique et cohérent, résultent d’une évolution complexe de l’édifice entre la fin du XIVe siècle et le début du XVIe. Contrairement au parti le plus fréquent dans les églises bretonnes, l’accès principal se fait par le porche ouest. La travée d’entrée qui ouvre sur la nef par un grand arc-diaphragme dont la mouluration pénètre directement dans des piles demi-cylindriques correspond très probablement à un projet de clocher carré. Sa voûte actuelle ne fut réalisée qu’à la fin du XIXe siècle, en même temps que l’on construisait sur le pignon un nouveau clocher dont la masse descend au revers de la façade occidentale. Cette travée d’entrée, le porche hors-œuvre, et sans doute aussi les deux bras de transept ont très probablement été ajoutés au cours de la seconde moitié du XVe siècle lors des importants travaux d’embellissement de l’église par la famille de Laval-Montmorency. Juste après la chapelle nord, à mi-hauteur du mur, l’ancienne porte d’accès à la tribune d’un jubé, que sa moulure situe au début du XVIe siècle, marque l’entrée du chœur. Au fond de ce dernier, de part et d’autre du maître-autel, se trouvent, au nord, l’ancienne chapelle des seigneurs de Montmuran et, au sud, une autre chapelle seigneuriale dédiée à Saint-Yves. La chapelle de Montmuran, aujourd’hui largement ouverte sur le chœur et formant pendant à celle du sud était vraisemblablement au début du XVe siècle un oratoire fermé : juste avant l’arcade actuelle, une porte d’accès en arc segmentaire, entourée d’une mouluration à réglet caractéristique de la première moitié du XVe siècle, ouvrait alors sur un sas commandant d’un côté l’accès à l’oratoire seigneurial, et de l’autre celui à la sacristie. Cet oratoire devait prendre vue sur l’autel à l’aide d’un hagioscope, semblable à une disposition encore visible dans l’ancienne chapelle du château de Montmuran. En face, l’arc d’entrée sud doit remonter à la première campagne, si l’on en croit sa mouluration à réglet et ses bases en flacons ; mais le reste de la chapelle a du être entièrement reconstruit vers 1490-1500, peut-être à l’instigation de Françoise de Dinan, gouvernante de la duchesse Anne, qui par son mariage avec Guy XIV de Laval en 1451 était devenue dame de Montmuran. Elle a conservé sur un autel de granite restauré un intéressant retable du milieu du XVe siècle. Contre le chevet, l’enlèvement du coffrage en bois du XVIIIe siècle du maître-autel, peu satisfaisant sur le plan esthétique, a le mérite de montrer l’autel majeur gothique que sa table soutenue par un massif triangulaire et deux colonnes latérales situe également vers le milieu du XVe siècle.Ordonnance extérieure L’apparente homogénéité de l’édifice est en réalité due à la synthèse heureuse de plusieurs campagnes de travaux. La porte ouest et celle du bras sud, de même style, et, plus loin, la porte qui donne directement accès dans le chœur, de même qu'à l’intérieur l’ancienne porte de la chapelle de Montmuran, présentent des bases en flacons, des colonnettes à réglet et des chapiteaux regroupés en bandeaux sculptés de feuillages stylisés qui appartiennent bien au commencement du XVe siècle. Cette datation, en contradiction avec le style de la plupart des réseaux des baies et l’emploi systématique des contreforts obliques, caractéristiques de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, incite à y voir des remplois. Le porche ouest, très simple, est dépourvu d’ornements ; son originalité réside dans son ouverture sur trois côtés ; celle de face étant accentuée par de larges contreforts angulaires surmontés de pinacles. La formule du porche occidental, peu fréquente en Bretagne, est au contraire assez répandue en Normandie, en particulier dans le Cotentin et l’Avranchin. L’autre élément original de l’église est constitué par les deux chapelles polygonales encadrant le chœur.(Jean-Jacques Rioult, Bretagne gothique, 2010). Plan en croix latine, voûte d'ogives, lambris de couvrement, porche chevet plat, clocher néo-gothique de style cornouaillais.