Commentaire descriptif de l'édifice
Les habitations les plus anciennes de l’alignement sont situées en son centre. Elles correspondent à une variante locale de la typologie du logis indépendant, qui regroupe des espaces dédiés aux hommes et des dépendances adjascentes et/ou isolées, destiées aux animaux et au stockage des récoltes. À Viel, il est encore possible d’admirer deux cheminées monumentales aux linteaux et manteaux de pierre. Elles sont respectivement situées dans chacun des deux logis formant actuellement le centre de l’alignement. Le logis situé le plus à l’est comporte également un escalier à vis réalisé en pierre de taille, situé à proximité de la cheminée monumentale et d’un vaisselier mural. Cette disposition intérieure était courante à l’époque en Haute-Bretagne. Elle a été perpétuée jusqu’au XIXe siècle. Si ces habitations anciennes correspondent aujourd'hui à deux logis distincts, la lecture du bâti permet d'affirmer qu'à sa construction à la fin du XVIe siècle, le centre de l'alignement était formé d'un logis à trois pièces doté d'ouvertures en plein-cintre. Au rez-de-chaussée, il était composé de deux salles destinées probablement aux enfants et aux anciens, et d'une pièce froide. Ces espaces étaient surmontés de deux greniers indépendants. Viel s'apparente ainsi à un bel exemple de logis à trois pièces du XVIe siècle en Vallée de la Rance, destiné à l'habitation d'une unité familiale. Dans ce type de logis, on trouvait généralement une grande pièce qui servait à tous les usages de la vie quotidienne. Le sol de l’habitation, appelé « la place », était en terre battue, comme c’est encore le cas dans la maison la plus ancienne de cet alignement. Les murs étaient enduits d’un badigeon de chaux. L’étage était appelé « solier », et il était généralement accessible par un escalier ou une échelle de meunier et n'était pas destiné à l'habitation. Les parties les plus récentes de cet alignement comportent plusieurs lucarnes capucines au linteau sculpté en arc segmentaire, qui est un motif récurrent en Vallée de la Rance.De part et d’autre des logis se trouvent des dépendances agricoles, tout comme sur les parcelles des habitations. On dénombre aujourd’hui deux fours à pain, trois granges, un poulailler, trois ensembles de soues à cochons et des espaces de stockage. Les différentes dépendances (granges, étables, celliers, soues) pouvaient comporter un grenier servant à stocker le fourrage, appelé « senäh », et accessible depuis une gerbière extérieure. La quasi-totalité des murs pignons des édifices de Viel possèdent des rampants découverts (appelés chevronnières) agrémentés de crossettes. Les chevronnières sont fréquentes sur les bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles. Leur présence peut témoigner de l’utilisation de chaume en couverture, mais elles servent principalement à protéger la toiture des assauts du vent et de la pluie.