Description historique
La "Chapellenie Saint-Yves"" est une demeure ecclésiastique destinée à loger le chapelain de la chapellenie fondée en 1293 par Yves Hélory. La Chapellenie est désignée dans le testament de Yves Hélory écrit le 2 août 1297 comme la ""maison adjacente"" à la chapelle.Armoiries, sources archivistiques et données dendrochronologiques (étude du Laboratoire Dendrotech en 2017) ont permis de dater l’actuel logis des années 1441-1443. Cette reconstruction - financée par une rente prélevée sur les offrandes et versée par le chapitre - est en effet due au chapelain Yves Le Du (alias Yvo Nigri en latin) qui blasonne ""de sable à la fasce d’argent accompagnée de trois coquilles de même"" sur trois des quatre cheminées que compte le logis. Selon un procès-verbal de 1601 lié à une querelle de prééminences entre les chanoines de Tréguier et les détenteurs de la seigneurie de Kermartin, ces armoiries surmontaient aussi la porte piétonne de l’entrée de la Chapellenie, tandis que l’arc de la porte charretière portait les armes de Kermartin. Dans la chapelle, on retrouvait aussi les armoiries du chapelain Le Du sur les clés de voûte mais aussi, sur le bénitier de la porte sud donnant sur la Chapellenie. Les travaux de reconstruction de la Chapellenie sont concomitants de la reconstruction de la chapelle Saint-Yves mais aussi, de la construction du cloître de la cathédrale Saint-Tugdual lancée sous l’épiscopat de Jean de Ploeuc (1442-1453). Quelques éléments architectoniques comme la porte principale (sans son archivolte), les deux étroites portes en arc brisé du mur de refend et une petite baie en arc brisé actuellement orientée vers la chapelle au nord pourraient cependant avoir été empruntés à un édifice datable stylistiquement de la seconde moitié du 14e siècle.La métairie semble également datable du milieu du 15e siècle : côté sud, fenêtres étroites à traverse (traverses disparues) et fenêtre étroite à meneau vertical ; côté nord, une porte basse en arc brisé et à l’étage une fenêtre à encadrement en bois finement mouluré et son linteau surbaissé orné d’une accolade.La porte de ""l’appartement"" accosté au nord du logis semble contemporaine de la double porte monumentale et du mur de clôture vraisemblablement datables de la fin du 15e ou du début du 16e siècle.Dans la façade nord, face à la chapelle Saint-Yves a été aménagé - probablement au début du 19e siècle - une boutique identifiable à son étal en pierre. Les nombreux pèlerins pouvaient trouver ici un souvenir de leur passage en ce lieu saint.Dès 1768, la Chapellenie était louée à une certaine ""Marie-Philippe"". En 1770, la Chapellenie est finalement supprimée et unie au collège de Tréguier. Déclassée en exploitation agricole, la demeure est louée en 1774 à Gabriel Le Filoux et à Jeanne Le Troadec. En 1783, ce sont Pierre Loyer et Anne Le Caër (mariés en 1763) qui loue la Chapellenie avec l’obligation de nourrir les pigeons en hiver.La demeure ecclésiastique est déclarée ""bien national"" à la révolution. En 1790, la mairie de Minihy-Tréguier s’installe ""en l’une des chambres de la Chapellenie"" (AD 22, 20 G 253, 21 février 1790, source citée par Christian Kermoal dans ""Les notables du Trégor : Éveil de la culture politique et évolution dans les paroisses rurales (1770-1850)""). Le citoyen Louis-Marie Cabanac, époux de Angélique Yvonne Jacquette Dumont, achète la demeure en octobre 1795 pour la louer.Percée dans l’élévation sud, la fenêtre ouest est ""récente"" tout en étant antérieure à 1973. A cet emplacement était accolé un bâtiment plus bas, filant vers le sud, dont subsiste la trace du toit. De même, un bâtiment à usage de dépendance - couverte en appentis en tuile plate - était accolé au mur de clôture est (ce bâtiment dont la construction est postérieure à l’établissement du cadastre en 1835 est visible sur les photographies de 1973).D’un point de vue architectural, cette demeure s’apparente à un logis manorial dont elle reprend quelques-unes des caractéristiques comme la cour fermée par un mur de clôture à l'est flanqué de deux tourelles (dont l’une est couverte en poivrière), percé d’une porte charretière et d’une porte piétonne. La hauteur importante du mur permet de magnifier la porte charretière. La Chapellenie est également dotée d’une métairie, d’un puits, d’un colombier et d’un jardin clos planté d’arbres fruitiers (pommiers, poiriers, prunier et figuier recensés en 1794).