Moulin à farine ; minoterie ; usine de transformation des métaux ; scierie ; usine d'horlogerie ; usine de matériel d'équipement industriel
Moulin de Tarragnoz
Immeuble de bureaux ; immeuble ; école de danse
Moulin à farine dit moulin de Tarragnoz puis minoterie, usine d'horlogerie et usine de matériel d'équipement industriel
Bourgogne-Franche-Comté ; Doubs (25) ; Besançon ; 2 à 6 Faubourg Tarragnoz
Anciennement région de : Franche-Comté
Le canal du Rhône au Rhin
Besançon sud
Tarragnoz (îlot)
Faubourg Tarragnoz 2 à 6
1834 K 899, 900, 902 ; 2006 DN 18 à 22, 29, 32 à 36
En ville
Doubs (le)
Bâtiment d'eau ; atelier de fabrication ; logement ; bureau ; remise ; transformateur ; cour ; jardin ; bief de dérivation
3e quart 19e siècle ; 4e quart 19e siècle ; 1er quart 20e siècle
Daté par source ; daté par source ; daté par source
Attribution par source ; attribution par source
Les activités métallurgiques, meunières et annexesPropriété du chapitre de Saint-Etienne, le moulin de Tarragnoz est attesté dès 1040. Une papeterie s'y installe avant 1390 (ce serait l'une des plus anciennes de France), une foule est signalée en 1575, un martinet en 1691, un battoir à écorce en 1759, et une chamoiserie en 1770. Dans la seconde moitié du 18e siècle, l’établissement y produit des boulets et des ancres destinés à l'arsenal d'Auxonne (21). En 1772, le martinet fournit annuellement environ 60 tonnes de produits divers : fers platinés, ferrures et essieux pour affûts de canon, balles, cuirasses et tôles divers. En 1789, l’usine comprend une papeterie à deux foulons à maillets et un foulon pour les chamoiseurs, un martinet à deux feux de forge et trois marteaux (à platiner, à planer et à "faire le fer martinet"), un moulin à sept paires de meules, une huilerie, une scie à bois, un moulin à tan, un fourneau et un moulin à plâtre.L’usine est vendue comme Bien national, et son martinet travaille le cuivre en 1808. En 1809, l’établissement est mis en jeu par 13 roues hydrauliques verticales. En 1812, le sieur Racine, meunier du moulin appartenant à M. de Scey, fait construire une "nouvelle roue destinée à le faire mouvoir pendant les grandes eaux". Propriété de M. Rebattu en 1821, l’usine métallurgique se compose d’un feu d’affinerie, d’un feu de martinet et d’un feu de maréchallerie "avec deux emplantements, chacun à deux chambres". On y traite annuellement 1900 quintaux métriques de fonte en gueuse provenant du fourneau de Moulin-Rouge (39), pour une consommation de 1440 quintaux métriques de charbon de bois et 160 hl de houille. Une affinerie à un marteau, avec ses soufflets à piston, est "nouvellement établie" vers 1825. L’usine métallurgique emploie alors de 10 à 12 personnes. A cette date, l’établissement hydraulique comprend en outre un moulin à 12 paires de meules, avec nettoyage et blutoir, une foule à 6 maillets, une huilerie (avec volant, deux presses et un cylindre), une scie, une moutarderie (12 mortiers et un cylindre), un moulin à moudre l'émail pour la faïence (trois cuviers et deux mortiers), un battoir d'écorce (huit dames) et un "moulin à lavures" (permettant de récupérer les poussières d'or et d'argent générées lors de la fabrication d'articles en ces métaux précieux, les montres notamment). Cet équipement est mis en mouvement par 24 roues hydrauliques, et 21 personnes assurent son fonctionnement.L’usine est acquise en 1831 par Claude-François Gigandet, qui la développe et y loue des locaux. Elle emploie 81 personnes en 1844. Une autorisation aurait été accordée le 8 mars 1852 à Gigandet afin qu’il agrandisse son moulin pour y faire fonctionner 34 paires de meules. D'après l'enquête nationale sur l'industrie menée entre 1847 et 1852, l'usine est mise en jeu par 24 moteurs hydrauliques et emploie 34 hommes, 4 femmes et un enfant. Elle est agrandie en 1855-1856 avec, entre autres, la construction d’un bâtiment au bord de la route impériale. En 1858, Gigandet est associé à un dénommé Coulon. Mis en jeu par 13 roues hydrauliques, le moulin emploie alors 30 ouvriers. L'établissement est détruit par un incendie en juillet 1870. Il est reconstruit, entre 1872 et 1876, par les soins d’Antoine Gigandet, lequel remplace les 13 roues hydrauliques par 7 turbines, dont 5 actionnent 27 paires de meules. Outre les travaux de réfection du moulin, la matrice cadastrale mentionne la construction d’une écurie, d’un atelier de mécanicien et d’une "moutarderie". En 1875, Claude-Antoine Gigandet, Alexandre de Gassowski et Jules-Louis Martin-Brey, fabricant de faïence à Casamène (IA25001847), s'associent pour exploiter les moulins de Tarragnoz sous la raison sociale Gigandet, Martin-Brey et Cie. Une partie des locaux est louée à divers industriels, dont Léon Dubourg qui y fait construire une scierie par l'architecte bisontin Gustave Vieille en 1879. Au début des années 1880, le moulin est subdivisé en deux parties distinctes : un moulin public, exploité par son nouveau propriétaire, M. Billamboz et un moulin de commerce. Début 1886, Jules-Louis Martin-Brey reprend le moulin de commerce : il supprime 6 des 12 paires de meules, qu'il remplace par 5 appareils à cylindres, et acquiert un "appareil comprimeur-dégermeur, système Gautherin". Le tout est mis en jeu par deux turbines. La farine est destinée à la région et la Suisse, et les semoules sont expédiées dans l'usine de pâtes alimentaires que Jules-Louis Martin-Brey a fondée en 1876 à Saint-Denis. Le moulin public est alors équipé de six paires de meules mises en jeu par une turbine. Quatre turbines sont en service en 1898, au moment où l’établissement emploie 14 personnes. Associé à Alexandre de Gassowski, Jules-Louis Martin-Brey fait reconstruire la façade de l'ancienne scierie en 1890. En 1901-1902, les façades du bâtiment à l'aval de l'écluse sont rebâties par l'architecte Etienne-Bernard Saint-Ginest sur le modèle de celui de 1891. La collaboration entre Billamboz et Martin-Brey prend fin en 1909, à la mort de celui-ci. En 1911, l'industriel Jules Douge et le minotier Pol Lacroix s'associent pour exploiter la minoterie sous la raison sociale Pol Lacroix et Cie. Cette dernière est liquidée en décembre 1912. Elle est remplacée par la société anonyme des Grands Moulins de Tarragnoz. La minoterie est détruite par un incendie le 7 juin 1915 et la société des Grands Moulins de Tarragnoz est dissoute en 1916. Peu après, le site devient propriété des Compagnies réunies de Gaz et d'Electricité, exploitant l'usine à gaz de Besançon, qui souhaitent en 1924 y installer une centrale hydroélectrique (projet sans suite).L’activité horlogèreLa société horlogère Edmond Robert s'installe sur le site au début des années 1880. Un atelier est construit à cet effet en 1890, agrandi l'année suivante. Spécialisée dans la fabrication de couronnes, pendants et anneaux et aiguilles de montres, elle fabrique aussi des couverts et de l’orfèvrerie en 1903. En plus de son "usine électromécanique de Tarragnoz", la société possède un magasin de vente 88 Grande Rue à Besançon. Soixante personnes y sont employées en 1898. En 1904, l'industriel fonde la société des Anciens Ets Edmond Robert, "société anonyme pour la fabrication de fournitures d'horlogerie", et dont le siège social est situé 5 rue Saint-Marc à Paris. En 1922, l'établissement apparaît comme "société anonyme pour la fabrication de pendants, couronnes et anneaux pour la boîte de montres (Anciens Ets Edmond Robert)". Encore mentionnée en 1926, elle semble disparaître au tournant des années 1930.Vers 1890, le site est également occupé par la manufacture de montres Geismar et Cie, fondée par les frères Geismar, précédemment établis comme monteurs de boîtes en or et en argent rue Pasteur à Besançon. Dans les années 1880, la société Geismar et Cie fait construire à Annemasse (74) une usine d’ébauches et de mouvements finis. Vers 1890, suite à une hausse "des droits des mouvements de montres exportés de la zone franche de Savoie", l’atelier est rapatrié à l’usine de Tarragnoz. Une nouvelle société en nom collectif B. Geismar et Cie est créée en 1890, rebaptisée Geismar et Cie en 1896. A cette date, l’usine emploie une centaine de personnes. L’entreprise est récompensée à l’Exposition Universelle de Paris en 1900 (2 médailles d’or), de Milan en 1906, de Bruxelles en 1910, et reçoit la coupe chronométrique en 1909. En 1906, elle produit plus de 30 calibres et commercialise, entre autres, une montre à ancre "bon marché" sous la marque Lauréa. En 1913, Lucien Bloch, Alice Geismar et Maurice Lehmann forment une nouvelle société en nom collectif, L. Bloch-Geismar et Cie, "spécialisée dans la fabrication et la vente de montres en tous genres". Elle fabrique ses boîtes et ses mouvements "par procédés mécaniques" afin de garantir une certaine interchangeabilité. Vers 1923, 80 000 ébauches de tous calibres sortent annuellement des ateliers. En 1925, André Lehmann et Jean Bloch fondent la société des Ets Geismar – Les petits fils de Geismar successeurs. En 1928, l’affaire emploie 70 personnes, mais elle connaît des difficultés au début des années 1930. Elle est reprise, peut-être en 1934, par la société horlogère Maillardet, installée à Morteau, qui crée alors la raison sociale Ultra - Ets Geismar. En 1941, l'entreprise horlogère Marius Anguenot (Villers-le-Lac) acquiert la société (la marque ?) Les petits fils de Geismar, mais on ignore si elle y développe une activité d’horlogerie. D’après le Cent cinquantenaire de la fabrique d'horlogerie de Besançon, le site héberge en 1943 la Compagnie industrielle horlogère (marque Ultra), qui produit également en 1946 diverses machines pour l'horlogerie, et la manufacture de montres-bracelets Luxia (tenue par V. Cramer et aussi présente à Morteau, rue Jean Jaurès).Outres ces deux sociétés horlogères, diverses entreprises se succèdent aux n°2 à 6 faubourg Tarragnoz :- Les Ets Douge Frères, spécialisés dans la fabrication de turbines hydrauliques et de moteurs à gaz pauvre, auraient été fondé par Aimable Douge, mécanicien à Voray-sur-l’Ognon (70), qui s’installe en 1881 dans un local du moulin (n°6 faubourg de Tarragnoz). Il s’agit d’un "atelier de construction et de réparation de machines et d’outils à l’usage de diverses industries telles que fonderies, moulins, battoirs à blé, scieries, huileries, imprimeries", etc. Les Ets Douge reprennent en 1896 la fonderie Saint-Eve (8 rue des Frères Mercier) et font construire une usine (actuellement place Leclerc) en 1911-1912 (aujourd’hui détruite).- En 1891 y sont mentionnés la fabrique de bois de brosses Ehret et deux ateliers de construction mécanique : Jacquard et Douge Frères. La première emploie 9 personnes en 1898, et la seconde 7.- En 1903, Edmond Perdrizet et Joseph Buisson fondent la société en commandite Edmond Perdrizet "pour la fabrication et la vente de pierreries dont la pierre Perfecta (rubis de montres)".- En 1920, l’atelier de tabletterie-tournerie de la Fabrique française du Doubs (tournage et meubles, brouettes, manches d’outils), dirigée par L. Léger, est présente à l’adresse. En 1924, les Anciens Ets Chenelot (manufacture de boutons pour cols et manchettes) y possèdent leurs ateliers et bureaux.En 1929, deux sociétés d’horlogerie établissent leur siège social au n°4 faubourg Tarragnoz : la société en nom collectif Parent et Cramer (marque Luxia), auparavant implantée 41 avenue Carnot (IA25001715) et les Ets Simonin et Cie (IA25001726), installés en 1923 au 25 rue des Villas, spécialisés dans la "fabrication et de vente d’assortiments pour la boîte de montres (pendants, couronnes et anneaux)".Michel Maillardet prend la tête de l'entreprise bisontine, qui devient Sarl Ultra en 1949. Il la dirige jusqu'à la fin des années 1950 puis part diriger l'usine Kelton qui ouvre au début de la décennie suivante rue Denis Papin. Il est alors remplacé par Pierre (également PDG de l'établissement mortuacien). La société Ultra, qui compte 150 personnes en 1950 et jusqu'à 250 vers 1965, fabrique des montres (avec ses propres mouvements) mais travaille aussi pour l'armement (fusées d'obus). Elle disparaît en 1969-1970 (de même que les Ets Paul Maillardet et Fils). Ses activités sont reprises le 1er octobre 1970 par la Société nouvelle Auto-Equipement, intégrée au groupe des Compteurs Ed (siège social à Paris, une usine de 1 200 personnes à Amiens, production de tableaux de bord pour automobiles sous la marque Ed-Veglia). Celle-ci développe ses départements Montres de bord et Mécanique de haute précision, incluant un atelier de micro-moulage des plastiques. Elle semble disparaître au milieu des années 1970, ou transférée peu après au 2 rue Einstein. La fabrique de montres Luxia emploie encore 15 personnes en 1982, mais sa localisation reste incertaine (9 faubourg Tarragnoz ?). Le site accueille actuellement des bureaux, des logements, une école de danse et un club d'arts martiaux. Les bâtiments dans la cour ont été détruits à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, le logement du 18e siècle à l'extrémité sud a été partiellement démoli.
Calcaire ; bois ; brique ; enduit partiel ; moellon ; pierre de taille ; pan de bois
Tuile mécanique ; tuile plate ; béton en couverture ; métal en couverture
Sous-sol ; 2 étages carrés ; comble à surcroît
Charpente en bois apparente
Élévation à travées
Terrasse ; toit à longs pans ; appentis ; croupe ; pignon couvert
Escalier dans-oeuvre ; escalier de distribution extérieur
Énergie hydraulique
Les bâtiments au long de la route sont pour la plupart en pierre de taille apparente, avec tuile mécanique en couverture. L'atelier au long de l'écluse fait appel au pan de bois hourdé de briques et à la tuile mécanique, ceux à l'aval aux moellons calcaires apparents et à la tuile plate.
Établissement industriel désaffecté
Propriété de l'Etat ; propriété publique ; propriété privée
2006
(c) Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
2006
Poupard Laurent ; Favereaux Raphaël
Sous-dossier
Conseil régional de Franche-Comté - Direction de l'Inventaire du patrimoine 4, square Castan 25031 Besançon Cedex - 03.81.65.72.10