Description historique
"Vers 1050, fondation par Alain Canhiart, comte de Cornouaille, de l´abbaye bénédictine qui dépend de Saint-Sauveur de Redon. A la fin du 11e ou début du 12e siècle, le fils d´Alain Canhiart, Benoît, évêque de Nantes et abbé de Sainte-Croix, est à l'origine des premiers bâtiments conventuels (disparus) et de l´église de plan circulaire destinée à abriter le tombeau du premier abbé, Gurloës, mort vers 1050 (voir dossier église paroissiale Sainte-Croix). Depuis la fin du 15e siècle et surtout entre 1520-1553, peut-être sous l´abbatiat de Daniel de Saint-Alouarn, reconstruction probable d´une partie des bâtiments conventuels qui figurent sur un plan de 1664, document important pour comprendre les bâtiments avant leur reconstruction complète intervenue plus tard. Entre 1553 et 1665, déclin progressif de l´abbaye qui passe sous le régime séculier de la commende, notamment sous la tutelle de plusieurs membres de la famille de Gondi qui en confient la gestion à des serviteurs. En 1590, lors des guerres de la Ligue, dégradation des bâtiments qui servent de refuge à la population de la ville. En 1665, la congrégation des bénédictins de Saint-Maur prend possession de l´abbaye et initie son renouveau. L´inventaire des bâtiments et plusieurs relevés permettent de connaître l´état de l´ensemble, les projets non réalisés et l´évolution globale envisagée. L´église ne connaît pas de modifications notables. Le cloître d´origine est peut-être encore en place. En raison des distributions, de l´emplacement et de la forme des escaliers, une partie des bâtiments conventuels figurant sur des documents de la seconde moitié du 17e siècle, semblent avoir été reconstruite ou remaniée entre la fin du 15e et le milieu du 16e siècle. Entre 1668-1712, grande prospérité et essor architectural notable sous l´abbatiat de Guillaume Charrier : à l´exception de l´église, destruction des bâtiments construits à l´époque médiévale et reconstruction intégrale des bâtiments conventuels, des clôtures et des bâtiments secondaires. En 1678, mise en place d´un nouveau logis abbatial, au sud des bâtiments existants, à l´emplacement de l´ancienne chapelle Saint-Gurthiern, d´après les plans du marquis de Lavardin de Beaumanoir, ingénieur militaire, commandant de Port-Louis, Hennebont et Quimperlé. Les travaux sont exécutés par les maîtres maçons Jean et Mathurin Mahé, de Quimperlé. Entre 1679 et 1681, mise en place d´un clocher au-dessus du vaisseau central de l´église, d´après le projet de Thomas Jouneaux, prieur de Sainte-Croix. Entre 1682-1695, reconstruction de l´aile est des bâtiments conventuels (sacristie, salle capitulaire, chartrier, escalier, dortoirs), sans doute aussi d´après les plans de Thomas Jouneaux. La "pierre de Caen" couvre une partie des sols. Entre 1694 et 1698, l´abbé Guillaume Charrier fait appel à Olivier Delourme (1660-1729), entrepreneur et architecte de Vannes, pour reconstruire l´aile sud et notamment l´avant-corps ouest, vraisemblablement d´après les instructions laissées par Thomas Jounaux. Cette campagne de travaux dont le coût s´élève à 16 500 livres, concerne le réfectoire "voûté de tuffeau", les cuisines et les dépenses, les salles d´hôtes (hostelleries) et l´escalier monumental "de pierre voûtée par dessous jusqu´au premier estage, de bois ceintré par dessous pour recevoir un plafond en forme de voûte pour le second estage". Entre 1701 et 1705, les maîtres maçons Mahé terminent l´aile nord du cloître ainsi que l´aile ouest (infirmeries, parloir, vestibule) percée d´"une belle porte suivant le dessein qu´on leur a donné" dont l´auteur était peut-être Jounaux et dont le tympan porte les armoiries de la congrégation de Saint-Maur. L´ancien logis abbatial sert d´auberge dès le début du 18e siècle. L´abbaye est vendue comme bien national en 1790. L´église devient chef-lieu de la paroisse de la basse ville et les anciens bâtiments conventuels sont affectés, successivement ou simultanément, à différentes administrations (siège du district, tribunal, hôtel de ville, établissement scolaire et sous-préfecture). Entre 1815 et 1836, nombreux relevés de l´ensemble des bâtiments par l´ingénieur des Ponts et Chaussées Detaille et l´architecte Joseph Bigot. En 1840, l´église, les deux tombeaux conservés dans la crypte et les boiseries de la sacristie sont classés au titre des monuments historiques. En 1862, effondrement du clocher-tour de l´église et vaste campagne de reconstruction terminée en 1868. Inscription du cloître à l´inventaire supplémentaire des monuments historiques et suppression de la sous-préfecture en 1926. Les anciens bâtiments conventuels, propriété du département du Finistère, plusieurs fois remaniés depuis le début du 19e siècle - à l´exception du cloître et des escaliers - abritent aujourd´hui le tribunal d´instance ainsi que des bureaux et des logements de fonction de la gendarmerie nationale. Un vaste projet de restauration est en cours de réalisation depuis 2002."