Description historique
C’est dans une charte de l’abbaye de Cluny datée du milieu du 10e siècle que l’on relève la plus ancienne mention d’un lieu de culte à Pontverny : celui-ci figure sous le vocable de Saint-Urcisse dans une donation faite en 941 à l’abbaye de Cluny par une riche héritière du nom d’Ava, identifiée par les historiens comme la mère de l’abbé Odon et possédant un important alleu aux confins du Quercy et de l’Auvergne (Lauranson-Rosaz 1994). A l’origine de la paroisse, l’église de « Ponto-Vernino » constitue à l’époque carolingienne le lieu de culte d’une importante « curtis » (domaine carolingien) qui comporte, d’après la donation d’Ava, au moins 26 manses (tenures paysannes).£Les sources sont ensuite lacunaires jusqu’à la fin du Moyen Age. Les pouillés du 14e siècle mentionnent une église dédiée à Sainte-Lucie et dépendant du prieuré d’Augustins d’Escalmels (commune de Saint-Saury, Cantal ; voir Clary 1986, p. 217). Cependant, plusieurs indices, et en premier lieu le changement de vocable, soulèvent la question d’un déplacement du lieu de culte primitif (Aquioupou 2006, p. 116). En effet, le toponyme "Puech de la Gleye", relevé sur les cadastres actuel et de 1826, suggère une implantation ecclésiale ancienne à la limite des actuelles communes Calviac et de Souceyrac, à environ 850 m du village de Pontverny. Associé au toponyme "Puech de la Tour", il constitue un indice fort en faveur de l'identification d'un site fortifié établi à l’extrémité d’une avancée de plateau, sur un tertre de terre semi-artificiel. Cette motte castrale probable a peut-être occupé le site de l’ancienne « curtis » dotée d’un premier lieu de culte qui serait ainsi devenu une chapelle castrale.£L’église actuelle, qui s’élève à l’extrémité est du village de Pontverny, conserve une partie de ses dispositions médiévales appartenant à la période romane. Les traces de reprise des maçonneries et la confrontation avec le plan cadastral de 1826 permettent de restituer une structure d’origine à nef unique prolongée par un chœur quadrangulaire enserrant une abside semi-circulaire. Peu représenté en Quercy (églises de Salvezou à Catus ou de Mayrinhac-le-Francal à Rocamadour), ce type de plan est plus fréquent en Haute-Auvergne où il apparaît comme l’une des composantes de l’architecture romane du 12e siècle (Saint-Cirgues et Sainte-Juliette à Saint-Cirgues-de-Jordanne, Saint-Rémy de Lascelle ou Notre-Dame de la Nativité à Girgols). Le portail percé dans la façade latérale sud-ouest de la nef accuse une datation légèrement plus récente, tout en s’inscrivant dans un style roman tardif (13e siècle ?). Cependant, l’importance des perturbations ne permet pas de dresser une chronologie précise des phases médiévales.£L’édifice a été profondément remanié au milieu du 18e siècle (Clary 1986, 217). De cette campagne de travaux résulte sans doute la chapelle sud, construite en moellons et pierres de taille contre le piédroit du portail médiéval, ainsi que la partie basse de la façade nord-ouest avec son portail de style classique (date portée actuellement illisible, pouvant être « 1758 » d’après Y. Aquioupou, 2002, 86). La confrontation du plan actuel et du plan cadastral de 1826 laisse penser que l’ancienne nef unique a été élargie ou augmentée de chapelles latérales au nord et qu’un petit corps de bâtiment, peut-être une tour d’escalier desservant le clocher, a été rajouté dans l’angle sud-ouest.£Ces aménagements ont disparu à la fin du 19e siècle, lors de la construction de l’actuel clocher-mur en façade. Cette reconstruction s’accompagne du percement de deux nouvelles baies en plein-cintre dans le mur gouttereau sud-ouest. La similitude formelle entre ces fenêtres et celle visible au nord conduit à attribuer à cette même campagne de travaux la construction d’une chapelle formant transept au nord. Ces hypothèses sont confirmées par deux pièces issues du dossier de restauration de l’église qui sont conservées aux Archives départementales : elles permettent de dater l’ensemble de ces remaniements des années 1895-1896 (A.D. Lot, 2O68/2). Les constats établis en 1895 font état d’un délabrement avancé de l’église, touchant plus particulièrement le flanc nord de la nef, une « chapelle à gauche » et les « lambris qui servent de voûte ». Ces descriptions suggèrent que la nef était encore charpentée à la fin du 19e siècle. Le projet de restauration, validé en avril 1895 par le conseil des bâtiments civils, prévoit des réparations très importantes dont la construction d’une chapelle « symétrique » à celle existant au sud, la mise en place d’une tribune et le voûtement de la nef.