Description historique
Dans son état actuel, l'édifice correspond à une campagne de reconstruction après les destructions de la Première Guerre mondiale, la date de 1922 étant avancée par la tradition orale. Dans les années 1950, il fut la propriété des Houillères du Bassin du Nord-Pas-de-Calais (HBNPC). Cependant, plusieurs éléments attestent encore des états antérieurs : les structures conservées en sous-sol, un ensemble homogène de trois caves, remontent selon Jean-Denis Clabaut, archéologue du bâti, "probablement [à] la seconde moitié du 13e siècle ou [au] début du suivant". Par ailleurs, on note le remploi quasiment in situ de trois colonnes du portique figurant sur un cliché de Camille Enlard qui montre une vue partielle de l'édifice avant sa destruction pendant la guerre de 1914-1918. Ce que l'on voit de cet état, en particulier les traces de gâbles bûchés, peut faire penser à la fin du XVe siècle ou au XVIe siècle.La documentation (AC Condé-sur-l'Escaut) indique que le fonds avait été acquis en 1521 par Olivier, écuyer, seigneur de Maulde, de Laurent Clerbos. En 1530, il en fit don à sa fille et son mari, J. de Plenne, à l'occasion de leur mariage. En 1553, l'édifice existant alors fut acheté par Robert de Croÿ, évêque de Cambrai. Il est décrit comme "un grand héritage, maison, grange, estables, colombier, édifices, celliers, puche (puits), court, gardins (jardins), portes, issues, entrepresures de loing temps nommée la Haute Maison." (cité par TRELCAT, Émile. Histoire de l'abbaye de Crespin, ordre de saint Benoît. Paris : A. Savaete, 1924.). L'ensemble avait sa principale entrée rue du Collège mais donnait aussi accès sur la rue Bruenne et sur la rue de la Cavalerie. En juin 1557, le roi Philippe II d'Espagne autorise par lettres patentes les religieux de l'abbaye bénédictine Saint-Landelin de Crespin à -céder leurs refuges des villes de Mons et Valenciennes pour faire l'acquisition de l'édifice mis en vente à la suite du décès de Mgr de Croy (AC Condé-sur-l'Escaut, FF 89, p. 97) ; plus proche de Crespin, l'édifice paraît en effet à même de pouvoir accueillir l'ensemble de la communauté monastique en cas de nécessité. Le document ne fait pas mention du refuge que l'abbaye possédait déjà à Condé depuis 1386 et qui se situait dans l'actuelle rue de la Haynette, lequel fut revendu en 1598. La vente de "L'hôtel de Cambrai" au profit de l'abbaye de Crespin se conclut le 7 avril 1559. À cette date, l'ensemble est défini comme "se comprenant iceluy hostel en une maison, grange, estables, coullombier [colombier], céliers, puichs [puits], gardins, issues et héritages adjoints et remis en ung seul hériatge et qu'il est enclos de murailles allentour". En 1687, l'édifice est approprié pour l'usage de M. de Berthou, gouverneur de la ville. Les travaux portent sur la toiture, les menuiseries, les planchers et pavages ; il est fait mention de la nécessité de renouveler le "tour" du puits (AC Condé-sur-l'Escaut, DD 21). À la même époque, la construction de la caserne de cavalerie enclave ses arrières, ce que montre clairement le plan contemporain de la ville de Condé conservé aux Archives nationales. Le 14 mai 1792, le fonds est vendu comme bien national provenant de la saisie des biens de l'abbaye de Crespin ; il subit une division en trois lots. À proximité de l'édifice reconstruit après les destructions de la Première Guerre mondiale, se trouve, au nord, la maison portant le n°15 rue du Collège dont l'emplacement relevait du fonds ancien ; en mitoyenneté au sud-est s'élevait une grande maison qui fut utilisée à usage de presbytère (au moins depuis la fin du XIXe siècle jusqu'en 1913) puis annexée par le collège voisin fondé en 1662 (détruit).