Description historique
L'église avant la Première Guerre mondialeLa première église du village est édifiée au XVe siècle, à l'emplacement d'un fortin. Au XVIIe siècle, l'architecture des chapelles est remise au goût du jour. En 1750 un incendie détruit une partie de l'église. Seules les parties abîmées sont restaurées (DELALIN, PIETRZAK et JARRELOT, ca 1990). La tour est reconstruite par l'architecte diocésain André de Baralle à la fin du XIXe siècle (BISMAN, 2017).La campagne photographique réalisée en 1905 par Augustin Boutique, photographe douaisien, permet de connaître la physionomie de l'église à la veille de la Première Guerre. C'est un bâtiment de plan en croix latine précédé d'un clocher-porche de plan carré (ill.). La nef est bordée d'un seul bas-côté. Les trois vaisseaux s'achèvent par une abside saillante (ill.). L'église ne compte qu'un seul niveau (ill.). La forme des baies varie selon la période de construction : plein cintre pour la partie fin XVIIIe siècle du chœur, arcs brisés pour le transept gothique et le mur gouttereau sud de la nef, arcs segmentaires (appelé également arcs surbaissés) pour la partie de la nef du XVIIe siècle. L'église est construite en pierre pour la nef et le transept (qui sont les parties les plus anciennes de l'église). Le chœur est en briques posées en appareil picard (appareil présentant en alternance un rang de briques posées en boutisses et un rang en panneresses).En mars 1917, les Allemands font sauter la flèche de l'église à la dynamite afin qu'elle ne serve pas de point de repère pour l'artillerie alliée. Le reste de l'église est détruit entre novembre et décembre 1917 pendant la Bataille de Cambrai.L'église reconstruiteDès 1919, la commune sollicite l'attribution de dommages de guerre pour reconstruire l'église. Sur la somme demandée de quatre millions de francs, seul 1,5 million est attribué par la commission cantonale pour la reconstruction de l'église et la reconstitution de son mobilier. En mai 1923, la commune adhère à la coopérative diocésaine pour la reconstruction des églises. C'est désormais cette dernière qui prend en charge le suivi administratif du dossier des dommages de guerre, qui établit les cahiers des charges, qui s'occupe de lancer les marchés, choisit l'architecte et les sculpteurs, donne des avis sur les projets et les modifications éventuelles à y apporter, suit la réalisation des travaux et les paiements. La commune reste cependant libre d'accepter les propositions de la coopérative diocésaine et c'est à elle qu'il revient de signer les marchés de gré à gré avec les artisans qui participeront à la reconstruction de l'église, lorsque les montants sont inférieurs à 500 000 francs. En juin 1925, le Comité de pré-conciliation de Lille accorde à la municipalité le somme de 1,286 million de francs pour la reconstruction de l'église proprement dite.L'architecte choisi est Ernest Gaillard, auteur de nombreux édifices civils et religieux dans le Cambrésis. Son premier projet, présenté en décembre 1922, est rejeté par le Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux Arts car il ne rentre pas dans l'enveloppe budgétaire fixée par le comité de pré-conciliation. Le rapport permet d'avoir quelques idées de ce projet mais il n'a pas été retrouvé de représentations graphiques : utilisation de rouges-barres (alternance de lits de pierres calcaires et de briques), clocher-porche agrandi par rapport à celui de l'ancienne église, et "appareillage fantaisiste". Le second projet, plus modeste, est présenté devant la commission en septembre 1924 et validé en juillet 1925 car il "répond aux conditions exigées par la loi", c'est à dire qu'il ne dépasse pas le montant alloué pour les dommages de guerre. La réduction apportée à la hauteur du clocher et la simplification de la décoration ainsi que la surélévation de la hauteur de la nef et des bas-côtés permettentun meilleur éclairage de la nef.Les travaux de gros-œuvre sont adjugés à l'entreprise Sorlin de Cambrai en mai 1925. La première pierre est posée en 1926 et l'église est inaugurée en octobre 1928.Les matériaux de constructionLes matériaux de construction apparaissent dans le bordereau des prix établi par l'architecte et signé par la commune en juillet 1925 (AD Nord ; 2 O 240-120).Pour le gros-œuvre, le béton doit être armé avec une structure en "acier doux".Les enduits intérieurs et extérieurs seront réalisés en "simili pierre Cimental Broutin" posé en deux couches pour imiter un appareillage de pierre puis teinté au Silexore (peinture minérale hydrofuge qui durcit en prenant l'aspect de la pierre sous l'action de l'air et des UV, ce qui la rend presque inusable).Le pavage du vestibule sera en briques cuites au four et moellons de récupération. Pour la nef, le sol sera réalisé en carrelage céramique trois tons (vert blanc et noir), posé suivant les dessins de l'architecte, fabriqués par Douzies à Maubeuge. Les seuils de marche et le dallage du degré seront réalisés en pierre bleue de Soignies (calcaire dur de couleur gris-bleu extrait dans l'Avesnois et en Belgique). Les marches menant aux autels doivent être en marbre rouge.La couverture sera réalisée en tuile plate de Beauvais, posée au clou.Comparaison entre le projet et la réalisationL'église proposée en 1924 par Gaillard présente quelques différences avec la réalisation finale. Ces dernières concernent tout d'abord le plan et plus particulièrement la partie occidentale de l'église. Sur le premier projet, daté de septembre 1924 (ill.), l'architecte avait prévu un vestibule ouvert uniquement sur sa face ouest et précédé d'un grand degré rectangulaire. Ce vestibule était partiellement encadré de deux chapelles ouvertes uniquement sur la nef et correspondant à la première travée de la nef. La chapelle nord était destinée à accueillir les fonts baptismaux. Le dessin de l'élévation proposé en novembre 1924 (ill.) montre que les murs du vestibule et des chapelles devaient être percés de petites baies carrées.L'église réalisée n'a pas de vestibule fermé mais un vestibule ouvert d'une baie en plein cintre côté ouest et d'une arcade en plein cintre côté sud par lequel se fait désormais l'accès à l'église (ill.). Ce vestibule conservé le même plan et la même surface que celui précédemment prévu. Toutefois, pour permettre la modification de l'accès, la chapelle sud a été supprimée.Cette évolution du plan tient sans doute au fait que, sur le plan initial, la distance entre le porche de l'église et les premiers bâtiments situés en vis à vis n'aurait été suffisante ni pour permettre une circulation aisée des fidèles ni pour avoir le recul nécessaire pour créer un parvis mettant en valeur le nouveau clocher-porche.L'évolution la plus importante concerne cependant le clocher lui-même. Sur les dessins fournis par Gaillard en novembre 1924 (ill.), c'est un clocher classique. En façade, au-dessus de l'arche d'entrée, le bas de la tour est percé de grandes baies verticales qui se poursuivent par des abat-sons. Il est surmonté d'un niveau accueillant une horloge puis d'un petit fronton à redents décoré d'un écusson. Les trois autres faces du clocher présentent une élévation identique et presque similaire à celle de la façade principale. En effet, on retrouve au-dessus d'un premier niveau de murs pleins (et non percé de baies comme sur la façade principale) le niveau des abat-sons, surmonté à son tour d'un niveau accueillant une horloge puis d'un petit fronton à redents décoré d'un écusson. Le clocher est couvert par une flèche rhomboïdale.Le projet finalement mis en œuvre n'apparaît sur un dessin qu'en juin 1927 (ill.), soit presque trois ans après le premier projet. On y voit la flèche ajourée en béton avec sa base carrée décorée d'une croix celtique et cantonnée des statues d'anges surmontant un pan de mur plein décoré d'un blason couronné entouré de draperies qui est venu remplacer l'horloge.La réception du projetPlusieurs commentaires de l'époque de la construction permettent d'avoir un idée de ce à quoi ressemblait l'église. Dans le bulletin paroissial de décembre 1927, le curé dit que "la nouvelle église a gardé de la précédente les dimensions et la disposition générale [...]. C'est surtout par le choix et la mise en œuvre des matériaux que l'église est originale. Il faut la contempler des champs qui s'étendent au-delà du cimetière. De ce point de vue, son harmonieux ensemble vous charmera avec le rose de ses murs, la teinte plus foncée du toit, l'alternance du ciment et de la brique dans la tour et dans les ajours de la flèche. En revenant vers l'édifice, admirez la vie que donnent aux murs les diverses nuances de cette belle brique de Fouquereuil qui les revêt".Dans un courrier adressé au curé de la paroisse et reproduit dans le bulletin paroissial de mars 1928, Valentine Reyre, qui réalise les vitraux et les décors intérieurs de l'église, partage sa perception de l'espace intérieur : "Tandis que les voûtes de la nef restent baignées d'ombre, la coupole du sanctuaire est ajourée de treize petites fenêtres étroites. Elles placent comme un diadème de lumière au-dessus de l'autel."Enfin, en juin 1928 après une visite sur place, la commission diocésaine fait part de son avis sur l'église : "À l'extérieur, cet édifice paraît d'une structure bien ordonnée et le clocher où l'on a voulu montrer ce que peut donner l'union de la brique et du ciment, par sa flèche ajourée qui surmonte un saint Martin à cheval d'une belle venue et de lignes bien équilibrées, donne une réelle impression de force et d'élégance" (Bulletin paroissial, juillet 1928, cité par ELALIN, PIETRZAK et JARRELOT, ca 1990).Les décors portésPour les décors portés, la commune fait appel à des artistes relevant du mouvement de renouveau de l'art sacré : Valentine Reyre pour les verrières (IM59003989), les fresques (IM59003988) et les dessins des mosaïques des arcs du clocher-porche réalisées par le Cambrésien Dante Christofoli, le Douaisien Alexandre Descatoire (1874-1949) qui réalise les anges aux angles du clocher et Marcel Bouraine (1886-1948) à qui l'on doit les sculptures de saint Martin en ciment (réalisation de l'entreprise Sorlin) qui ornent le clocher et les chapiteaux à motifs eucharistiques en staff à l'intérieur de l'église. Le marche de gré à gré entre la commune et le sculpteur est signé en janvier 1928. Il perçoit 18 000 francs pour les bas-reliefs et 5 000 francs pour les chapiteaux. Pour ces œuvres, il doit réaliser les maquettes, les moules nécessaires au tirage de la sculpture définitive et en assurer les finitions et la mise en place.Le marché de gré à gré avec Alexandre Descatoire (1874-1949) est signé en octobre 1927 pour un montant de 15 000 francs. Il précise que le sculpteur doit fournir, en staff, une maquette des statues respectant le plan dressé par l'architecte à la taille 1/2. Ces maquettes sont encore conservées dans l'église. Elles ont servi à la réalisation définitive des statues en ciment par l'entreprise Sorlin, sous la supervision de Descatoire, qui en assure les finitions et la mise en place. Les modifications contemporaines :Le bilan sanitaire de l'édifice réalisé par le cabinet d'architecte Bisman en 2017 pour préparer la restauration de l'église permet de préciser les modifications subies par cette dernière, qui se répartissent en deux grandes campagnes.La première, en 1980, voit le remplacement des verrières de la nef et du transept par des verrières en dalles de verre.La seconde, en 1994, modifie le clocher-porche : obturation de la baie de la façade ouest, suppression des claustras en béton qui occupaient l'espace ente les baies et les abat-sons sur les façades nord et ouest, ajout d'une rampe PMR le long du mur nord. La consultation des vues aériennes depuis les années 1930 (voir le site Internet Géoportail - rubrique Remonter le temps) montre que, contrairement aux dessins de l'architecte datés de novembre et décembre 1924, l'accès de l'église ne s'est jamais fait par la façade ouest du clocher-porche et que dès la construction, seul a été construit l'accès sur la façade nord. Enfin, en 1997, les tuiles d'origine sont remplacées par des ardoises artificielles.La campagne de travaux en cours (2023-2025) vise à restituer l'église telle que réalisée par Gaillard : restitution des claustras, pose de tuiles, nettoyage et renforcement des parties en béton armé.