Description historique
Une tour de grande hauteur au cœur d'un grand ensemble, 1969-1970La construction de la tour Kennedy s'inscrit dans celle du nouveau quartier loossois des Oliveaux, édifié à la fin des années 1960. Il s'agit d'un grand ensemble initié par la municipalité de Loos et réalisé par l'Office départemental d'HLM du Nord avec le concours du Crédit Immobilier, de la Société d'Habitations Salubres et du CIL. Ce grand ensemble n'entre ni dans le dispositif des ZUP (Zone à Urbaniser par Priorité) ni dans celui des ZAC (Zone d'Aménagement Concerté). Il est réalisé par les architectes Jean-Pierre Secq et Pierre-François Delannoy.Le nouveau quartier des Oliveaux, qui est voulu "animé", est édifié après cinq années d'études et trois de travaux ; il est ainsi décrit par le géomètre Jean Misson dans le bulletin municipal de 1966 : "le plan de masse qui a été remanié une dizaine de fois a été conçu de façon à présenter une composition permettant la réalisation d'un ensemble vivant, grâce à la variété des types de logements et, par voie de conséquence, des personnes susceptibles d'y habiter et d'y vivre. Ce groupe d'habitations se schématise de la façon suivante : - une épine dorsale nord-sud, constituée par des immeubles collectifs de diverses hauteurs bordant des artères importantes ; - au centre un espace public de 7 200 m2 environ, comportant une place encadrée par l'église de la Sainte-Trinité [IA59002629], et par un centre commercial pouvant recevoir une douzaine de magasins - le tout dominé par une tour de vingt-deux étages [effectivement prévus au plan masse de 1963 conservé aux AD du Nord]. - à la périphérie, des immeubles individuels en accession à la petite propriété, 250 environ, quelques logements pour cadres (12), des logements pour personnes âgées, soit sous forme individuelle, soit en semi-collectif. Les équipements collectifs intégrés comportent trois groupes scolaires, une salle omnisports, le tout noyé dans des espaces verts qui couvriront une superficie de 6 hectares, avec des terrains de jeux et des aires sportives." Au total, 2 359 logements sont prévus (3 570 selon le plan masse de 1963 conservé aux AD du Nord) sur un terrain de 42 hectares, situé à la périphérie ouest de la commune, entre la voie ferrée Lille-Béthune (au nord), la rue Henri-Barbusse (à l'est), l’autoroute de liaison Dunkerque-Paris (à l'ouest) et le chemin départemental 48 (au sud). Une note générale sur le projet, rédigée par Jean-Pierre Secq et Pierre-François Delannoy en 1963, évoque un total de 2 000 logements répartis en quinze immeubles, un groupe scolaire de quarante classes et une maternelle de cinq classes (déjà construits), ainsi qu'un centre commercial et un centre culturel : "cet ensemble commercial, scolaire et social permettra aux futurs locataires de disposer à peu de distance de leur logement de tous les avantages d’une localité indépendante".Le grand ensemble est réalisé en plusieurs tranches, la deuxième comportant 738 logements répartis en huit bâtiments, dont la "tour X", future tour Kennedy. Le permis de construire est obtenu le 7 février 1964 et les travaux sont déclarés achevés au 21 février 1969. Le "Grand ensemble de la Zone des Oliveaux" est inauguré le 28 mai 1970. Il compte alors 1 683 logements. En 1994 ce quartier abrite près d'un tiers de la population loossoise et compte environ 2 000 logements. La construction de la tour Kennedy, 1969-1970Initialement uniquement désignée "tour X" ou "bâtiment X" au sein du grand ensemble, l'édifice prend le nom de "tour Kennedy" par délibération du conseil municipal, le 16 décembre 1966. Initialement prévue à vingt-deux étages pour 146 logements, la tour comporte finalement vingt-sept étages et 220 logements (108 logements de deux pièces et 112 logements de trois pièces). Elle est réalisée dans le cadre de la deuxième tranche de travaux, achevée en 1969 et inaugurée avec le grand ensemble le 28 mai 1970. La tour est édifiée sur une parcelle de 3 095 m2 ; sa surface hors-œuvre nette est de 14 414 m2. Son plan, hexagonal, évoque plutôt un rectangle dont la longueur serait brisée, formant un angle saillant. Culminant à 86 m, c'est alors la tour d'habitation la plus haute au nord de Paris. Elle comporte :- trois sous-sols accueillant les caves. Le premier sous-sol, seulement partiellement souterrain, est pourvu de garages à vélos et à poussettes, de locaux à poubelles et de la sous-station de chauffage-surpresseur ; le stationnement des véhicules, prévu en extérieur, est localisé à l'ouest de la tour. - un rez-de-chaussée. Partiellement surélevé, il comprend : au centre les deux entrées traversantes, le hall desservant les ascenseurs (deux groupes de deux), un garage à poussettes, une loge ; côté nord et sud, quatre logements T3 disposés par groupes de deux. - vingt-sept étages habitables. Chacun est pourvu de huit logements : quatre logements T2 disposés au centre de la tour et ouvrant soit en façade est soit en façade ouest ; quatre logements T3 disposés dans les angles de la tour et bénéficiant donc d'une double exposition. Ces derniers logements sont en outre pourvus de balcons, orientés au nord ou au sud.Espaces de circulation et ascenseurs sont concentrés au cœur de l'édifice. À chaque étage on accède aux logements, surélevés par de courts escaliers. Bien visible sur la coupe AA, une stricte compartimentation horizontale (tous les deux étages) permet de répondre aux contraintes de sécurité des immeubles de grande hauteur. Le projet est par ailleurs soumis pour avis à l’Inspecteur départemental du service incendie et secours de la Préfecture du Nord.La nature du terrain n'implique pas le recours à un type spécifique de fondation et les architectes proposent un radier en béton armé. La structure est constituée de murs porteurs en béton banché (préfabriqué ou coulé sur place). Les planchers sont constitués de dalles pleines en béton armé préfabriqué ou coulé sur dalle coffrante. L'enveloppe est partiellement constituée de panneaux de béton recouverts d'un parement en mosaïques de carreaux de grès cérame ou de verre marron clair. Les huisseries, en bois, sont pourvues de volets roulants. Les revêtements intérieurs choisis sont le grès cérame (cuisines, pièces d'eau) et le granito (hall). Dans son état original la tour Kennedy allie des dimensions imposantes et un modernisme très strict, alliant verticalité, symétrie et régularité. La verticalité de l'édifice est mise en valeur par l'étroitesse des façades sud et nord et l'angle saillant des façades est et ouest. Elle est en outre soulignée par la nudité des abords immédiats et renforcée par les lignes verticales que dessinent les parements de façade et les baies, disposés de façon régulière et symétrique. Au dernier étage les lignes verticales s'interrompent et un bandeau de baies horizontal vient couronner l'édifice. Surmontant les entrées, de sobres auvents en chevrons rappellent le profil anguleux de la tour.La rénovation de la tour Kennedy, 1994-1996Au début des années 1990 le quartier des Oliveaux fait l'objet d'une réhabilitation dans le cadre de la politique de rénovation urbaine et du "développement social des quartiers". Gérée par l'OPAC (Office Public d'Aménagement et de Construction) du Nord, la tour Kennedy comporte alors 220 appartements (en PLA : Prêt Locatif Aidé) et 550 habitants. Elle est réhabilitée en 1994-1995 par l’architecte Francis Bouron (agence F.Bouron, F. Brault et P. Ferrand, architectes DPLG, implantée à Loos). Les travaux sont les suivants : - recomposition des façades avec la pose de nouveaux parements colorés (agrafage sur ossature métallique de carrelages structurés 40 x 40 genre "mirage-quartz cristal" type "Ararat" suivant système "Karrel" / bardages en aluminium) ; - agrandissement des "chambres pignons" (ouvrant sur les façades nord et sud) du vingt-quatrième au vingt-huitième étage par la suppression des balcons existants ;- remise aux normes techniques (fluides, ascenseurs, protection incendie) ; la tour est en effet classée IGH (Immeuble de Grande Hauteur) ce qui implique des normes particulières ; - rénovation de l'entrée avec aménagement d'un hall traversant au sud ; les logements du rez-de-chaussée disparaissent au profit de locaux dédiés à l'accueil et à la sécurité ; - adjonction d'un édifice en rez-de-chaussée, d'une surface de 186 m2, accolé au pied de la tour, comportant une mairie annexe, un centre de PMI et un bureau de poste ;- aménagement d'un nouveau parvis.L'adjonction de services à la population au pied même de l'édifice atteste d'une volonté de renforcer l'animation de la tour, tout en améliorant sa sécurité. Le permis de construire est déposé le 23 mai 1995 et obtenu le 12 juin 1995 ; un permis modificatif, attribué en janvier 1995 permet l'adjonction d'un local à vélos sur le côté nord du nouveau bâtiment. Le chantier s'étend du 29 juin 1994 au 31 janvier 1996.La destruction de la tour KennedyDans le cadre du projet de réhabilitation du quartier des Oliveaux, la destruction de la tour est prévue par foudroyage, à l'horizon juillet 2025 ; quatre autres immeubles vont également être détruits. Au moment où le présent dossier est rédigé (2023) la tour est désaffectée.