Raffinerie de pétrole
Société Maritime des Pétroles, puisSociété des Pétroles Jupiter, puisraffinerie Shell, actuellementraffinerie Pétroplus
Raffinerie de pétrole de la Société Maritime des Pétroles, puis Société des Pétroles Jupiter, puis Shell, puis Pétroplus
Normandie ; Seine-Maritime (76) ; Petit-Couronne ; boulevard Maritime
Vallée de la Basse-Seine
Maritime (boulevard)
1982 AM,1982 AI,1982 AL
En ville
La Seine
Bureau ; laboratoire ; chaufferie ; aire de fabrication ; magasin industriel ; réservoir industriel ; poste de chargement ; voie ferrée ; station d'épuration ; bassin de port ; usine à gaz ; infirmerie ; cheminée d'usine ; cité ouvrière ; quai ; voie navigable
2e quart 20e siècle ; 3e quart 20e siècle ; 4e quart 20e siècle
1929 ; 1932 ; 1935 ; 1940 ; 1945 ; 1946 ; 1948 ; 1952 ; 1956 ; 1965 ; 1972 ; 1974 ; 1976 ; 1991
Daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques
Au début de l’année 1927, la société Maritime des Pétroles, implantée à Grand-Quevilly depuis 1920, fait l’acquisition sur la commune de Petit-Couronne d’un terrain de 40 ha en bord de Seine en vue d’y implanter une grande raffinerie de pétrole. Le conseil municipal émet sur le projet un avis favorable, bien que mesuré. Ses réserves portent sur des points de santé publique et sur le risque de pollution des terres cultivées (Petit-Courone est alors un village d’agriculteurs) mais l’implantation d’un tel établissement est un gage de prospérité que la commune ne saurait refuser. Les premières unités sortent de terre en août 1927, deux mois avant que ne soit signé l’arrêté préfectoral autorisant l’exploitation. Après deux ans de travaux, la raffinerie entre en activité en mars 1929 (c'est la première grande raffinerie créée sur le sol français). La même année, la Société Maritime des Pétroles est absorbée par la Société des Pétroles Jupiter.Dès sa mise en service, l’usine se spécialise dans la fabrication des bitumes, des combustibles destinés aux navires, des huiles de graissage et des huiles lourdes. Elle utilise pour cela du pétrole brut lourd importé du Venezuela. La loi du 30 mars 1928, fixant la répartition des importations de brut entre les sociétés agréées, autorise la Société des Pétroles Jupiter à traiter près de 15% du pétrole en France, ce qui correspond alors à 200 000 tonnes de pétrole brut par an. En 1932, de nouvelles installations adaptées au traitement des pétroles bruts légers importés du Moyen-Orient sont créées, portant sa capacité annuelle de production à 700 000 tonnes.Du fait de sa consistance épaisse, le brut vénézuélien est acheminé jusqu’à Petit-Couronne par de petits tankers qui disposent, dans l’enceinte de la raffinerie, de plusieurs appontements sur Seine et d’un bassin de 400m construit en 1932. Faute de raccordement par pipe-line au terminal pétrolier du Havre, le brut léger du Moyen-Orient arrive également par voie d’eau. En 1935, le développement de l’activité et l’utilisation de pétrole léger en provenance d’Irak entraîne une modification profonde du schéma de fabrication et la construction d’unités de craquage et de reformage thermiques ainsi qu’une unité de traitement des gaz et des huiles de graissage. Avec une capacité de traitement de 800 000 tonnes par an, la raffinerie de Petit-Couronne est à la veille de la Seconde Guerre mondiale l'une des plus importantes du pays. Outre les infrastructures de stockage et de production, le site comprend 3 cités ouvrières totalisant 250 maisons d'habitation.La Seconde Guerre mondiale constitue pour la raffinerie une période très sombre. Le 9 juin 1940, devant l’arrivée des troupes allemandes, le personnel de l’usine met le feu aux réservoirs de stockage sur ordre de l'Etat-major français. Les tuyauteries, salles de pompes, réservoirs sont détruits. Les installations de raffinage épargnées sont réquisitionnées en 1943 par l’armée allemande, puis démontées et expédiées par voie ferrée vers l’Allemagne et la Roumanie. L’usine dont les installations sont détruites ou démantelées est à l’arrêt.Dès septembre 1944, la raffinerie, ou tout du moins ce qu’il en reste, est réquisitionnée par les armées alliées fonctionne alors comme entrepôt. Parallèlement, les installations de traitement saisies par les troupes d'occupation sont rapatriées à Petit-Couronne et remises en service : l'unité de distillation des essences spéciales en janvier 1945, l’unité de distillation du brut du Venezuela en janvier 1946. En 1948, l'usine est entièrement réédifiée et sa capacité de raffinage portée à 2 Mt par an. La même année, la Société Anonyme des Pétroles Jupiter fusionne son activité raffinage avec celle de la Compagnie des Produits Chimiques et Raffineries de Berre bientôt absorbée par le groupe néerlandais Shell. La raffinerie de Petit-Couronne, détenue désormais par la Compagnie de Raffinage Shell-Berre, ne cesse de s’agrandir et d’augmenter sa production. En 1956, une deuxième unité de distillation de bruts légers est mise en route. Entre-temps, un pipe-line de 74 km reliant les réservoirs de l’usine au terminal pétrolier du Havre est mise en service en 1952 pour l’acheminement des pétroles bruts légers, alors que le pétrole lourd vénézuélien est encore transporté par tankers de moyen tonnage.Les années 1960 et 1970 représentent une période de forte expansion : des cavités souterraines sont réalisées en 1965 pour assurer le stockage du gaz de pétrole liquéfié, une unité de fabrication d'huiles paraffiniques à haute indice de viscosité est mise en service en 1972 (on y utilise un procédé mis au point au centre de recherche de Grand-Couronne), de nouvelles unités de distillation, de reformage catalytique, d'hydrotraitement et d'hydrodésulfuration sont créées en 1974, une seconde unité de fabrication des huiles paraffiniques est mise ne place en 1976. La capacité de raffinage du site passe de 4,7 à 9,2 Mt entre 1960 et 1967 et atteint le chiffre record de 18 Mt en 1973. Mais l’activité est brutalement ralentie à partir de la décennie suivante suite aux deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 : les premières unités de distillation et de reformage catalytique sont arrêtées et démontées entre 1980 et 1985 et le personnel réduit de 50%. En 1991, l'unité de craquage catalytique est adaptée au traitement du résidu long et un dépoussiéreur électrostatique est installé sur le circuit des fumées.Au moment de l’enquête, en 1995, la raffinerie de Petit-Couronne emploie un effectif de près de 500 personnes à peine et traite annuellement 7 Mt de pétrole brut provenant du Moyen-Orient pour la production des produits traditionnels (essences, gasoils, fuels, gaz liquéfiés) et du Venezuela pour celle des huiles de base et bitumes dans laquelle elle est spécialisée. Sa capacité de stockage est de 2 320 000 m3 avec 300 réservoirs en place dont quatre de 100 000 m3 comptant parmi les plus importants d'Europe (cet immense parc de stockage occupe l'emplacement des 3 cités ouvrières détruites). Au milieu des années 2000, le groupe Shell décide de se séparer de ces sites de production français (Berre, Reichstett-Vendenheim et Petit-Couronne). La raffinerie de Petit-Couronne est rachetée en 2008 par le groupe suisse Pétroplus pour 500 M d’Euros. C'e rachat marque le retrait du groupe anglo-néerlandais après soixante années d’activité dans la vallée de la Basse-Seine. Les difficultés financières du groupe Pétroplus entraine en Janvier 2012, la mise en place d'une procédure de redressement judiciaire. Plusieurs offres de reprise de l’usine sont proposées (par le Nigéria notamment gros producteur de pétrole) mais toutes sont jugées insatisfaisantes et rejetées par le Tribunal de Commerce de Rouen. Ce dernier prononce finalement, en avril 2013, la liquidation judiciaire et la fermeture du site. La lutte intersyndicale démarrée en 2008 s’intensifie. Les manifestations et de rassemblements populaires se multiplient et l'association Hope réunissant des anciens salariés est créée, avec pour objectif le maintien du raffinage. L'usine est finalement définitivement fermée en décembre 2013 entrainant le licenciement de 450 employés et un grave traumatisme social. En avril 2014, le tribunal du commerce de Rouen retient le projet de réindustrialisation du site par les sociétés Valgo et Bolloré Energie et en décembre de la même année, la société Valgo rachète la raffinerie pour démanteler les unités de production (ferraillage ou revente), dépolluer le site et le revendre par parcelles à des investisseurs dans l'objectif de créer un pôle d’innovation. La destruction de la raffinerie est lancée en 2015. Cet effacement du paysage sans la conservation de traces matérielles de cette longue histoire industrielle constitue un nouveau traumatise pour la population local tant sur le plan mémoriel qu'identitaire. Pour palier cette perte, un film documentaire la commune de Petit-Couronne confie en 2018 à l'anthropologue, Christian Lallier, une enquête ethnologique reposant sur le recueil de témoignages auprès des habitants (anciens de la raffinerie ou non) , la collecte de documents et photographies, enregistrements sonores et entretiens filmés... Cette étude donnera lieu à la réalisation de films.
Acier ; aluminium ; béton ; brique
Énergie thermique ; produite sur place ; énergie électrique ; produite sur place
L'usine occupe en bordure de la Seine un terrain de 225 hectares traversé par la route nationale. Entre la route et le fleuve sont rassemblées les installations de distillation et de raffinage : les unités de craquage thermique, de craquage catalytique, de soufflage des bitumes, de fractionnement et de raffinage des gaz, de raffinage des essences, de raffinage de gazole et du kérosène, de récupération du soufre et une centrale thermoélectrique. A l'Est de la route, le parc de stockage de la raffinerie avec ses 300 réservoirs occupe plus du tiers de la surface du site. Ses extensions successives ont absorbé les deux cités ouvrières existantes. Un bassin, de 400 m sur 150 m, profond de 7,5 m, doté de deux appontements pour tankers, de quatre appontements pour chalands, et relié par un réseau de voies ferrées à l'usine, assurait l'acheminement des hydrocarbures par voie fluviale avant que raffinerie ne soit directement reliée par deux oléoducs aux réservoirs de la Compagnie Industrielle et Maritime établie sur le port du Havre.
Détruit
Propriété d'une société privée
1995
(c) Région Normandie - Inventaire général
1995 ; 2005
Real Emmanuelle
Dossier individuel
Région Normandie – Service Inventaire du patrimoine