Commentaire descriptif de l'édifice
A l'exception de la toiture et des planchers intérieurs qui ont disparu, la tour Montjoie nous est parvenue dans un bon état de conservation. Les faces ouest et sud qui montraient d'inquiétants désordres ont fait l'objet d'une campagne de restauration en 1979 et 1980 ; à cette occasion, les baies bouchées ou remaniées ont été rétablies dans leur aspect d'origine. Toutefois, les traces des étais qui soutenaient le mur à l'ouest au XIXe siècle ont été respectées, de même que les trous de boulin ou s'ancrait l'échafaudage ayant servi à le bâtir. Construite en calcaire lutétien sans doute extrait sur place, la tour montre de belles assises régulières en moyen appareil et des joints assez épais. Elle comprenait trois niveaux mais seule la limite entre les premier et second étages est soulignée par une retraite talutée à l'ouest. Les trois fenêtres géminées que l'on remarque au premier étage (deux à l'ouest, une au sud) offrent l'originalité d'être chacune surmontée par un arc plein-cintre qui enserre un tympan tripartite, ce dernier reposant à la fois sur un piédroit et la colonnette centrale. Seul côté non protégé naturellement, la face est était défendue par un fossé sec creusé en travers de l'éperon. Elle n'a pas fait l'objet à ce jour de travaux de restauration ; c'est également le cas de la face nord qui, comme elle, est peu visible de la rue. L'étage médian est totalement aveugle. Ceci s'explique aisément, s'agissant de la face la plus exposée à un éventuel assaillant : en effet, comme dans beaucoup d'exemples contemporains, l'entrée primitive de la tour était sans doute située au premier étage, dans l'angle sud-est où une baie ménagée à l'extrémité de la face sud paraît lui correspondre ; ainsi, les occupants, tenus de longer la paroi intérieure du mur une fois la porte franchie avant de gagner les autres pièces de l'étage et du suivant, pouvaient, en cas d'attaque, circuler entièrement à couvert à ce niveau. La profusion des baies en plein-cintre (16 au total) de même que l'absence de contreforts et la minceur relative de ses maçonneries (1, 65 mètres) sont remarquables. Le rez-de-chaussée, auquel on accède aujourd'hui de plain-pied, n'était percé que par des jours étroits, ce niveau, où se trouvait un puits, était probablement affecté à la conservation des denrées. Les niveaux supérieurs étaient chauffés par trois cheminées avec conduit intra-mural, dont deux au premier étage ce qui laisse à penser malgré l'absence de toute trace de cloison qu'il était subdivisé en au moins deux pièces. Ces aménagements et la présence de trois fenêtres géminées le désignent comme l'étage noble, réservé au seigneur. L'étage supérieur, moins richement pourvu, était peut-être destiné au logement de sa suite.