Historique de la collection
Montmorency représente une époque essentielle, dans la vie et l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Arrivé en 1756, Rousseau y écrit ses grandes œuvres littéraires et philosophiques : la « Lettre à d'Alembert sur les spectacles », « La Nouvelle Héloïse », « Émile », « Du Contrat social ». Le départ précipité du proscrit le 9 juin 1762, après la condamnation de « L’Émile », transforme Montmorency en lieu de pèlerinage. Quatre sites, plus ou moins accessibles, s'offrent alors à ses admirateurs : le grand parc de Montmorency et ses deux châteaux ; L'Ermitage, à l'écart du centre-bourg ; Le petit Mont-Louis, au cœur du village ; la Châtaigneraie, au flanc du coteau qui mène au plateau des Champeaux. Ces différents lieux vont connaître des fortunes diverses au cours des XIXe et XXe siècle. Après la destruction, en 1791, du petit château construit par Charles Le Brun dans lequel le maréchal de Luxembourg avait réservé un appartement à son protégé, et celle, en 1816, du grand château édifié par Pierre Crozat où l'auteur de « La Nouvelle Héloïse » se rendait chaque matin pour donner lecture de sa « Julie » à la Maréchale, le grand parc, ce « paradis terrestre », sera démantelé en 1817. Aujourd'hui, seul le Mont-Louis (actuel musée Jean-Jacques Rousseau) demeure. Au XIXe siècle, la maison du Mont-Louis appartient à un propriétaire privé. En 1865, l'humble maison rurale est agrandie par l'adjonction d'une excroissance qui la masque sur deux côtés. Ce que ne pouvaient deviner les contemporains de cette défiguration, c'est que, paradoxalement, elle allait sauver ce lieu de pèlerinage et qu'un siècle plus tard celui-ci se transformerait en « lieu de mémoire ». C’est en voyant disparaître l'un après l'autre les vestiges d'un rousseauisme toujours ardent que les admirateurs du « père de la liberté française » ont émis l’idée de créer un musée où seraient rassemblées « dans un asile » les quelques « rares épaves que le temps a respectées ». L’occasion en est donnée en 1873 lorsque le maire de Montmorency, Émilien Rey de Foresta, entend parler d'une possible vente par un ancien propriétaire de l’Ermitage, Alphonse Huet, du mobilier que celui-ci avait fait authentifier en 1852 lors de son départ de Montmorency pour Paris. Ce mobilier réputé avoir été utilisé par Jean-Jacques Rousseau est cédé gratuitement par Alphonse Huet dans les termes suivants : « 1° la couche de Rousseau ; 2° la table sur laquelle il a écrit sa Nouvelle Héloïse ; 3° son baromètre ; 4° deux chiffonniers ; 5° une petite étagère ; 6° 2 bocaux cristal dont Rousseau abritait sa lumière, pour pouvoir lire le soir dans le jardin ; 7° la couche de Thérèse ». Les nécessités du moment (séquelles de la guerre de 1870 et occupation allemande), grèvent encore les finances d'une commune aux revenus modestes. L’affaire en reste là pendant cinq ans. Ce n'est qu'en 1878 que le legs Huet est finalement accepté. Il est entreposé dans l’ancienne école de garçons située face à l’ancienne mairie où il restera jusqu’en 1891, date de la démolition du bâtiment et de l’agrandissement de la place de la Mairie. Les collections sont reléguées rue Jean-Jacques Rousseau dans un petit pavillon de deux étages, non loin du musée actuel, dont le rez-de-chaussée sert de magasin à pétrole et d’entrepôt. En 1898, prenant conscience du danger de cette situation, la municipalité décide de réaménager les lieux pour en faire un musée digne de ce nom. C’est ainsi qu’est officiellement créé le premier musée Jean-Jacques Rousseau. En 1906, un second musée est créé au premier étage du nouvel hôtel de ville. Devant l’abandon du Mont-Louis par son dernier propriétaire en 1936, le maire de la ville, aidé du conservateur du musée, René Chapuis, décide son conseil municipal à acquérir la propriété. Lors de l’acquisition en 1946, dans le but de mener à bien « la restauration, l’aménagement, la conservation et la mise en valeur de la maison dite Le Mont-Louis », le comité du Mont-Louis et des amis de Jean-Jacques Rousseau est créé. A sa tête, deux noms prestigieux confèrent une envergure nationale à l’entreprise : Louis de Talleyrand-Périgord (1867-1951), dernier duc de Montmorency, et Édouard Herriot (1872-1957), ancien président du Conseil et député-maire de Lyon. Pour faire sortir de la ruine le Mont-Louis, quatre années seront nécessaires. Le transfert des collections de la mairie au Mont-Louis commence le 31 mai 1950, mais l’inauguration officielle du troisième musée Jean-Jacques Rousseau n’a lieu que le 9 juin 1952. Fermé après les commémorations du bicentenaire de la mort de Rousseau et Voltaire, en 1978, le musée - la maison de Rousseau et son agrandissement moderne - fait l’objet d’un projet de transformation de l’extérieur et de l’intérieur du bâtiment. Les travaux sont menés en 1982. A l’occasion du tricentenaire de la naissance du philosophe (2012), le musée est de nouveau rénové. Un cabinet d’architecte-scénographe est engagé afin de réaliser la nouvelle salle d’exposition temporaire ainsi que l’accueil. Le plancher de l’étage est refait à neuf avec un nouveau parquet, des vitrines modernes, un nouvel éclairage et un chauffage au sol permettent de meilleures conditions de présentation des œuvres et une amélioration du confort de visite.