Intérêt du bâtiment
Dès 1973, les travaux de construction de la Fondation débutent. Jean Sonnier et Dominique Ronsseray, architectes des Monuments historiques sont chargés par Victor Vasarely de réaliser le projet qu’il a personnellement conçu. Il choisit de construire un bâtiment comprenant seize hexagones de 14 mètres de largeur entre côtés opposés. Il s’inscrit donc dans un rectangle de 87 mètres de long sur 40 mètres de large. Au rez-de-chaussée, sept alvéoles, de 11 mètres de hauteur, accueillent ses quarante-deux intégrations architectoniques. Le reste est constitué, d’une salle de conférence–auditorium, d’une bibliothèque, de réserves. A l’étage, Vasarely prévoit d’installer des bureaux et des ateliers pour qu’y soient réalisées de nouvelles recherches ou conçues de nouvelles intégrations.
Après appels d’offre, les entreprises sont sélectionnées. Mis à part pour ce qui nécessite les technologies les plus avancées, Victor Vasarely et son équipe choisissent des entreprises locales. En décembre 1973, la première pierre est posée. A cette occasion, Victor Vasarely dépose dans les fondations du bâtiment un message dont il ne livre que les premiers mots : « De Cézanne à Vasarely : nous serons dignes. »
La construction comprend de nombreuses difficultés techniques. Composée de plaques d’aluminium anodisées blanc ou noir, la façade reprend le motif de l’unité plastique. Chaque panneau décoratif couvre une surface de 70 m2. L’agencement et l’esthétique doivent être parfaits pour que s’opère l’effet optique désiré par le plasticien. Tout en innovant sur l’aménagement de l’espace, l’éclairage, l’utilisation des matériaux, il marque sa volonté de s’inscrire dans une histoire, une culture, en imposant la construction d’un escalier sur le modèle de ceux des châteaux Renaissance de Blois ou de Chambord. Inscrit dans un hexagone, l’escalier à double révolution relie le rez-de-chaussée à la partie du premier étage ouverte au public. Chacune des deux rampes se découpe en trois volées successives de marches, avec deux paliers intermédiaires. Le garde-corps, lui, est résolument moderne dans le choix de ses matériaux : panneaux métalliques et plaques de verre.
La première tranche des travaux est réceptionnée en novembre 1975. Et déjà, c’est vers la réalisation des quarante-deux intégrations et l’aménagement intérieur du bâtiment que se tourne son créateur. Les plans sont prêts et la répartition des œuvres est déjà pensée de façon à permettre au visiteur de suivre une progression dans la découverte des couleurs, des matériaux, des jeux optiques et cinétiques, de façon à stimuler sa participation, mais aussi de manière à le déstabiliser, à le perdre, physiquement, dans cet espace saturé de couleur et aux limites sans cesse questionnées. Des entreprises de la première tranche de travaux sont de nouveau employées pour certains travaux. Elles vont réaliser les structures en bois des œuvres en mosaïques ou émaux de Briare, suspendre les œuvres cinétiques en verre, poser les « unités plastiques » en carton peint découpées à la main dans la salle consacrée au « Folklore planétaire »… Pour le reste, en fonction des matériaux souhaités, les entreprises sont à nouveau sélectionnées. A elles de réaliser, à partir des plans de Victor Vasarely, des œuvres qui mesurent jusqu’à huit mètres de haut sur six mètres de large. Les œuvres sont assemblées sur place, mis à part les tapisseries, les tapis et deux œuvres en aluminium. C’est l’architecte Dplg, Claude Pradel-Lebar, qui sera le conseiller de Victor Vasarely pour la réalisation des 42 œuvres monumentales. C’est également lui qui dirigera le centre architectonique de 1975 à 1982. Comme pour la construction, Vasarely ne laisse rien au hasard en ce qui concerne l’aménagement intérieur : pierre marbrière des Alpes, matériel de projection de pointe pour l’auditorium, sonorisation des espaces d’exposition, insonorisation des bureaux et des ateliers de recherche… Les banquettes et les bancs sont commandés au designer Veranneman, qui en échange fait réaliser par Victor Vasarely une sculpture et un portail pour sa propre Fondation.
Le bâtiment a été construit entre 1973 et 1976 (année de son inauguration). Il n’appartient à aucun courant architectural même si son esthétisme renvoie aux années soixante – dix, tant pour le choix des matériaux (verre, aluminium anodisé), que pour la volonté dont il témoigne de rapprocher architecture et design technologique. Traité comme une sculpture lumino-cinétique monumentale, c’est un exemple remarquable de synthèse entre architecture et arts plastiques. Pour son plan, le plasticien et le maître d’œuvre (l’architecte Jean Sonnier) ont opté pour un système alvéolaire constitué de 16 hexagones : une forme géométrique que Victor Vasarely avait combinée de manière récurrente dans sa série « Hommage à l’hexagone ». Offrant 5.000 m2 de plancher, il bénéficie d’un éclairage zénithal exceptionnel grâce à quatorze coupoles pyramidales. En façade, un mur rideau montre une alternance binaire de cercles et de carrés, noirs et blancs. L’animation de la façade et ses jeux optiques préfigurent les animations cinétiques et optiques que le visiteur découvrira une fois les portes franchies.