Description historique
Le tableau de Vervins est une œuvre particulièrement originale tant sur un plan iconographique que purement formel. Il se rattache aux œuvres fortement marquées par le maniérisme de la deuxième École de Fontainebleau après 1550. Datant probablement du 4e quart du 16e siècle, il frappe par son étrangeté et son érotisme qui en fait moins une œuvre destinée à un édifice ou décor religieux que l'un de ces nombreux tableaux où l'argument religieux est utilisé à des fins plus profanes. Il se rapproche des nombreuses allégories et portraits de courtisanes figurées dans de semblables nudités qui sont une marque distinctive des productions bellifontaines. Il s'inscrit dans tout le courant maniériste européen qui a multiplié, sur des thèmes choisis souvent pour leur polysémie religieuse et érotique, de telles variations où l'étrangeté des formes se combine à une riche culture picturale tant italienne que flamande ou germanique. Le tableau de Vervins présente cependant des traits proprement français. L’œuvre conjugue plusieurs effets maniéristes saisissants : outre la relégation à l'arrière-plan, visible à travers les barreaux de la cellule, de la scène du festin d'Hérode et d'Hérodiade, la juxtaposition brutale de la beauté dénudée de Salomé, habillée de quelques voiles transparents, et de la laideur de la vieille servante, figure caricaturale de l'entremetteuse, semblant ici murmurer quelques conseils à Salomé. La nudité et la plénitude des formes de celle-ci, parfaitement rendues par une gamme chromatique provocante qui fait littéralement émerger la blancheur rosée de sa carnation du ténébrisme environnant, est une réelle invention formelle qui dénote ici probablement une œuvre originale, sans qu'il soit possible d'avancer une hypothèse précise quant à l'identité du peintre. L'étrangeté de cette figure est renforcée par l'apparente impassibilité de Salomé qui semble dévisager le spectateur sans prêter la moindre attention au macabre présent du bourreau. Le tableau de Vervins a subi les outrages du temps, la partie gauche, en particulier la figure du bourreau apportant la tête de saint Jean-Baptiste sur un plateau est irrémédiablement perdue, de nombreux repeints l'ayant très altérée. Elle contraste avec la qualité et la beauté plastique de la figure de Salomé. Le tableau ne paraît pas avoir attiré des commentateurs au cours des siècles précédents. Elle a fait l'objet d'une estimation lors de l'inventaire du 22 janvier 1906, sous le titre de Décollation de Saint Jean-Baptiste, pour une valeur de 20 francs. L’œuvre a été restaurée en 1972-73 et ne possède plus de cadre.