Description historique
Cette scène est l'une des plus remarquables du cycle de Vervins, par son sens de la composition, son modelé et sa gamme chromatique. Elle est vraisemblablement de la même main que le pilier du Calvaire. On y retrouve en effet le même type masculin, la même habileté à articuler l'espace dans un mouvement dynamique ascensionnel vers la figure du Christ ressuscité dans sa nuée victorieuse entourée de têtes d'angelots. Les différentes expressions et attitudes des soldats sont assez bien rendues, en particulier celles du soldat armé d'un bouclier qui semble vouloir engager le combat, l'épée à la main. L'exactitude de l'armement et de l'accoutrement des soldats avait déjà été soulignée lors de la restauration de 1871, indiquant une connaissance des bas-reliefs romains (la colonne Trajane, par le biais probable de la gravure). On note aussi l'identique maladresse et naïveté attestant une production provinciale non dénuée de saveur. Le modèle est assurément une gravure maniériste dont on trouve de similaires exemples dans la peinture flamande ou française de la 2e moitié du 16e siècle, par exemple chez Quentin Varin. Le donateur masculin de gauche, agenouillé sur un coussin brodé de motifs végétaux, devant un pupitre orné d'armoiries, peut être identifié, grâce à celles-ci, comme un portrait de Robert de Coucy-Vervins, abbé commendataire des abbayes de Foigny, de Saint-Michel-en-Thiérache et de Bohéries. Oncle du seigneur de Vervins, Jacques II de Coucy, c'est lui qui entreprend à partir de 1553 la reconstruction et l'agrandissement de l'église Notre-Dame. L'autre donateur masculin lui faisant pendant n'a pu être identifié. Le fait que sa figure se trouve quelque peu coincée entre le soldat, un rocher et la bordure de la scène peut laisser supposer qu'il n'avait pas été prévu dans la composition initiale du peintre. Dans ce cas il pourrait s'agir d'un ajout exécuté peu de temps après, au vu de son costume. Ce fait est peut-être corroboré par la distorsion d'échelle entre les deux personnages. On ne peut cependant exclure que le peintre, ayant manifestement exécuté cette scène biblique d'après une gravure, ait aussi éprouvé des difficultés à l'intégrer dans la composition ainsi créée. A l'occasion de sa restauration en 1871, ce pilier a fait l'objet d'un relevé par Eugénie Watelet et d'une publication sous forme de photogravure en 1872 dans le 2e tome de La Thiérache.