Description historique
Rapportée de Rome par un moine de La Bussière peu après la fondation de cette abbaye cistercienne en 1131, la relique du chef de sainte Sabine, veuve et martyre romaine du IIe siècle, demeura au village de Lassey - devenu par la suite Sainte-Sabine - à la suite de circonstances imprévues. La tradition rapporte que le religieux, malade, décéda en cet endroit, et que ses frères venus chercher la relique (constituée d'une moitié du crâne) ne purent parvenir à l'emporter. Le traitement assez schématique des traits du visage ne permet pas une datation précise du reliquaire, d'autant que cette catégorie d'objets se prête souvent à un certain archaïsme. Les yeux en amande aux pupilles gravées, la bouche large et mince et le nez droit aux narines renflées sont très proches de ceux du chef-reliquaire du pape saint Alexandre conservé à Bruxelles, mais aussi des chefs de saint Benoît à Saint-Polycarpe (Aude) et de saint Adrien du trésor de la cathédrale de Tours ; ce dernier présente un traitement de la chevelure assez voisin, bien que plus raffiné. Les cheveux ondulés indiquent le 14e siècle, de même que la forme quadrilobée de l'ouverture et la petite boucle dissimulée dans les mèches de la chevelure près de l'oreille gauche, détail qui n'apparaît pas avant la fin du 13e siècle. La réalisation de l'oeuvre pourrait être liée à l'achèvement de l'église vers 1300-1320. A l'origine, le reliquaire devait comporter, sinon une amorce de buste, du moins un cou plus élancé : une trace de brisure sous le menton, le fait que le rinceau estampé ornant la base soit coupé et que son axe ne coïncide pas avec celui du visage, que la chevelure s'interrompe brutalement, témoignent d'un remaniement de la partie inférieure, sans doute rendue nécessaire par un accident. La présence, sur la plaque servant de base, de poinçons que l'on peut situer au début du 15e siècle, confirme une restauration ancienne. Par ailleurs, le diadème, sur lequel est curieusement gravée la première partie de l'Ave Maria, est manifestement mal adapté à la découpe de la calotte, qui dépasse à l'arrière ; il pourrait s'agir du réemploi partiel d'un bandeau ornant auparavant la base d'une statue de la Vierge ou d'une Annonciation et la graphie de l'inscription indique aussi le 15e siècle. L'attribution de l'oeuvre à l'orfèvre dijonnais Oudot des Grés, dont l'activité est connue entre 1360 et 1398, ne peut être retenue, puisque le poinçon de maître est insculpé sur la partie restaurée du reliquaire ; en supposant que cet orfèvre ait été encore en activité au début du 15e siècle, il n'est pas certain qu'il soit l'auteur de la restauration, l'initiale O du poinçon pouvant désigner un autre orfèvre, comme Oudot Douay.