Description historique
Les cartons, fortement inspirés d'éléments romains, pourraient être de la main de Michel Coxcie, car sont reproduits dans la tenture de Merville des éléments que l'artiste a utilisés indépendamment dans d'autres tentures. De plus, on connait la propension de l'artiste à puiser dans les sources romaines qu'il a pu accumuler lors de son séjour entre 1530 et 1539, qu'il utiliser souvent en les juxtaposant. Quant au tissage, il est tentant de rapprocher, sur le plan stylistique et iconographique, des tentures produites par Frans Geubels ou François Gheteels de celle de Merville : bordures proches (mais recomposées) de celle de la tenture de Romulus et Rémus, ou encore de l'Histoire de Cyrus ; en outre les cartons utilisés par Merville seront remployés au début du 17e siècle par le descendant de Frans Geubels, Jacques le Jeune ou Jacques II (mentionné 1621-1629).
Certaines des scènes historiées du champ central des tentures du château de Merville ont été empruntées à la peinture italienne de la 1ere moitié 16e siècle, notamment par exemple le détail de 2 cavaliers se noyant de la tapisserie d'Enée invoquant les Dieux qui s'inspire de celui de la peinture murale La Bataille de Constantin au pont Milvius de G. Romano et G. Penni (1521-1523) au Vatican. Certains de ces éléments ont été reprise dans la tenture de l'Histoire de Noé, conservée dans le château royal du Waxel à Cracovie, dont les cartons sont attribués à Michel Coxcie. D'autres sources d'inspiration ont pu être identifiées, pour ce qui concerne la tapisserie d'Enée invoquant les Dieux, dans les cartons réalisés pour la tenture de L'Histoire de Didon et Enée de Perino de Vaga, conservée au palais royal d'Aranjuez. Ces cartons ont été complétés par un artiste néerlandais dans les années 1520, puis réutilisés à Bruxelles dans le 2e quart du 16e siècle. Ces cartons ont été remployés au début du 17e siècle pour tisser une tenture de la Guerre Troie, conservée à Turin et acquises par la Soprintendenza alle Gallerie del Piemonte. Les marques de lissier retrouvées sur les bordures permettent de les attribuer à l'atelier bruxellois de Jacques Geubels le Jeune, actif vers 1620.
L'histoire de la commande n'est pas précisément documentée. On dispose simplement de cet inventaire de la "maison de Tolose" datant de 1670, conservé dans les archives du château, qui liste 20 pièces de tapisseries des Flandres, plus 8 "fort usées", sans préciser leur iconographie. Cette tenture a dû être livrée pour un riche commanditaire dans la 2e moitié du 16e siècle, compte tenu de la date d'édition des gravures d'H. Aldegrever (1550), du style des bordures typique selon Guy Delmarcel du 3e quart du 16e siècle, et des modèles d'inspiration romains ou italiens de la même période. Ces éléments pourraient concorder avec une commande de Mathieu de Chalvet-Rochemonteix, sachant par ailleurs que seul le milieu parlementaire avait à Toulouse, au début du 17e siècle, les moyens financiers d'acquérir des tapisseries de Flandre. Hypothèse déjà avancée par Pascal Bertrand. Deux tapisseries ont été prêtées pour l'exposition des arts rétrospectifs de lors de l'Exposition internationale de Toulouse en 1887 : Le Jugement de Pâris et Enée invoquant les dieux.