Tableau ; cadre
Tableau et son cadre : Le meurtre d'Edouard V et du duc d'York
Grand Est ; Meuse (55) ; Demange-aux-Eaux ; mairie
55150
Anciennement région de : Lorraine
Gondrecourt-le-Château
Mairie
Dans la salle du conseil, au 1er étage de l'hôtel de ville.
Peinture ; menuiserie
Toile (support) : peinture à l'huile ; bois : taillé
Enfant ; Edouard V d'Angleterre ; duc ; sommeil ; lit ; nuit ; homme
Deux enfants endormis dans un lit commun (Edouard V et le duc d'York) sont observés par deux hommes envoyés par le duc de Gloucester, leur oncle, futur Richard III, avant de les assassiner dans leur sommeil.
H = 140 ; la = 190
Signature ; date
Signature et date : Albert PESNELLE, 1885
4e quart 19e siècle
1885
En 1929, la soeur du peintre Albert Pesnelle (1849-1928) fait don du tableau à la commune. Le tableau est conservé dans l'hôtel de ville, construit par l'architecte départemental Joseph-Théodore Oudet, dans des aménagements qui datent toujours de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce grand tableau encadré est signé et daté : Albert Pesnelle, 1885. Il représente le meurtre des enfants d'Edouard IV, sujet bien connu par la toile de Paul Delaroche, et qui apparaît dans la pièce de Shakespeare Richard III, mais aussi dans d'autres sources. Cet événement historique est survenu en 1483 dans la tour de Londres. L'oeuvre est tout à fait typique des scènes d'Histoire de la seconde moitié du XIXe siècle, dans une lecture post-romantique. Pesnelle est un enfant du pays, son père avait été maire de Demange-aux-Eaux. Il quitte la Meuse pour aller se former à Paris, où il a été l'élève de Cabanel et de Merson. Leur influence est perceptible assez nettement dans cette oeuvre, où il concilie un sujet d'histoire sentimentale avec un certain nombre de notations historiques, notamment dans le décor des éléments mobiliers. La technique est tout à fait typique des élèves de Cabanel. Pesnelle est toutefois plus un portraitiste et un peintre de genre, notamment de petits sujets orientalistes. Il est répertorié dans les dictionnaires comme orientaliste et on ne lui connaît pas de tableau d'histoire de grand format. Cette oeuvre est donc exceptionnelle, en ce qui le concerne. Les circonstances de l'arrivée de ce tableau à Demange-aux-Eaux sont connues par les archives municipales. Il s'agit d'une donation de l'héritière de l'artiste, sa soeur, Caroline, qui en 1929, année de la mort de Pesnelle, écrit au maire de Demange pour lui proposer de lui donner une oeuvre de son frère, natif de la commune, et qui possédait toujours la maison familiale. On trouve cette maison en sortie de village ; elle se distingue par deux grandes ouvertures percées dans le pignon et qui éclairaient l'atelier du peintre. La mairie conserve toute une documentation, tous les courriers échangés entre la municipailté et la soeur de Pesnelle, qui indiquent le souhait de matérialiser l'attachement d'Albert Pesnelle à la commune et à la Meuse de façon générale, puisqu'au moment où elle propose cette oeuvre au village de Demange-aux-Eaux, elle offre au musée du Barrois de Bar-le-Duc une autre toile de son frère, datée de 1886, une Marion d'après Rolla de Musset, qui fait irrésistiblement penser à la toile d'Henri Gervex, la pose étant empruntée à la naissance de Vénus de son maître Cabanel. Cette grande toile fut exposée au Salon, elle est répertoriée dans le catalogue du Salon d'exposition de 1885. Le tableau a été exposé et reproduit, et son cartel indique la source littéraire utilisée par l'artiste, qui n'est pas Shakespeare mais David Young, philosophe et historien anglais, auteur d'une histoire de l'Angleterre parue entre 1754 et 1762, ouvrage extrêmement utilisé à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle pour trouver des sujets d'histoire anglaise, que ce soit chez les artistes anglais ou chez les artistes français. Le peintre Paul Delaroche l'utilise par exemple pour sa Mort d'Elisabeth Ière au Salon de 1824. Le sujet de la mort des enfants du roi Edouard IV à la tour de Londres est un sujet très connu, identifié comme sujet romantique par excellence. On constate cependant qu'en fait il fut peu traité. On le trouve traité en Angleterre dans la Shakespeare Gallery par le peintre Northcote, dans un tableau exposé à la Royal Academy en 1786. Le tableau original a disparu, et c'est une reprise de 1806 qui se trouve dans une collection particulière. En France, il est traité par Delaroche dans son fameux tableau exposé au salon de 1831 (conservé au musée du Louvre). C'est la seule oeuvre avec laquelle on puisse rapprocher le tableau de Pesnelle pour ses dimensions, puisque les autres artistes qui ont traité le sujet de la mort des enfants d'Edouard l'ont fait dans de petits formats. C'est le cas notamment d'Alexandre-Evariste Fragonard, avec une petite aquarelle mesurant une quarantaine de centimètres de haut, conservée au musée Lambinet à Versailles. Selon Gilles Soubigou, le modèle direct de Pesnelle n'est pas tant celui de Delaroche, qui représente les enfants vivants alors que les meurtriers s'apprêtent à entrer dans la pièce, alors que Northcote montrait les enfants endormis, mais plutôt le modèle d'Hildebrandt, peintre de Cologne, qui, en 1835, peint cette mort des enfants d'Edouard IV qui va connaître un très grand succès à travers l'Europe. Elle sera gravée à de nombreuses reprises (exemple d'une des gravures publiée dans le Magasin pittoresque de 1842). La toile de Pesnelle s'inscrit dans ce corpus extrêmement restreint et révèle toute la maîtrise d'un artiste académique de la fin du XIXe siècle. (Source : Gilles Soubigou).
Propriété de la commune
Classé au titre objet
2014/01/22 : classé au titre objet
Arrêté n° 004. Commission nationale des monuments historiques du 10/02/2011. Commission départementale des objets mobiliers du 27/01/2010. Inscrit au titre objet : 2010/02/12
Fiche CAOA manquante à la MPP. Se renseigner auprès de la Conservation des antiquités et des objets d'art.
Benezit, Emanuel, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, 1976, t. 8, p. 247.
Archives municipales (délibérations du conseil municipal) de la commune ; service de la Conservation des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse ; Gilles Soubigou (conservateur des Monuments Historiques de Lorraine)
Dossier individuel