Description historique
La CFS-NE (Compagnie des Chemins de Fer Secondaires du Nord-Est) est née en 1922 de la fusion de deux Chemins de Fer : la CF Saint-Quentin à Guise (Compagnie du Chemin de Fer de Saint-Quentin à Guise) créée le 18 janvier 1869 et la CDA. (Compagnie des Chemins de Fer Départementaux de l'Aisne) créée en 1905. La CFS-NE, en 1956 verra l'arrivée en son sein de la CFIL du NF (Compagnie des Chemins de Fer d'intérêt local du Nord de la France) crée en 1900 ; celle-ci avait à sa création repris la compagnie du CF de Guise au Cartelet créée en 1898. Le 29 février 1960, la CFS-NE fusionne avec sa filiale la CFS (le siège social et les administrateurs des deux compagnies étant les mêmes).£En 1908, la firme liégeoise La Meuse a livré au Nord-Est la 030 T 5, suivie en 1913 d'une autre à peu près identique (n° 6) et en 1914, d'une troisième, à peine différente mais un peu plus lourde, numérotée 51. La 030 T n°51, affectée sur Saint-Quentin - Guise sur le réseau des CFS-NE dans l'Aisne, s'est avérée excellente à l'usage. Aussi, entre 1921 et 1923, le Nord-Est fit-il reproduire ce modèle à 17 exemplaires numérotés de 52 à 68. Ces machines étaient identiques à la 51, hormis la paroi arrière de l'abri plane sur la 51, alors que le bas était incliné sur le reste de la série (52 à 68), de façon à faciliter le maniement des outils à feu, toutes étant munies de l'élégant chapiteau de cheminée en laiton poli, signature de la Meuse. Avec ses 18 locomotives, le Nord-Est disposait d'un parc homogène, simple, puissant et économique d'entretien. Elles étaient remarquablement bien équilibrées, ce qui leur a assuré une très bonne tenue de voie pour des 030. Cette locomotive à vapeur de La Meuse était, pour une machine sans prétention, si réussie que dans les années cinquante, au moins 166 locomotives semblables existaient, réparties dans toute la France en service sur des compagnies privées ou sur des réseaux industriels.£Le Nord-Est a affecté en son centre de Rambervillers (Vosges), les machines n° 51, 52 et 57. Elles prirent en charge une partie du service marchandises entre Rambervillers, Mont-sur-Meurthe et le triage de Blainville, ainsi que le trafic mixte entre Rambervillers et Bruyères. A partir de 1935, l'une d'entre elles allait périodiquement par ses propres moyens, mais avec un pilote Est, à Raon-l'Etape sur la ligne de Lunéville à Saint-Dié ; le Nord-Est ayant en 1935 reçu l'affermage de la ligne à voie métrique de Raon-l'Etape à Raon-sur-Plaine au trafic marchandises très important, devait en effet assurer l'exploitation de l'embranchement à voie normale reliant Raon-l'Etape Est à Raon-Transit, en contournant la ville. Sur le parcours SNCF Mont-sur-Meurthe - Blainville, où les déclivités ne dépassaient pas 4 mm/m, les Meuse étaient autorisées à prendre 700 tonnes contre 300 tonnes de Mont-sur-Meurthe à Rambervillers et Brouvelieures (rampes de 13 à 14,5 mm/m) et 120 tonnes de Brouvelieures à Bruyères avec la rampe de Belmont de près de 20 mm/m (l'une des plus forte de l'Est). Les parcours sur la ligne Paris - Strasbourg, avaient imposé l'installation d'un indicateur-enregistreur Flaman, déposé par la suite, du moins sur la 51.£Les 52 et 57 repartirent dans l'Aisne en 1943-1944, tandis que la 51 était mutée à Provins où elle a tracté avec panache et énergie des navettes voyageurs Longueville - Provins, preuve de sa stabilité. La 030 n° 51 quitta la Seine-et-Marne pour rejoindre en Meuse la ligne du Güe - Ménaucourt (GM), jusqu'à sa disparition le 31 décembre 1969, puis dans le même département le chemin de fer de Robert-Espagne à Haironville, où sa carrière commerciale pris fin le 31 décembre 1971 avec la fermeture de cette petite ligne. La 030 Meuse n° 51 est alors rachetée par le CFTVD (Chemin de fer touristique de la vallée de la Doller), aujourd'hui TTDA (Train Thur Doller Alsace), où elle reprend une activité à des fins muséographiques et touristiques ; elle est d'ailleurs la première des locomotives à vapeur remise en service par l'association.£ Ce matériel est l'unique représentante en activité des locomotives de la Compagnie des Chemins de fer Secondaires du Nord-Est, importante compagnie de transport départementale ; de plus, au détour des années trente, elle a circulé sur les lignes des grands réseaux reçues en affermage. Cette machine de caractère plutôt industriel avait pourtant la particularité de tracter des trains omnibus de voyageurs. Cette locomotive est un matériel classique devenu suffisamment rare pour que sa préservation soit aujourd'hui justifiée.£Propriété de l'association Train Thur Doller Alsace.