Moulin horizontal
Moulin horizontal à fabriquer du bleu outremer artificiel
Auvergne-Rhône-Alpes ; Rhône (69) ; Fleurieu-sur-Saône
Anciennement région de : Rhône-Alpes
Ancienne usine du bleu Guimet
Industrie chimique
Pierre ; métal ; bois
Moulin horizontal monté sur un piétement en bois.
Dimensions non prises
2e quart 19e siècle
1826
La recherche du bleu outremer trouve ses origines en 1787, quand Goethe découvre le premier la formation d'une matière bleutée sur les parois des fours à soude. Puis, c'est au tour de Tassaert, en 1814, alors chimiste et directeur de la manufacture de Saint-Gobain à Chauny, de faire le même constat. Nicolas Vauquelin est chargé de l'analyse de cette matière, dont il montre la grande proximité chimique avec le pigment du lapis-lazuli. Lors de la séance du lundi 22 novembre 1813, à l'Académie des sciences, Vauquelin présente son étude et démontre ainsi les possibilités de fabriquer artificiellement de l'outremer. En 1824, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale engage la somme conséquente de 6 000 francs dans le lancement d'un prix pour la découverte du bleu outremer artificiel. Deux conditions sont posées pour cette invention 1: la première est de réunir toutes les qualités que l'on reconnaît au lapis-lazuli ; la deuxième, que le procédé de fabrication n'excède pas le prix de 300 francs le kilo dans le commerce. En 1825, aucune invention n'est annoncée et la Société d'encouragement se voit obligée de reconduire le prix. Le but est atteint en 1828 par Jean-Baptiste Guimet avec un composé chimique de sa composition. Jean-Baptiste Guimet (1795-1871) est né à Voiron (Isère). Son père, architecte et ingénieur des Ponts et Chaussées, était l'auteur de plusieurs projets de grands travaux dans le sud de la France. Jean-Baptiste sort de l'école polytechnique en 1816. En 1817, il est admis au service des poudres et salpêtres de l'arsenal de Paris, puis à la poudrière Bouchet près d'Arpajon. En 1825, il est nommé commissaire-adjoint aux poudres à Toulouse. L'année suivante, il épouse Rosalie (dite Zélie) Bidauld, fille du peintre paysagiste Jean-Pierre-Xavier Bidauld. Elle est elle-même peintre, élève de Girodet. D'après ses carnets d'expériences et un courrier du 11 août 1826 (archives Guimet), Guimet obtient dès juillet 1826 des résultats prometteurs. En octobre, il passe au stade industriel, mais décide toutefois d'approfondir ses recherches afin de réduire le coût de fabrication. L'année suivante, il commence à commercialiser sa production de bleu au 7 de la rue du cimetière Saint- Nicolas à Paris, chez Tardy et Blanchet. Son outremer artificiel est vendu à 400 francs la livre (encore un peu au-delà du prix préconisé par la Société d'encouragement), alors que l'outremer naturel vaut entre 2 000 et 5 000 francs. C'est lors de cette période d'expérimentation que le moulin à main est utilisé par Jean-Baptiste Guimet, avant les installations de production à l'échelle industrielle. Il s'agit très certainement d'un moulin expérimental, un prototype, construit par Jean- Baptiste Guimet vers 1826- 1827. Il est l'un des seuls vestiges de l'époque de la découverte de ce bleu outremer artificiel, stade premier d'une importante aventure industrielle, d'importance nationale et internationale. C'est un élément important dans le contexte du concours lancé par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Guimet ne dépose pas de brevet. Il est en concurrence avec les Allemands qui se sont beaucoup investis dans cette recherche. Tout en conservant son poste de commissaire aux poudres à Toulouse puis à Lyon où il est muté le 30 décembre 1830, Jean-Baptiste produit son outremer. En plus du dépôt-vente parisien chez Tardy et Blanchet, il en a créé un autre, géré par son beau-frère Louis Bidauld, sur l'actuel quai Saint-Vincent à Lyon. En 1831, il crée son usine de Fleurieu-sur-Saône, et en confie la gestion à Louis Bidauld. Le succès de la fabrique est immédiat et ne cesse de prendre de l'importance. Le 5 juillet 1834, Jean-Baptiste Guimet donne sa démission de commissaire aux poudres. Sa production sera, durant ces années, en position monopolistique. Guimet obtient des prix à toutes les expositions nationales et internationales (exposition d'art et d'industrie de 1834, expositions u niverselles). Son fils Émile naît à Lyon en 1836 et reprend l'entreprise familiale en 1860 depuis l'âge de 24 ans jusqu'à sa mort en 1918. Les premières publications officielles sur le procédé Guimet paraissent grâce à Émile. En 1962, la société anglaise Reckitt and Colman devient actionnaire, et reprend la production de bleu outremer en 1965, entraînant la fermeture de l'usine Guimet le 30 avril 1967. Aujourd'hui, le bleu Guimet est fabriqué sous la marque 'Holliday Pigments', à Comines dans le Nord. Le bleu outremer artificiel est très utilisé par les peintres : dès 1827, Ingres se sert du bleu outremer pour l'Apothéose d'Homère, plafond du musée Charles X au Louvre. Mais aussi pour l'azurage des soies et du linge : Marius Moyret, professeur de chimie à Lyon, dans son traité sur les soieries lyonnaises rédigé en 1877, retrace l'histoire de la teinture et du traitement de la soie. Dans ce traité, les teinturiers lyonnais utilisaient pour l'azurage des soies, outre le bleu de Prusse, le bleu Guimet. Dans le nord-ouest de Lyon (communes de Craponne, Vaugneray et Brindas), le linge des enfants mis en nourrice pour profiter du bon air des Monts du Lyonnais est lavé sur place et celui de leurs parents à leur suite. Petit à petit, les habitants se lancent dans le blanchissage du linge. Les rivières de l'Yseron et du Ratier qui longent ces villages et le cycle des cultures facilitent cette nouvelle activité. Les blanchisseuses après le battage et le lavage du linge procèdent au rinçage. Durant cette étape, le linge blanc est azuré, c'est-à-dire trempé dans un bain d'eau de Guimet : une boule de bleu enveloppée dans un chiffon pour ne pas être en contact direct avec le linge est dissoute dans la benne. Dès 1832, l'outremer Guimet est également utilisé dans la coloration et l'azurage du papier. Les premières expériences faites dans les papeteries de Canson et de Blanchet frères sont très concluantes. L'outremer va très vite supplanter l'usage du bleu de colbalt utilisé pour l'azurage et dont le prix est largement supérieur. Enfin citons l'emploi du bleu outremer Guimet dans le domaine des encres, du traitement du sucre (blanchissage) et la savonnerie...
Propriété privée
Classé au titre objet
2011/07/13 : classé au titre objet
2011-051
Daisy Bonnard. 'Mémoire sur l'outremer Guimet'. - CNAM-CDHT : DEA en histoire des techniques, sous la direction de Liliane Hilaire-Pérez ; Daisy Bonnard. 'Le bleu outremer, inventions d'un pigment'. La revue du musée des arts et métiers, septembre 2006, n°46-47
CRMH ; DOM
Dossier individuel
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2011