Bateau de marchandises en vrac ; habitat flottant
Péniche
Dite LOUISE-CATHERINE ; ex- Liège
Bateau de marchandises en vrac, transformé en asile de l'Armée du salut dit péniche Louise-Catherine, ex Liège
Île-de-France ; Paris (75) ; Paris 13e arrondissement ; quai d'Austerlitz
75056 ; 75113
Paris 13
Quai d'Austerlitz
En ville
Patrimoine fluvial
Fonctions successives ; caisson ; hélice ; pont discontinu ; dunette
Ciment
Equipement statique flottant. Coque en ciment armé, en béton de granulats de Seine, constituée de 3 caissons : le compartiment avant abritait l'appartement du marinier, le compartiment arrière le local du personnel L'intervention de Le Corbusier est une intervention d'aménagement, il n'a à aucun moment modifié les structures en béton armé. Son travail d'architecte a consisté à surélever la barge pour y installer les équipements et la couvrir par un pont-promenade bordé de garde-corps : remontage et reprise des armatures des hiloires pour avoir un pont continu et pouvoir installer une surélévation de 1 mètre 35 au-dessus du pont, structurée par des poteaux et éclairée par des baies vitrées. Certaines des baies, montées sur châssis en bois, sont coulissantes pour assurer la ventilation. Les trois caissons sont parquetés et aménagés en dortoirs (capacité de 148 lits dont 128 superposés 2 à 2), des mezzanines sont créées à l'extrémité des trois compartiments pour ajouter des lits supplémentaires (la capacité totale de la péniche était de 198 couchages). 168 placards sont encastrés le long des varangues pour les affaires personnelles des hébergés. L'asile flottant était mobile, amarré à 5 mètres du quai par des cordages et guindeaux en chêne, et accessible par deux passerelles acier et bois. L'entrée se trouve sur la gravelaine de droite. La cuisine était à gauche de l'escalier, le réfectoire de 36 places à son débouché, sous les gravelaines sont aménagées les douches, toilettes et la chaufferie. La mise en couleurs de la péniche a été effectuée par l'architecte qui aurait utilisé les couleurs de l'Armée du salut, le bleu et le jaune. Sur le toit terrasse se trouve un mât central pour drapeau ; quand la péniche est inaugurée le garde-corps n'est pas posé et le jardin sur le toit à l'état de simple projet, mais on a la preuve qu'il a été réalisé partiellement en 1930. Le mobilier d'origine avait été également dessiné par Le Corbusier, il a presque totalement disparu lors des remises aux normes de confort postérieures : il reste les garde-corps, une chaise Thonet, trois placards et une jardinière. Les lits, les sanitaires et la porte à hublots de la gravelaine avant ont été changés.
Longueur hors tout = 70 m ; largeur = 8 m ; tonnage = 3850 tonnes.
Changement de fonction ; hors état de marche
Conservé à flot, travaux de restauration en projet.
Inscription
ARMEE DU SALUT / ASILE FLOTTANT.
Zillhardt Madeleine (commanditaire) ; Singer Polignac princesse de (commanditaire)
1er quart 20e siècle ; 2e quart 20e siècle
1917 ; 1929
Chaland charbonnier construit par la société Le Matériel Flottant à Amfreville (27) en 1919, selon la technique de la coque en ciment armé. Il ravitaillait Paris en charbon depuis Rouen, où il était amarré. Désaffecté au sortir de la première guerre mondiale, il est racheté à l'Office national de la navigation en juin-juillet 1929 par l'Armée du salut, et transféré quai d'Austerlitz à Paris pour héberger temporairement les sans-abri qui vivaient, à l'époque, sur les quais de la Seine. La péniche prend le nom de LOUISE-CATHERINE en hommage à Louise Catherine Breslau, décédée en 1927, peintre et amie de Madeleine Zillhardt, mécène et initiatrice de l'idée d'asile flottant. Winnaretta Singer, princesse de Polignac, est l'autre mécène du projet. L'architecte Le Corbusier est chargé de l'aménager selon les normes de confort de l'époque, pour un coût de 92 000 francs, ce qui est peu pour un aménagement effectué dans le cadre d'une oeuvre sociale et met en pratique l'idée de Le Corbusier de réaliser une architecture moderne à des prix raisonnables ; Le Corbusier travaille en collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret et l'entreprise parisienne Montcocol que l'on retrouve sur beaucoup de ses réalisations ; le chantier débute en juillet 1929 et s'achève en janvier 1930. Aménagements et mobilier portent la marque du style Le Corbusier : fenêtres carrées, minces colonnes, poteaux coffrés, placards à portes coulissantes... La LOUISE-CATHERINE sert pendant tout le 20e siècle d'abri d'urgence et de restaurant social pour les personnes en difficulté. Elle est amarrée successivement en aval du pont des Arts à Paris, l'été au pont du Pecq à Saint-Germain-en-Laye où elle sert de colonie de vacances, puis quai d'Austerlitz à Paris. Elle est fermée pendant la seconde guerre mondiale en raison de la dissolution de l'antenne française de l'Armée du salut, et rouvre en février 1950 pour accueillir vagabonds, chômeurs, anciens prisonniers, sortants d'hôpital... Cette réouverture s'accompagne d'un changement de mobilier et d'une modernisation, une autre importante campagne de rénovation a lieu en 1980. En 1994, la présence d'eau dans sa coque entraîne sa fermeture puis sa désaffection. Elle est vendue en 2006 à l'association LOUISE-CATHERINE SAS qui projette de la restaurer dans l'état de 1930 et de l'ouvrir au public.
Propriété d'une association
Classé au titre objet
2008/12/09 : classé au titre objet
Arrêté : péniche 'Louise-Catherine' aménagée par l'architecte Le Corbusier pour le compte de l'Armée du Salut.
2008-153
Ce bateau est intéressant à trois titres. C'est un chaland datant des lendemains de la première guerre mondiale, construit en béton armé qui témoigne d'un épisode intéressant des techniques de la construction navale et correspond à l'apogée de ce genre de construction. C'est une oeuvre à part dans la production de Le Corbusier, le seul bâtiment qu'il ait seulement aménagé, mais qui montre déjà ses préoccupations en matière d'habitat social, totalement représentatif du style et de l'esprit Le Corbusier. C'est enfin un témoignage précieux de l'histoire de la prise en charge de la grande précarité en France grâce à l'action d'une structure caritative comme l'Armée du salut.
Paris 10e, Cité européenne des Récollets, 10-21 décembre 2008.
'Les bateaux en ciment armé'. La Science et la Vie, n° 35, octobre 1917, p. 417-426 ; Pascale Laffite-Certa. 'Esprits d'aventure'. Europe 1, 30 juillet 2008 ; http : //www.arméedusalut.fr/hist_louisecatherine.html PHO propriétaire ; DOM
Archives de la Fondation le Corbusier ; Archives de l'Armée du Salut. Dossier de protection (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine)
Dossier individuel
2008
2009