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de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoineAdam et Eve - la chute de l'homme
Adam et Eve - la chute de l'homme

Référence de la notice
00130065006
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
11 juin 2013
Date de mise à jour
23 février 2026
Crédits photographiques
© BERTOLA
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
CE 5887 ; 77.R.2009.0083 (N° récolement)
Domaine
Titre
Adam et Eve - la chute de l'homme
Précisions sur l'auteur
BALDUNG : Schwäbisch Gmünd, 1484 ; Strasbourg, 1545
École (pays)
Allemagne
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1514
Historique
Adam et Ève se font face de part et d'autre de l'arbre de la Connaissance autour duquel s'enroule le serpent. Adam, de profil et tout cambré, adopte une position sthénique mettant son corps athlétique en valeur, tandis qu'il tend derrière le dos sa main gauche tournée de manière à montrer au spectateur le fruit défendu, la pomme. Adam, de son bras droit à moitié replié et formant un angle droit, semble ponctuer tel un automate les paroles qu'il adresse à Ève, cependant qu'elle cueille une pomme placée haut dans l'arbre. Le regard tendu vers le fruit, Ève imprime une légère torsion à son corps qui s'offre ainsi à la vue du spectateur et lui permet de découvrir les formes pleines de son ventre et le modelé ferme de sa jambe gauche à dessein pointée vers l'avant, tandis qu'elle essaie de cacher sa nudité à l'aide d'une branche de figuier tenue avec une gracieuse aisance. L'impression de flexibilité que dégagent les formes ondoyantes de la jeune femme s'oppose au côté rigide d'Adam, présenté de surcroît en homme sensiblement plus âgé, souligné par le lichen moussu pendant aux branches d'arbres. À l'arrière-plan, le paysage sylvestre très touffu forme un écran de verdure sombre derrière Ève, et avec une échappée vers le ciel derrière Adam, l'arbre de la Connaissance formant l'axe vertical de séparation entre les deux univers. Les troncs d'arbres du second plan délimitent à leur tour l'espace d'action, fort restreint, dont disposent les deux personnages et contribuent à créer l'impression de l'étau qui se resserre. Proche du paysage paradisiaque de la gravure éponyme de Dürer (B. 1), celui de Baldung révèle un chevreuil à demi caché derrière le pied de l'arbre central, mais dépourvu de toute valeur symbolique, contrairement aux quatre animaux représentant les tempéraments de l'homme et visibles dans le burin de 1504 du Nurembergeois. Ainsi que l'ont souligné Mmes Durian-Ress et Bock, Baldung, sans s'intéresser plus avant à l'idéal développé dans la gravure de Dürer, s'est vraisemblablement inspiré d'une ouvre de 1505 qui lui est généralement attribuée, Le Crucifié entre La Chute de l'Homme et Le Sacrifice de la messe, extrait de l'ouvrage d'édification d'Ulrich Pinder paru à Nuremberg, Der beschlossen Gart des Rosenkrantz Mariae (Mende 88). De la même période, soit vers 1514, La Chute de l'Homme et L'Expulsion du paradis (Mende 34) constituent des pendants au même titre que L'Annonciation et La Nativité, datée 1514 (Mende 35, 36), mais fonctionnant comme une suite de quatre feuilles isolées : le premier diptyque évoque le péché originel du premier couple d'êtres humains, le second, l'incarnation du Christ, venu racheter l'homme de son péché. Une longue tradition littéraire et artistique fonde par ailleurs le rapprochement antithétique de Ève et Marie. Dans la gravure étudiée et son pendant, L'Expulsion du paradis, Ève est désignée comme jouant le rôle principal ; s'adressant à elle, Adam accompagne son argumentation d'un geste de la main, tandis qu'Ève, dans la séquence suivante, est la seule à oser jeter un regard au spectateur, un regard de détresse et une demande d'aide. Séparé physiquement et symboliquement par l'arbre de la Connaissance, le premier couple d'humains expérimente la culpabilité, vécue individuellement, et qui enferme chacun dans une prison. Adam et Ève ont perdu la liberté dont ils jouissaient au paradis et découvrent l'incommunicabilité entre eux et entre eux et le monde, ce que Baldung a magistralement traduit en attribuant à chaque zone sa valeur spatiale graphiquement individualisée, sans aucune confusion de genre possible. (Anny Claire Haus)
Localisation
Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins