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POP | Plateforme ouverte du patrimoineLe palefrenier ensorcelé
Le palefrenier ensorcelé

Référence de la notice
00130066413
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
11 juin 2013
Date de mise à jour
23 février 2026
Crédits photographiques
© BERTOLA
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
77.985.7.1 ; 77.R.2009.0104 (N° récolement)
Domaine
Titre
Le palefrenier ensorcelé
Précisions sur l'auteur
BALDUNG : Schwäbisch Gmünd, 1484 ; Strasbourg, 1545
École (pays)
Allemagne
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1534
Genèse
œuvre en rapport
Historique
En 1544, peu de temps avant sa mort, Baldung réalise l'une de ses plus saisissantes gravures, Le Palefrenier ensorcelé, dont il existe un dessin préparatoire daté 1544 (Koch 143) et conservé à Bâle (Öffentliche Kunstsammlung), où d'ailleurs seul le personnage du palefrenier est esquissé. Dans l'oeuvre traitée, au même titre que le monogramme HB placé sur une tablette apposée contre la marche en bas à droite, le blason de la famille Baldung, muni de la licorne, figure dans la représentation en haut à droite et procède d'un dessin à la plume également daté 1544 (Koch 142), que détient le British Museum à Londres. De par la position frondeuse de la corne et des deux pattes avant, l'animal héraldique gravé paraît s'acharner sur quelque adversaire, plus qu'il ne le combat avec superbe, comme le suggère le dessin de Londres. Cette différence d'intensité entre le projet dessiné et la gravure peut également s'observer dans la position des mains du palefrenier : dans la xylographie, l'artiste réussit un véritable arrêt sur image, montrant l'instant précis où l'étrille et la fourche, que le valet d'écurie venait d'utiliser ou voulait utiliser, lui échappent des mains. Dans le dessin, en revanche, la main droite paraît un peu grossière, la lecture de la main gauche n'est pas immédiate et le chapeau semble avoir été soigneusement posé par terre, l'ensemble étant incompatible avec l'impression d'instantané et d'événement saisissant que Baldung a si bien rendue dans la gravure. Le palefrenier gît allongé sur une estrade, exactement face au spectateur, qui découvre ainsi le corps étendu selon le raccourci le plus abrupt et le plus saisissant de tout l'oeuvre de Baldung, voire de la gravure en Occident. En 1515-1517, l'artiste avait déjà abordé, dans la Déploration (B. VII, 5 ; Mende 40), la mise en perspective frontale du Christ mort déposé à terre, mais il l'avait limitée au buste, tandis que les jambes repliées et vues en diagonale semblaient se désolidariser du reste du corps. Le Palefrenier, de manière surprenante, en même temps qu'il crée la profondeur spatiale, donne une indication de mesure : relativement à la feuille, le personnage représente exactement la moitié de la hauteur de la gravure, d'une part, et les semelles de ses chaussures, à la verticale, viennent pour ainsi dire ' prendre appui ' sur la surface de la feuille gravée, d'autre part, manière géniale de dénoncer l'illusion d'optique et la construction mentale qu'est la perspective. Le fait d'avoir réalisé une ' découpe ' dans l'estrade a permis à Baldung de poser dans ce retrait et à même le sol une tablette portant son monogramme, mais surtout de situer le spectateur : il est confiné dans un espace plus bas que le podium et extérieur à la scène. La moitié supérieure de l'image est réservée aux deux autres protagonistes : le cheval, devant le râtelier vide, se tourne du côté gauche pour tenter d'en comprendre la raison et découvre gisant à terre celui qui venait de l'étriller et qui était censé lui apporter sa ration de foin. Interpellé par le spectacle, il remue légèrement la queue, sans pour autant percevoir, à sa droite, la vieille femme aux traits de sorcière qui est véritablement à l'origine des événements. Celle-ci, coiffée d'un chapeau cachant ses cheveux dépenaillés et dévoilant un sein, s'est appuyée contre un mur et brandit telle une furie un flambeau, celui qui a jeté un sort au palefrenier en le terrassant. Le caractère insensé de la scène est généré par l'envoûtement de la femme-sorcière, dont à aucun moment le danger n'a été perçu, mais qui a pris palefrenier et cheval dans ses rets. La technique, inhabituelle chez Baldung, du trait quasi tremblotant, surtout réservé au mur derrière la sorcière et au sol de l'écurie, renforce l'aspect insolite de la scène, par ailleurs construite avec une économie de lignes et de volumes qui accroît considérablement l'impact de l'image. L'intérêt de Baldung pour la représentation du démoniaque ou même du diabolique n'est pas nouveau. Tout jeune, il figurait déjà des sorcières avec une intensité étonnante, et même durant la mise en oeuvre du maître-autel de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau. Toutefois, comme l'a suggéré A. von Rüstow, ' le diabolique avait encore sa place à côté du divin, et le démoniaque côtoyait les saints. Dieu, à présent, a disparu de la surface de l'image, et le Diable, en tant qu'Antéchrist, n'est pas resté davantage. La Nature en tant que telle est vécue et représentée comme démoniaque, en l'absence du divin et loin de Dieu '. (Anny Claire Haus) ; voir aussi : Le palefrenier ensorcelé (77.000.0.9) autre épreuve
Localisation
Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins