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POP | Plateforme ouverte du patrimoineNémésis ou La grande fortune
Némésis ou La grande fortune

Référence de la notice
00130073139
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
10 juin 2013
Date de mise à jour
23 février 2026
Crédits photographiques
© BERTOLA
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
77.005.0.77 ; 77.R.2009.0059 (N° récolement)
Domaine
Titre
Némésis ou La grande fortune
Précisions sur l'auteur
Dürer : Nuremberg, 1471 ; Nuremberg, 1528 ; nationalité : Allemande
École (pays)
Allemagne
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1501
Historique
Cette gravure réalisée vers 1501-1502 marque l'apothéose de la technique de Dürer et de sa virtuosité exceptionnelle. Considérée jusqu'au XIXe siècle comme une version plus élaborée de la Petite Fortune, planche gravée vers 1496 (B. 78 ; cat. n° 18), l'oeuvre - l'une des plus recherchées -, a été rapprochée en 1856 par B. Hausmann de la pièce que Dürer mentionne dans son Journal de voyage aux Pays-Bas sous le nom de die Nemesis. Comptant parmi les divinités primordiales grecques, Némésis personnifie l'indignation, voire l'attitude vindicative des dieux face à l'orgueil humain générant la démesure, l'ubris. L'intervention de Némésis, sous la forme d'une punition ou de la chute du héros outrecuidant, répondait au désir de rééquilibrer le monde. La déesse antique, réhabilitée à la Renaissance italienne, réapparaît quelque peu transformée. Le sujet de la gravure de Dürer, comme l'a souligné Karl Giehlow, est emprunté à un passage du Manto, que le poète Poliziano (1454-1494) avait composé en latin en hommage à Virgile, et dédié à Laurent le Magnifique en 1482. La déesse y est décrite flottant dans les airs à l'aide de ses ailes bruissantes et ' tenant toujours la coupe et la bride de harnais, symboles de récompense et de châtiment '. La coupe, à la différence du harnais, n'est pas considérée comme un attribut traditionnel de Némésis, mais suggère l'aptitude de la divinité à récompenser ceux qu'elle agrée ; d'où son identification à la capricieuse Fortune. A cette première source se rajoute celle découverte par Panofsky et explicitant l'expression condescendante et renfrognée de la figure ailée de Dürer. L'ouvrage de l'humaniste Pompinius Laetus (1428-1497), publié vers 1500 sous le titre Manuel d'Histoire romaine et qui, sous forme de manuscrit déjà, circulait parmi les humanistes de Nuremberg révèle l'intérêt accordé à la déesse. Celle-ci, qualifiée de Virgo et Victrix, prend de la distance par rapport aux affaires humaines perverties et corrompues et vient se réfugier au plus haut des cieux en attendant la régénération du monde. Le terme de ' Victrix ' associé à Némésis a probablement incité Dürer à évoquer cette figure nue, ailée et de profil sur une sphère symbolisant la puissance universelle, telle une ' Victoire ' de monnaies romaines. Cette femme de corpulence massive, selon toutes apparences, correspond difficilement à l'idéal classique. Aussi est-il étonnant d'apprendre, grâce à Panofsky, que la construction de cette imposante silhouette se fonde entièrement sur le canon des proportions établi par Vitruve, dont Dürer a eu connaissance en 1500. Or, malgré les aspirations contradictoires auxquelles Dürer a été confronté -naturalisme, idéalisation -, la figure de Némésis rend compte d'une souveraine présence. Le modelé subtil de ce corps de chair à l'effet sculptural, dialogue avec de contrastants effets de textures, créés à partir de rapides changements de traits microscopiques, dont le plumage des ailes et les volutes du drapé constituent l'illustration la plus magistrale. Deux études d'aile à la plume et datées vers 1501-1502, sont conservées au British Museum à Londres. L'impact de la Némésis paraît d'autant plus puissant qu'elle se détache sur un ciel pur, suggéré par le blanc du papier. Sous le feston de nuages supportant la déesse en équilibre sur une sphère comme la Petite Fortune, se déploie un vaste panorama rendu avec la précision d'un relevé cartographique, que le Nurembergeois avait probablement réalisé en traversant le Tyrol, en 1495, lors de son premier voyage en Italie. (Anny Claire Haus) 2e exemplaire ; voir aussi le 1er exemplaire, Inv. 77.000.0.20