Historique
Ce tableau qui a appartenu au Dr George Viau a sans doute passé dans l'une des deux ventes de ce collectionneur à Paris en 1907 sous l'attribution erronée (comme la majeure partie des oeuvres alors dispersées) à Van Gogh. Loin de désigner une peinture de Vincent, la matière très truellée, les coups de couteau posés avec autorité, l'harmonie colorée assez dure, la brutalité des formes et notamment la découpe des montagnes sur le ciel, la solidité de la construction des plans clairement distingués, le site lui-même qui peut être un paysage de la campagne aixoise, indiquent l'oeuvre de l'artiste provençal, de la deuxième moitié du XIXe siècle. John Rewald (1974), comme Pierre Granville, y reconnurent même un lieu connu en amont du barrage du Tholonet, avec les contreforts de la Montagne Sainte-Victoire se trouvant à droite. Jugeant sur photographie, John Rewald a proposé le nom d'un ami de Cézanne, Antoine-Fortuné Marion (1846-1900) dont la manière est souvent proche à cette époque de celle du maître d'Aix. Il ne semble pas cependant que cette toile puisse être rapprochée de celles de Marion dont les couleurs sont généralement plus criardes et dont les touches n'ont pas la décision qui se rencontre dans le présent tableau. En revanche, chaque particularité de cette peinture rappelle des oeuvres indiscutables de Cézanne lui-même, avant son passage par l'impressionnisme et après ce qu'il appelait lui-même sa manière 'couillarde', c'est-à-dire vers 1865-1867. C'est l'opinion à laquelle se rallièrent Bernard Dorival (1973), 'prudemment', Michel Hoog (1975) avec beaucoup de réserve et Pierre Granville. On peut en effet rapprocher cette peinture du 'Coin de rivière' et surtout d'un 'Paysage', catalogué par Venturi et, dans un autre genre, du 'Pain et gigot d'agneau' du Kunsthaus de Zürich, ainsi que de la série des portraits de cette époque ('Louis-Antoine Cézanne lisant l'Evénement', 'Portrait d'Antony Valabrègue', 'L'Oncle Dominique'...). Cependant, l'attribution à Cézanne donnée aussi par Serge Lemoine (1976) est aujourd'hui sujette à caution. Cette oeuvre n'avait d'ailleurs pas été reproduite dans le catalogue de la grande rétrospective Cézanne en 1995-96.