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de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoineSoranus et Servilie
Soranus et Servilie

Référence de la notice
01370001913
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
23 août 2006
Date de mise à jour
23 février 2026
Rédacteur de la notice
Valcauda Sophie ; Bardin Dominique
Crédits photographiques
© Jay
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
CA 295 ; 214 (Cat. peint. françaises 1968) ; 295 (Cat. 1883)
Domaine
Dénomination
Titre
Soranus et Servilie
Précisions sur l'auteur
GAGNERAUX : Dijon, 1756 ; Florence, 1795 ; nationalité : Française
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1793
Genèse
commande ; oeuvre en rapport
Historique
Commande de Mme Adélaïde, tante de Louis XVI ; rapporté en France par le frère de l'artiste en 1796 ; La condamnation de Barca Soranus - richissime gouverneur de l'Asie Mineure dont Néron convoitait la fortune, - et de sa fille Servilie qui, devant l'accusation avait prédit à l'empereur une mort violente, fait le sujet de ce tableau. Sujet tiré des 'Annales' de Tacite (XVI, 21-32) et unique semble-t-il dans l'histoire de la peinture, où l'on voit le père et la fille rivaliser de générosité, chacun voulant sauver l'autre en se reconnaissant seul coupable. Deux licteurs les séparent dans leurs effusions, tandis que le Sénat et le peuple manifestent les sentiments divers que leur inspire le jugement inique et le sublime dévouement des victimes. Sans doute faut-il, avec Birgitta Sandström, y voir une allusion à la situation des filles de Louis XV condamnées à l'exil, à l'heure où l'on jugeait leur neveu, le roi de France, exécuté à l'époque même où Gagneraux achevait son oeuvre. Mais s'en souvenait-on en 1798, quand le tableau valut à son auteur l'hommage posthume d'une célébration au Champ-de-Mars ? Un an plus tard seulement, 'Le Retour de Marcus Sextus' de Guérin suscitait au Salon l'émotion que l'on sait en faveur des royalistes exilés... Gagneraux n'aborda que rarement la grande peinture d'histoire : en dehors des deux batailles qui relèvent d'un genre spécifique, on ne compte guère que l''Oedipe' de 1784 et les 'Vestales' en 1794. C'est ici son oeuvre la plus ambitieuse, groupant trente-sept figures autour d'un drame qui met en jeu plus le 'fatum', le destin voulu par les dieux comme pour Oedipe, ni le dévouement d'un Métellus à la cause commune, mais la 'pietas', l'amour filial réciproque, exemplifié par l'épreuve reçue d'un pouvoir aveugle. Si l'on considère que la scène devait être agrandie à l'échelle humaine, dans un grand tableau qui comme beaucoup d'autres, à la même époque, ne fut jamais réalisé, force est de convenir que l'artiste, alors pleinement reconnu comme excellent peintre de sujets mythologiques et gracieux, jouait ici sa carrière. Non sans risque. Depuis que l'exemple fulgurant de David avait, pour la première fois depuis Le Caravage, rendu évidentes les conditions essentielles d'efficacité de la grande peinture d'histoire : dimensions réelles, clarté du propos, rigueur du dessin, combien de tentatives s'étaient révélées malheureuses, voire ridicules ; combien aussi de grands projets avaient tourné court ! Ainsi, en septembre 1778, deux ans après l'arrivée de Gagneraux à Rome, Peyron y exposait à l'Académie de France l'esquisse de 'Les jeunes Athéniens et Athéniennes tirent au sort pour être livrés au Minotaure' (tableau au Salon de 1783 ; Londres, Wellington Museum), et conserva longtemps l'espoir de la réaliser en grand : et même dans le format du 'Repas chez Simon' de Véronèse, dont il aurait pris la place à Versailles... Or, c'est de ce tableau que dérive évidemment la composition de Gagneraux. Si l'ascension professionnelle des figures de gauche à droite, les jeux subtils de clair-obscur du chef-d'oeuvre de Peyron ne s'y retrouvent pas, elle en reflète plusieurs idées dont la rencontre ne saurait être fortuite : cadre architectural avec colonnade à gauche, grande statue sur haut piédestal (deux dans le 'Soranus' : l''Athéna' Giustiniani surmontant un bas-relief en bronze avec la louve et les jumeaux, et la 'Flore' Farnese), niche avec statue au fond à droite, dominant le tribunal où sont assis les juges, enfin la grande lumière centrée sur l'héroïne et qui délimite avec l'ombre une grande ligne brisée sur les murs fermant la scène. A ce souvenir d'une oeuvre montrée quinze ans auparavant, d'autres, contemporaines, ont pu ajouter leur influence : c'est en 1791 que Lethière quitte Rome, après y avoir esquissé son 'Brutus' et sa 'Virginie' - autres projets de castes compositions réalisées plus tard (Salons de 1812 et 1831), et Girodet y peignait en 1792 son 'Hippocrate refusant les présents d'Art axerxes'. Si Gagneraux - qui fit plus de scènes d'histoire antique qu'il n'y paraît actuellement, plusieurs étant perdues - n'a certes pas le souffle épique que réclament de tels sujets, s'il ne se départit guère ici de son faire minutieux, si l'étrange ronde des licteurs autour du groupe central renvoie à des modèles baroques, si le bas-relief - repris de l'Arc de Titus - contredit la courbe amorcée par l'abside, à droite, sa tentative dans le domaine du style sévère n'est pas sans mérite : plus qu'à ses contemporains, elle semble renvoyer, par son mélange de délicatesse et de grandeur, aux exemples d'un Le Sueur et plus encore d'un La Hyre. (Notice de Sylvain Laveissière extraite de 'Bénigne Gagneraux 1756- 1795, Un peintre bourguignon dans la Rome néo-classique' / 'Un pittore francese nella Roma di Pio VI', Dijon, Rome, 1983) ; voir aussi : Etude de seau contenant des rouleaux (5053-f° 42) Etude, Bénigne Gagneraux, Soranus et Servilie (2015-4-1) Oeuvre contemporaine inspirée par
Localisation
Dijon ; musée des beaux-arts