Historique
Le portrait reprend une composition attribuée à Dosso Dossi représentant un saint guerrier considéré comme saint Guillaume, Maurice ou Georges. L'inscription identifie le personnage comme Charles le Téméraire. Celui-ci porte le collier de la Toison d'Or, auquel fait allusion l'épisode biblique de Gédéon (Livre des Juges, VI, VI, 37-40), figuré au fond du tableau. Gédéon, désireux de s'assurer qu'il a bien été élu pour sauver Israël, propose à Dieu d'étendre à terre une toison qui se mouillera de rosée tandis qu'alentour la terre restera sèche, ce qui se produit en effet. ; Il existe plusieurs variantes de l'effigie : - à Versailles, n° 3068 ; donné à l'école flamande du 17e siècle par le catalogue Soulié, 1854-1855, II, 1855, n° 2974 (B. H 0,14 L 0,49) et considéré comme une réplique du XVIIe siècle d'après Dosso Dossi dans le catalogue, resté manuscrit, de G. Brière et A. Pératé ; entré sous le règne de Louis-Philippe ; - à Vienne, Kunsthistorisches Museum, n° 893 ; attribué à l'école flamande - à Zurich, dans la collection Edgar Mannheimer (T. H 1,20 L 0,90) - à et Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts, où le duc porte le collier de l'Ordre de la Toison d'Or, mais où la scène allégorique et l'inscription ne figurent pas (B. H 1,05 L 0,73) ; peut-être s'agit-il d'une copie du 19e siècle. Par ailleurs, en 1905, Salomon Reinach (I, p. 37, 2) avait remarqué la ressemblance de ces pseudo-effigies du Téméraire avec la composition représentant un saint guerrier auréolé, de visage semblable, mais dépourvu des attributs cités plus haut, considéré tantôt comme saint Guillaume, comme saint Maurice ou saint Georges, sans raison iconographique précise. Il en existe plusieurs versions : - à Hampton Court, n° 183 : Saint Guillaume, (T. sur panneau, H 0,83 L 0,73) reproduit par F. Gibbons, 1968, fig. 59 :ce tableau a appartenu à Charles Ier ; il est attribué à Giorgione dans les inventaires anciens, et donné pour la première fois à Dosso Dossi dans les inventaires de Jacques II. Selon Felton Gibbons (1968), il n'est pas impossible que la composition, dont les nombreuses reprises prouvent le succès, soit due, à l'origine, à une idée de Giogione ; cet auteur juge vraisemblable l'attribution du tableau de Hampton Court à Dosso Dossi. Cet avis est partagé par A. Mezzetti (1965, p. 91), - à Francfort-sur-le Main, Stadtliches Kunstinstitut : Saint Georges (B. H 0,97 L 0,78), don Passavant, 1843 ; provenant de la collection Barisoni à Milan, catalogué comme une copie néerlandaise du XVIe siècle d'après Dosso Dossi ; - à Vienne, Kunsthistorisches Museum n° 702 : Saint Guillaume, attribué à van Hemessen ; - on connaît encore le tableau passé dans la vente Christie, en novembre 1963, n° 12 ; une colonne cannelée apparaît au fond à droite. Felton Gibbons (1968, p. 182) cite d'autres exemplaires de l'une ou l'autre interprétation dans la collection Saibene à Milan (B. H 0,98 L 0,77) ; dans la vente Curzon, le 10 juillet 1931, chez Christie, n° 115 (H 0,96 L 0,77) ; et enfin au Musée de Darmstadt (n° 522) où il nous a été impossible de le retrouver. Comment interpréter la ressemblance entre ces deux séries de peintures ? L'auteur des portraits du Téméraire a-t-il donné au duc la physionomie du saint guerrier peint au XVIe siècle, dont il se serait inspiré en ajoutant quelques éléments permettant de l'identifier, en particulier l'inscription ? Ou, en sens inverse, le peintre du 'Saint Guerrier' s'est-il souvenu d'une authentique effigie du duc de Bourgogne dont il aurait prêté les traits au personnage sacré ? Il faut noter, à ce propos, que le tableau de Hampton Court était curieusement catalogué, dans la collection de Charles Ier, en 1639, avec la mention : 'Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, par Mich, Coxcia'. (Notice de Marguerite Guillaume extraite du 'Catalogue raisonné du Musée des Beaux-Arts : peintures italiennes', Ville de Dijon, 1980)