Description
Peinture à l'huile sur toile ; François Nicot est né à Chagny en 1873. On ne dispose que de peu d'informations sur son apprentissage si ce n'est qu'il aurait été élève de Gérôme, à une date pour l'instant indéterminée. Il n'a pas exposé aux Salons parisiens, mais il a en revanche envoyé quelques tableaux aux Salons dijonnais. On a connaissance d'un atelier à Chagny au moins jusque dans les années 1930. Ses oeuvres de jeunesse relèvent d'un style plutôt réaliste avec des emprunts notables au post-impressionnisme dans ses natures mortes ou paysages bourguignons. Sa recherche des effets de contraste de la lumière du sud au cours de sa carrière est concomittante d'un changement de style puisqu'il va de plus en plus appliquer la peinture au couteau, par de larges touches. Il entreprend de longs voyages, de plusieurs mois à plusieurs années, principalement dans les pays et régions du pourtour méditerranéen, sûrement influencé par son apprentissage chez Gérôme. Il se fait envoyer matériel et toiles et envoie lui-mêmes les tableaux réalisés sur place à Chagny, attestant de la réalisation de certaines toiles in situ. C'est son beau-frère bourguignon, M. Forestier qui sera son interlocuteur principal. Les échanges de cartes postales, envoyées à son beau-frère ou sa sœur, signées de sa main ou de celle de son épouse, permettent d'esquisser une chronologie et d'envisager la datation de certains tableaux. Le présent tableau provient du fonds d'atelier du peintre. A la mort de l'artiste en 1945, ce fonds échoit à Mme Nicot sa veuve, qui fait envoyer au beau-frère du peintre M. Forestier, une partie de cette collection, emmenant avec elle au Venezuela une autre partie. Par succession, M. Forestier lègue à la mère de Mme Sadosky, sa cousine, les tableaux et documents rassemblés, puis l'ensemble revient à Mme Colette Sadosky, donatrice. En rapport avec l'oeuvre, celle-ci a en sa possession une carte postale datée du 10 avril 1915 montrant le Colisée d'El Djem, selon le même point de vue. Une seconde carte de juin 1915 postée depuis Sidi Bou Saïd atteste qu'en 1915, Nicot est bien en Tunisie. Dans sa correspondance, l'artiste explique avoir débarqué à Bizerte, puis être descendu jusqu'à Gabès. De là, il se rend à Tozeur et semble particulièrement ravi de son voyage. La toile représente le Colisée romain d'El Djem également connu sous le nom de Colisée de Thysdrus, édifice romain érigé au IIIe siècle. A ce jour, il s'agit de l'amphithéâtre le mieux conservé en Afrique du Nord malgré sa destruction partielle au cours des siècles, notamment pour l'utilisation de ses pierres. Néanmoins, au XIXe siècle, une protection du site commence à être mise en place débouchant à la promotion touristique du lieu. L'acquisition, par don, de cette toile, permet de confirmer l'engagement du musée des Beaux-Arts de Dijon dans une politique d'acquisition visant à compléter sa collection orientaliste par les productions de peintres locaux. Le patrimoine romain de Tunisie, et plus généralement d'Afrique du Nord est peu présent dans les collections publiques françaises, si ce n'est sous forme de collections photographiques. Cette représentation orientaliste d'un sujet antique permet d'illustrer la multiplicité des inspirations des artistes qui, au cours du XIXe et au début du XXe siècle, effectuèrent ce fameux Grand Tour. Les collections dijonnaises ne conservent que peu de représentations de sites tunisiens identifiés (les représentations les plus courantes étant assez largement algériennes) et peu de témoignages de ruines archéologiques. L'acquisition de cette toile est donc doublement complémentaire. (d'après Naïs Lefrançois, 2021)