Précisions sur le sujet représenté
Scène d'extérieur; sur un quai dans un port où sont amarrés deux bateaux, un groupe de trois débardeurs et d'un passant discutent debout. Autour d'eux, quatre hommes assis sur des caisses se reposent et se restaurent. Un chien est à leur côté. Sur le côté droit un homme debout, de dos fume la pipe et sur la droite une femme et un enfant regardent le port. Des caisses et des fûts sont entassés sur le quai; 'La Pause de Débardeurs' du port de commerce ne manque pas d'évoquer les préoccupations sociales de l'époque, ce nouveau regard porté sur le monde du travail. Ces hommes de peine sont en premier plan dans une disposition assez théâtrale qui fonctionne dans une évidente symétrie, révélée par le placement d'un personnage vue de dos, sur la médiane verticale. Par ailleurs, celle-ci est renforcée et délimitée par deux caisses au sol sur lesquelles sont assis deux débardeurs. Cette construction judicieuse accentue la cohésion du groupe d'hommes, dans sa dimension sociale, laissant entrevoir des liens de solidarité dans cette rude besogne. Le froid glace les paroles, donnant l'impression de laisser chaque être dans son monde intérieur, et déjà pour certains accablés de fatigue. Derrière, deux cargos de leur démesurée brutalité d'acier, masquent l'horizon, dérobant aux regards l'idée d'infini, comme un inéluctable voile gris, rendant impossible toute échappatoire à leur propre condition. La mer, à peine devinée, l'infime apparition du ciel barré d'obliques métalliques, amplifient la dramaturgie d'un espace fermé. Albert Montmerot exprime en cela une profonde humanité. (Jean-Claude Culas)