Précisions sur les inscriptions
dédicace (latin) : SEXS / ARBORI DEO / T. POMPEIV / CAMPANVS (lecture de L. Rodriguez et R. Sablayrolles, cat. 2008, n°11), Sexs / Arbori(bus ?) d<e>o, ou Sexs/arborido, / T(itus) Pompeiu[s] / Campanus / [u(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito)], traduction : "Au dieu Six-Arbres (ou au Groupe Six-Arbres), Titus Pompeius Campanus (s'est acquitté de son voeu de bon gré et avec une juste reconnaisance)". (trad. L. Rodriguez et R. Sablayrolles, cat. 2008, n°11)
Description
Base La base de l'autel est polie sur toutes les faces. L'angle inférieur gauche de la face antérieure est brisé. Modénature : certaines moulures sont très érodées, plusieurs enchaînements peuvent être envisagés. Les deux premières, une rainure d'onglet et un ovolo renversé, sont les seules assurées. Les moulures suivantes peuvent être interprétées comme un filet renversé suivi d'un talon renversé, la base étant débordante par rapport au corps, ou un listel plat, suivi d'une feuillure très érodée, puis d'un cavet renversé (avec une base également débordante). Cette dernière hypothèse est la moins vraisemblable. Corps L'égrisage n'a pas effacé entièrement les traces de ciseau grain d'orge dans la partie centrale de la face latérale droite. Une bande périmétrale a été dressée au ciseau. L'état érodé de la face latérale gauche empêche d'y reconnaître un traitement identique. La face postérieure a également été polie grossièrement. Elle est traversée par une fissure oblique. Couronnement - Corniche : la corniche a été retaillée de tous les côtés. - Coussin : le coussin se compose d'un bandeau d'attique presque plat, encadré de deux pulvilli, nettement séparés du bandeau d'attique sur les faces latérales et aujourd'hui entièrement arasés. Un trou parfaitement circulaire (diamètre : 5 cm ; prof. : 4 cm), légèrement décentré à gauche, est creusé sur la face supérieure du coussin. Il s'agit ÉPIGRAPHIE Malgré un polissage plus fin que sur les autres faces, toutes les traces d'outil n'ont pas complètement disparu sur la face antérieure du corps. Les bords verticaux du champ épigraphique sont entamés, ce qui a entraîné la détérioration ou la disparition de plusieurs lettres. La dernière ligne de l'inscription a été entièrement effacée par l'érosion. Sexs / Arbori(bus ?) d<e>o, ou Sexs/arborido, / T(itus) Pompeiu[s] / Campanus / [u(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito)]. Au dieu Six Arbres (ou au Groupe Six-Arbres), Titus Pompeius Campanus (s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance). Ordinatio et paléographie La première ligne est centrée, malgré un léger décalage à gauche du mot sexs. L'alignement à gauche du reste de l'inscription ne peut être apprécié, du fait de l'usure des bordures du champ épigraphique, qui a fait disparaître quelques lettres en début et fin des lignes. Aucun mot n'est coupé par un retour à la ligne. La gravure est élégante, les lettres sont bien formées et de forme plutôt carrée. Les O sont bien circulaires, les C et la panse du D bien arrondis. Le I d' Arbori(bus) dépasse largement de la ligne. La panse des R n'est pas fermée. À la deuxième ligne, les auteurs du CIL, suivant J. Sacaze, restituaient un E inscrit dans le D. Un examen attentif de la pierre montre qu'aucune lettre n'a été gravée à l'intérieur du D. Il faut donc conclure soit à une omission du lapicide, soit à l'existence d'une expression sexarboridus, qui désignerait un groupement de six arbres, qu'elle qu'en ait été la nature (plantation, abattage, débardage, transport) . H. des lettres : l. 1 : 5,4 à 5,6 ; l. 2 : 4,7 (O et I : 5,4) ; l. 3 et 4 : 4,9. COMMENTAIRE La divinité Six Arbres est attestée sur deux autres autels votifs, l'un trouvé avec l'autel de T. Pompeius Campanus, et un autre issu de la région d'Arbas, commune située à 11 kilomètres de Montespan et à 5 km de Castelbiague. La proximité des trois provenances illustre, malgré les probables déplacements des objets, dont aucun n'a été découvert en position primaire, le caractère topique de la divinité, sans doute honorée par des fidèles d'une petite collectivité à situer dans le bassin de l'Arbas. Le théonyme, écrit au pluriel sur le n° 13 -Sex Arboribus- et peut-être au singulier sur le n° 12 -Sexarbori(bus ?)-, peut se restituer ici de l'une ou l'autre façon, si l'on ne restitue pas Sexarborido mais Sexarbori(bus ?) d<e>o. Il s'agit soit d'une traduction latine du nom d'une divinité préromaine, soit du nom d'un genius romain dont la diffusion ne dépassa probablement pas, dans le piémont pyrénéen, la région comprise entre la rivière du Job, à l'ouest, et celle de l'Arbas, à l'est. Aucune autre attestation de divinités dédiées à un groupe d'arbres n'est en effet connue. Il serait vain de s'interroger sur une symbolique des chiffres, démarche que seule la récurrence du phénomène pourrait justifier, mais qui, en l'absence de celle-ci, revient à projeter sur une réalité antique des fantasmes contemporains . La seule certitude offerte par le théonyme est la forte influence de la culture latine sur les fidèles qui avaient ainsi transformé le nom divin ou créé un genius latin pour une réalité locale. Cette acculturation marquée pouvait être le fruit d'échanges économiques plus intenses avec les milieux qui, par excellence, transmettaient cette culture : la ville et les grands domaines ruraux (villae), lieux d'élection des aristocraties locales. Le changement de taille de l'exploitation forestière, lié aux besoins nouveaux en quantité (thermes, demeures chauffées) comme en qualité (bois de charpente pour l'architecture monumentale publique comme privée), pourrait expliquer cette intensification des échanges et le phénomène d'acculturation ou de métissage qui l'accompagna . De fait, les trois fidèles connus de ce dieu Sex Arbor ou Sex Arbores sont tous pourvus des tria nomina, comme, ici, T(itus) Pompeius Campanus, et donc vraisemblablement tous trois citoyens romains. Le gentilice de ce dernier est particulièrement représenté dans la cité des Convènes . Ce phénomène est sans doute à mettre en rapport avec l'utilisation par Pompée de la haute vallée de la Garonne et du piémont pyrénéen lors de la guerre contre Sertorius, entre 77 et 71 av. J.-C. Récompensés de leur aide par l'octroi de la citoyenneté, certains membres des élites aristocratiques de l'époque reçurent ainsi le gentilice du donateur reconnaissant, Cn. Pompeius Magnus, et ce gentilice se diffusa ensuite par transmission filiale ou par affranchissement d'esclaves. Le surnom Campanus, largement répandu, n'offre pas d'information particulière. Laetitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, 2008. ; Autel votif épigraphe. Corps et couronnement fragmentaires, corniche arasée, base érodée et moulurée sur quatre faces. Les latéraux sont sans décor. la face arrière est taillée (traces de pic). Le sommet présente un foculus de 5 cm de diamètre. Inscription sur quatre lignes, tronquée aux extrémités sur les trois dernières lignes. Gravure peu profonde, lettres sont presque effacées par endroits, mais elles sont fines et régulières. le E de "DEO" est inscrit dans le O. Hauteur des lettres en moyenne : 5cm. Claudine Jacquet