Description
Les deux fragments conservés ne sont jointifs que sur un point, au milieu du corps. Les faces antérieure et latérales de l'autel ont été polies soigneusement, quelques traces d'outil subsistent sur la face latérale droite. Des traces de ciseau grain d'orge sont encore visibles sur la face postérieure. Corps Le corps est fragmentaire : les coins supérieur gauche et inférieur droit ont disparu. Couronnement Seule la moitié droite du couronnement est conservée. - Corniche : la corniche a été retaillée sur les trois faces conservées. - Coussin : le coussin se compose d'un bandeau d'attique, plus large que haut, qui devait être encadré de deux pulvilli, dont on observe encore des traces à droite. Un petit fragment de courbe conservé à cet endroit indique que des volutes ornaient les pulvilli sur la face antérieure. ÉPIGRAPHIE L'inscription est lacunaire, le début de la ligne 1 et la fin de la ligne 4 ont disparu, la partie centrale des lignes 2 et 3 est endommagée. ---]alis, / Arsc[o]rris f(ilius), / Lehere'nn'(o?) / u(otum) s(oluit) l(ibens) [m(erito)]. …alis, fils d'Arsc[or]rris s'est acquitté de son vœu à Leheren(n), de bon gré et avec une juste reconnaissance. Ordinatio et paléographie L'inscription est bien alignée à gauche, l'espacement des lettres est régulier. La gravure est large et profonde, les empattements sont bien marqués. Les lettres sont bien formées et très régulières. La panse des R est très arrondie et le jambage oblique, flexueux, prend appui sur elle. Les points de séparation, gravés plus superficiellement que le reste de l'inscription, sont formés de trois branches, en forme de Y. H. des lettres : l. 1 : 3,8 ; l. 2 : 3,7 (I : 1,8) ; l. 3 : 3,4 ; l. 4 : 3,5. DECOR La face latérale gauche est décorée d'une patère, constituée d'un disque en faible relief limité à l'extérieur par un cercle assez fin, et muni au centre d'un petit mamelon en relief entouré d'un second cercle. Un vase à libation ornait la face latérale droite du corps, il a été entièrement martelé. On peut cependant encore distinguer une anse terminée par un enroulement à chaque extrémité, fixée sur le vase au niveau d'un épaulement caréné. COMMENTAIRE L'orthographe du théonyme Leheren, ici écrit avec deux N, correspond plutôt à une abréviation d'une forme déclinée qu'à un indéclinable dont le N final aurait été doublé. Dans cette hypothèse, il s'agirait plutôt d'une adaptation à la deuxième déclinaison, Leherenn(o), que d'une forme Leherenn(i), pour laquelle aurait pu être effectuée une ligature 'NI' par un lapicide qui maîtrisait parfaitement la technique . Les cassures de l'autel n'ont laissé subsister que la fin du nom du dédicant à la ligne 1, le début et la fin du patronyme à la ligne 2 et ont fait disparaître le M final de la formule de dédicace. La largeur très régulière des lettres de l'inscription permet de calculer l'étendue des lacunes. Ainsi trois lettres devaient précéder la terminaison -alis du cognomen à la ligne 1, ce qui laisse un large éventail de possibilités pour la restitution . La mieux attestée de celles-ci dans les Trois Gaules est Vitalis, dont quatre exemples sont connus en Aquitaine méridionale, parmi lesquels deux au sanctuaire du Cap de Martau à Montsérié . Le seul autre surnom en -alis recensé en Aquitaine méridionale est Novalis, au sanctuaire du Cap de Martau à Montsérié, mais il s'agit d'un hapax, que l'on ne saurait restituer sans de solides arguments, qui font ici défaut . La restitution du patronyme, dont la partie centrale a disparu dans la cassure, est plus problématique. La courbure de la troisième lettre ne peut être que celle d'un S. De la lettre suivante ne subsiste que la partie supérieure droite. J. Sacaze (1892, n° 170), suivi par O. Hirschfeld dans le CIL XIII, restituait un E et proposait de lire Arserris, tout en admettant que cette lecture était " un peu douteuse ". Ce fragment de lettre présente cependant une nette inclinaison, peut-être un début de courbure, alors que les barres supérieures des trois E de l'inscription sont toutes parfaitement rectilignes. Il faut donc plutôt restituer un C ou un G à cet emplacement, le C s'adaptant mieux à la présence du S précédent. Entre le C et le R, il faut nécessairement une voyelle, qui ne peut être qu'une littera minuta puisque la lacune entre le S et le R ne laisse la place que d'une lettre, occupée par le C. On peut restituer un E ou un O avant les deux R suivants. La qualité de la gravure et l'utilisation, à la ligne 2, de deux litterae minutae rendent plausible cette hypothèse. Cette restitution constitue, comme celle de J. Sacaze et O. Hirschfeld, un hapax, mais elle présente l'avantage d'offrir un anthroponyme formé de deux éléments largement attestés dans les anthroponymes ou théonymes aquitaniques : ars- et -corri . Laetitia Rodriguez et Robert Sablaryolles, 2008 ; Partie gauche du corps d'un autel votif épigraphe consacré au dieu Leherenn. Latéral sculpté d'une patère sans manche. Trois lignes de texte tronquées ; caractères réguliers ayant 3,5 cm de hauteur. Gravure profonde et soignée. On ne distingue nettement que le nom du dieu et la formule de consécration. Fragment à relier au n°Ra 215 b, on peut alors lire la dédicace : ...] ALIS ARS(..)RRIS LEHERENN V.S.L.(..) Les deux fragments sont associés dans Sacaze, 1892, n°170. Claudine Jacquet