Précisions sur les inscriptions
dédicace (latin), corps : Inscription sur six lignes, BOCCO / HARAVSO / NI / M. VAL. / FVSCVS // V S L M, Bocco Harausoni, / M(arcus) Val(erius) / Fuscus // v(otum) s(olvit) l(ibens) m(erito)., traduction : À Boccus Harauso, Marcus Valerius Fuscus s'est acquitté de son voeu de bon gré et avec une juste reconnaissance. (trad. L. Rodriguez, R. Sablayrolles, cat. 2008, n°15)
Description
Toutes les faces de l'autel ont été polies, la finition étant plus importante sur la face antérieure, lisse au toucher, et sur les faces latérales, polies mais au toucher un peu plus rugueux. Base Les angles du côté droit de la base ont été brisés. Modénature : rainure d'onglet, ovolo renversé, listel plat, doucine renversée, quart-de-rond renversé sur les quatre faces. Couronnement Le couronnement a été retaillé au niveau de la corniche, le coussin a complètement disparu. - Corniche : la face antérieure de la corniche a été arasée, tous les angles sont érodés. Modénature : quart-de-rond droit, doucine droite, bandeau renversé sur les quatre faces. ÉPIGRAPHIE Le champ épigraphique est délimité par un cadre mouluré. Bocco / Harauso/ni/, M(arcus) Val(erius) / Fuscus // u(otum) s(oluit) [l(ibens)] m(erito) À Boccus Harauso, Marcus Valerius Fuscus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance. Ordinatio et paléographie La mise en page est assez soignée, malgré la disposition inhabituelle du texte. Les lignes 1 et 4 sont alignées contre le cadre à gauche, les lignes 2 et 5 sont légèrement décalées à droite. La ligne 3, qui comporte seulement deux lettres, est décentrée à gauche. Le lapicide a eu recours à une littera minuta (O) à la fin de la ligne 2 pour éviter la césure du théonyme au milieu d'une syllabe. Les lettres sont assez régulières et la gravure est profonde. Les panses des B et R sont fermées par une incision gravée plus superficiellement que le reste de la lettre. Les O et les C ne sont pas bien arrondis, et la panse supérieure du B est plus petite que la seconde. L'orientation des obliques des A et des V est la même et les jambages latéraux des M tendent vers la verticale. On reconnaît quelques caractéristiques paléographiques de l'inscription n° 6 (forme des O, des C, et de la panse des B et R, barre horizontale des B et R gravée superficiellement, orientation des jambages latéraux des M). H. des lettres : l. 1 : 4,5 ; l. 2 : 4 (O : 1,8) ; l. 3 : 3,3 ; l. 4 : 3,8 ; l. 5 : 3,4 ; l. 6 (base) : 5,1. DECOR La face latérale gauche porte un décor de vase à libation en fort relief, d'aspect schématique. L'anse, massive, comporte un poucier et la panse est dissymétrique. Un praefericulum dont le manche est orienté vers le bas est sculpté sur la face latérale droite. Le manche se scinde en deux à l'extrémité inférieure. COMMENTAIRE La divinité Boccus, ou Bocco(n), Harauso(n) est connue sur deux autres autels découverts l'un à Aulon (Haute-Garonne, voir n° 6), l'autre à Valentine (Haute-Garonne, voir supra p. XXX et n. 21). L'origine de celui-ci, qui n'est donnée que dans le manuscrit de 1822 par Du Mège (Rivalz se contentait d'un vague " cité des convènes "), a été confirmée par une enquête de R. Gavelle : le hameau de Boucou, à Sauveterre-de-Comminges. La relation paraît claire entre la première partie du théonyme antique et le toponyme du hameau. Le phénomène est suffisamment illustré par d'autres exemples (Garre/Gar ; Erriappe/Rie) pour qu'il y soit accordé crédit. Il ne faut pas pour autant identifier la divinité comme une divinité de la nature ou de l'espace : le passage, avec le temps, du théonyme au toponyme n'induit pas forcément une valeur exclusivement topique de la divinité originelle. Le nom de lieu peut très bien être issu, à époque tardive, de la présence de l'autel en remploi dans le hameau. L. Michelena suggérait pour le premier nom de la divinité un indéclinable Bocco, hypothèse reprise par J. Gorrochategui . La deuxième partie du nom, théonyme ou épiclèse, est cependant bien déclinée à une forme de datif en i, de la troisième déclinaison, et il paraît peu vraisemblable que le dédicant ait opté pour un indéclinable dans le cas de Bocco tout en adaptant Haurauso à un datif Haurausoni. Il faut donc plutôt restituer un dieu latinisé Boccus. Haurauso(n) ne connaît guère de parallèle, sauf à supposer une alternance vocalique avec la racine Heraus-, attestée dans le nom d'une divinité elle aussi connue à un seul exemplaire Herauscorritsehe . Les rapprochements sémantiques proposés par R. Lizop pour ce dernier terme avec des vocables basques sont dénués de fondement, tout comme les parallèles suggérés entre Bocco et le nom d'origine celtique Bucco . Le dédicant, M. Valerius Fuscus, était citoyen romain, comme en témoignent ses tria nomina. Le gentilice est fréquent en Aquitaine, notamment méridionale, et pouvait remonter, de façon directe ou indirecte, par filiation ou affranchissement, à des gentes aristocratiques locales qui l'auraient acquis de M. Valerius Messalla Corvinus, général d'Auguste chargé en 28-29 av. J.-C. d'une campagne contre les Tarbelli, préalable à l'organisation augustéenne de la province romaine d'Aquitaine . M. Valerius Fuscus n'est pas à identifier à M. Valerius Fuscinus, dédicant, lui aussi d'un autel à Boccus, mais la parenté entre les deux fidèles (probablement père et fils) ne fait pas de doute (voir n° 6). Laetitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, 2008 ; Autel votif épigraphe fragmentaire. Le couronnement est absent (autel retaillé), la corniche a été arrasée sur la face principale. La base est moulurée, les angles sont tronqués sur le côté droit. Les latéraux sont sculptés d'une patère à manche orienté vers le bas (à droite) et d'un guttus (à gauche). La face arrière est lisse, base et corniche moulurées. L'inscription est gravée sur 7 lignes, les initiales V.S.L.M. étant rejetées sur la base où elles sont peu lisibles, le L et le M ayant reçu des coups de pic. La hauteur des lettres est en moyenne de 3 à 4 cm, les lettres du premier mot, BOCCO, étant plus grandes et régulières que les autres. Claudine Jacquet