Précisions sur les inscriptions
dédicace (latin), corps : SILVANO DEO ET/ MONTIBVS NIMIDIS / Q IVL IVLIANVS ET PVBLICI/[V]S CRESCENTINVS QVI PRI/ MI HINC COLVMNAS VICE/NARIAS C[.]LAVERVNT ET / {ET} EXPORTAVERVNT / V.S.L.M., Silvano deo et / Montibus nimidis, / Q(uintus) Iul(ius) Iulianus et Publici/[u]s Crescentinus, qui pri/mi hinc columnas vice/narias c[?]lauerunt et / {et} exportauerunt, / u(otum) s(oluerunt) l(ibentes) m(erito)., traduction : Au dieu Silvain et aux Montagnes de Brèche, Quintus Iulius Iulianus et Publicius Crescentinus, qui les premiers ici ont travaillé à la broche (ou au ciseau) et débardé des colonnes de vingt pieds de haut , se sont acquittés de leur voeu de bon gré et avec une juste reconnaissance. (lecture L. Rodriguez, R. Sablayrolles, cat. 2008, n°143)
Description
Toutes les faces de l'autel présentent un polissage soigné, sauf le champ épigraphique qui est trop érodé pour permettre une description du traitement antique de la surface. Base Malgré le bon état de conservation de la base, deux éclats sont néanmoins visibles au niveau des angles inférieurs gauches des faces antérieure et postérieure. Les arêtes sont endommagées. La face antérieure est décorée de deux caissons, les faces latérales d'un seul chacune, et la face postérieure a été laissée lisse. Modénature : la base est débordante par rapport au corps. Gorge, ovolo renversé, listel plat, doucine renversée, listel plat, cavet renversé sur les quatre faces. Couronnement - Corniche : tous les angles de la corniche sont brisés. Modénature : le couronnement est largement débordant par rapport au corps. Cavet droit, listel plat, doucine droite, bandeau renversé sur les quatre faces. - Coussin : le coussin se compose d'un bandeau d'attique plus large que haut, surmonté d'un second élément de même hauteur. Les pulvilli latéraux, aujourd'hui arasés, formaient une légère saillie par rapport à la partie centrale du coussin, plane et creusée d'un foculus. Cette partie supérieure du coussin est décorée, sur la face antérieure, d'une palme nervurée centrale (feuille d'acanthe ?), encadrée de deux tiges terminées par un enroulement. A l'intérieur de chaque enroulement est figuré un fleuron à cinq pétales. Les faces latérales portaient également un décor sculpté, mais l'érosion en a effacé tous les détails. Un évidement rectangulaire (14 x 12 cm à l'ouverture), surcreusé d'une seconde cavité qui ménage une feuillure, constituait ue mortaise d'encastrement pour un décor sommital. ÉPIGRAPHIE Le champ épigraphique, délimité par un cadre mouluré, est parcouru de quelques fissures antiques. Très érodée en surface, l'inscription est difficilement lisible. Silvano deo et / Montibus nimidis, / Q(uintus) Iul(ius) Iulianus et Publici/[u]s Crescentinus, qui pri/mi hinc columnas vice/narias c[·]lauerunt et / {et} exportauerunt, / u(otum) s(oluerunt) l(ibentes) m(erito). Au dieu Silvain et aux Montagnes de Brèche, Quintus Iulius Iulianus et Publicius Crescentinus, qui les premiers ici ont travaillé à la broche (ou au ciseau) et débardé des colonnes de vingt pieds de haut, se sont acquittés de leur vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance. Ordinatio et paléographie La mise en forme est plutôt maladroite : espace trop grand entre Siluano et deo à la ligne 1, détruisant le centrage de celle-ci ; ligne 2 alignée à droite ; avant-dernière ligne centrée et dernière ligne décentrée à gauche ; mots accolés les uns aux autres sans aucune séparation (espace ou ponctuation), parfois coupés en fin de ligne. Les lettres sont hautes, étroites, et peu espacées. La forme des O est ovale, et l'appendice du Q descend sous la ligne. Le mauvais état de conservation du texte est en partie dû au choix de la pierre. Celle-ci, prise délibérément par les deux carriers dans la carrière où ils travaillaient, présentait les qualités esthétiques requises pour le décor architectural, comme en témoigne le texte de l'inscription, mais était inadaptée à la gravure épigraphique. H. des lettres : l. 1 : 3 à 3,6 ; l. 2 : 2,5 à 2,7 ; l. 3 : 2,7 (5e I : 1,5) ; l. 4 : 2,3 (3e I : 1,2) ; l. 5-7 : 2,5 ; l. 8 : 2,4 à 2,8. COMMENTAIRE La gravure malhabile et la mauvaise conservation de l'inscription expliquent les difficultés de lecture. À la ligne 2, l'ensemble des éditeurs et commentateurs de l'autel ont lu Nimidis. On ne distingue en fait sur la pierre que trois hastes obliques qui suggèrent cette lecture ou une ligature maladroite 'VM' pour numidis. D'autres restitutions, comme niuidis (neigeuses) nitidis (d'un vif éclat) seraient sémantiquement envisageables, mais guère plus compatibles, surtout la seconde, que nimidis ou numidis avec les hastes qui s'observent sur la pierre. Encore faut-il expliquer ce que cette épithète appliquée aux montagnes de Lez/Saint-Béat pouvait signifier. Plutôt que d'affabuler sur l'origine des carriers ou sur leurs relations avec leurs collègues de Numidie, il faut chercher l'explication dans les expressions marmor numidicum ou numidicus lapis, qui désignaient dans certains textes de l'Antiquité le marbre de Chemtou . L'expression Montes ni(u)midae désignait donc sans doute ici les génies protecteurs de montagnes productrices d'une Brèche rappelant celle de Chemtou, pour laquelle elle pouvait servir, en Gaule méridionale, de produit de substitution. La raison de la dédicace est à chercher dans l'action des carriers, les premiers à avoir sorti de la carrière des colonnes de vingt pieds de haut. Ce n'est pas la taille, modique, des colonnes qui valut la reconnaissance des artisans aux divinités, mais plus vraisemblablement l'ouverture de la carrière, dont ils étaient les premiers à extraire des pièces. Ce geste s'explique par le sacrilège que constituait, lors de l'ouverture d'une carrière ou d'une mine, le bouleversement de l'ordre naturel. Attenter à la terre était une pratique qui supposait qu'on se conciliât, par un sacrifice, la protection des dieux et génies du lieu, ici Silvain, dieu romain associé fréquemment au travail de la pierre , et les Montes nimidae, évocation des génies protecteurs locaux de la montagne de Brèche. Les carriers désignent leur activité par des termes techniques, dont le sens est à chercher dans l'accomplissement quotidien de leur tâche. Le verbe de la ligne 6, clauerunt ou cilauerunt, est ainsi à interpréter comme l'attaque du matériau par un outil comme la broche ou le coin (clauus/claua), ou, plus vraisemblablement, le ciseau en comprenant cilauerunt comme un graphie phonétique de caelauerunt (de caela, ciseau). De la même façon, exportauerunt doit se comprendre comme le débardage du bloc ébauché hors de la carrière, et non comme son expédition vers un commanditaire lointain. Les deux carriers, Q. Iulius Iulianus et Publicius Crescentinus, ne précisent pas leur statut. Bien que leur onomastique puisse désigner des citoyens, il n'est pas exclu qu'ils aient été des affranchis. L'identité étymologique du gentilice et du surnom pour le premier rend plausible l'hypothèse d'un esclave (Iulianus : la propriété de Iulius), qui, une fois affranchi par son maître devient Iulius Iulianus en recevant, au moment de son affranchissement, le gentilice de son ancien maître. Les exemples de ce type sont fréquents. Publicius Crescentinus porte un gentilice qui était celui des affranchis des collectivités : le servus publicus recevait, lors de son affranchissement, le gentilice de Publicius, désignant la collectivité à qui il devait cet affranchissement . (Laetitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, 2008)