Description
Autel votif épigraphe incomplet (couronnement et base brisés aux angles). Base et corniche moulurées sur les quatre faces. Seule une volute du couronnement est conservée. Inscription difficilement lisible, gravure grossièrement exécutée et peu profonde. Ernest Roschach a lu (erreur de lecture) : " ILVI II E DOMESTI PRIMVLLI F VSLM Iluni deo ? Domesticus Primulli filius votum solvit libens merito. Au dieu Ilun... ? Domesticus, fils de Primulus ; juste accomplissement d'un voeu spontané. Le nom divin offre beaucoup d'incertitude. Il a été lu "Ilumber." La lecture que nous proposons a l'avantage de se référer à un dieu déjà connu par d'autres monuments épigraphiques." (E. Roschach, Catalogue... 1865) C.J. (03/01/06) Base L'angle antérieur droit de la base est brisé, cette cassure se poursuit sur la moitié de la hauteur du corps, faisant disparaître ainsi son arête droite. Modénature : rainure d'onglet, ovolo renversé, listel plat, doucine renversée sur les quatre faces. Corps L'arête droite est endommagée par la cassure qui a affecté la base. Des traces de peinture ( ?) noire sont observables sur la face latérale droite du corps. Des traces d'outil sont encore visibles sur les faces latérales. Couronnement - Corniche : les angles et le bandeau de la face postérieure de la corniche sont très érodés, la face antérieure a été retaillée. Modénature : l'état très érodé des moulures gêne leur lisibilité, l'enchaînement proposé n'est donc pas assuré. Doucine droite, cavet droit, bandeau renversé sur les faces latérales et postérieure. - Coussin : le coussin se compose d'un bandeau d'attique, encadré de deux pulvilli, le gauche a entièrement disparu, le droit est fragmentaire. Les faces antérieure et postérieure du coussin présentent de profonds sillons, occasionnés par l'outil utilisé lors de la retaille de la corniche. ÉPIGRAPHIE La lecture de cette inscription est rendue difficile par l'érosion de surface à la fin des lignes 1 et 2, par la cassure de l'arête droite du corps aux extrémités des lignes 3 et 4, et par les sillons des outils qui, lors de la retaille de la corniche, ont labouré la première ligne. [I]lumber[ri], / Domesti[cus], / Serani lib(ertus), / u(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito). À (I)lumber, Domesti[cus], affranchi de Seranus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance. Ordinatio et paléographie L'usure de l'arête gauche de l'inscription ne permet pas d'apprécier l'alignement à gauche. Les lettres sont resserrées en fin de ligne 4. La gravure est superficielle et la forme des lettres est irrégulière. Les M sont plus larges que les autres lettres, le O de Domesticus est parfaitement circulaire. Le A et la moitié gauche du N de la ligne 3 sont gravés comme les M : le A, qui ne possède pas de barre transversale, est accolé au N, et l'orientation de leurs jambages et obliques est la même que ceux formant les M. H. des lettres : l. 1 : 2,4 ; l. 2 : 2,1 ; l. 3 : 2 ; l. 4 : 2,2 à 2,4. COMMENTAIRE La divinité Ilumber (ou Ilumberris) est connue par une autre inscription de Saint-Bertrand-de-Comminges, conservée au Musée archéologique départemental de la localité et dont la lecture a été récemment revue par J.-L. Schenck-David . Son nom est un composé d'un élément -berri précédé d'un élément ilum-. Les linguistes, unanimes, soulignent la parenté du deuxième élément du composé avec le basque berri, nouveau. La première partie du théonyme, Ilum-, a été rapprochée par J. Gorrochategui de l'élément ilur-, attesté dans les théonymes Ilurberri, Illurberrixo, Illurgorri et Iluro . Il a préféré ce parallèle à l'hypothèse tentante d'un rapprochement avec ilun-, radical largement répandu pour des théonymes ou des épithètes divines comme Ilun(n) ou Ilun(n)us) et pour des anthroponymes comme Illuna ou Ilunnosus . J.-L Schenck-David a tenté, par une carte de répartition, d'illustrer le bien-fondé de cette distinction, mettant en évidence la différence entre la diffusion du dieu Ilun, restreinte à la vallée de la Pique, entre Montauban-de-Luchon et Gaud, et celle, plus large, des divinités en Ilum-/Ilur-, étendue à toute la superficie de la cité des Convènes . Ilun est cependant attesté deux fois à Cadéac (CIL XIII, 371 et 374), dans la vallée de la Neste, et pourrait l'être beaucoup plus largement si on refusait l'hypothèse de J. Gorrochategui qui pense devoir distinguer le sens de -ilun- suivant sa position dans un vocable composé . J. Gorrochategui considérait comme vraisemblable une parenté entre ilum/ilur et la racine basque ili- ou la racine ibère iltun-/iltur-, signifiant " cité ", reprenant ainsi une ancienne hypothèse de R.Lizop . L. Michelena admettait cette possibilité, parmi d'autres hypothèses possibles, et G. Fabre, qui refusait le parallèle avec le terme basque, proposait un sens différent, l'élément ilur traduisant, selon lui, l'idée de puissance ou d'éclat, solution également évoquée parmi les hypothèses de L. Michelena . La divinité Ilumber(ris), peut-être celle de la cité neuve, garde donc partie de son mystère et, pour s'en tenir aux certitudes, n'est représentée sous cette forme qu'à Saint-Pé-d'Ardet et Saint-Bertrand-de-Comminges. La cassure de l'arête droite rend incertaine la lecture du dernier mot de la ligne 3. Des trois dernières lettres que comportait initialement le texte sur cette ligne, la dernière, sur l'arête, est réduite à une haste et donc illisible. L'avant-dernière est un I et la lettre qui précède, une haste, est plutôt un L qu'un F. Aucune barre horizontale ne se distingue dans la partie supérieure de la haste, alors qu'à sa base une amorce de barre est observable à droite de l'empattement . Le L de VSLM gravé sur la ligne inférieure présente les mêmes caractéristiques graphiques. Il faut donc restituer lib(ertus), et non filius. Le cognomen latin Domesticus est, au demeurant, répandu dans les milieux serviles et affranchis . Laetitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, 2008.