Précisions sur les inscriptions
dédicace (latin), corps : FAGO DEO / ERDENIVS / ERDESGI FILIVS / VSLM, Fago deo, / Erdenius, / Erdesgi . filius, / u(otum) s(oluit) . l(ibens) . m(erito)., traduction : Au dieu Fagus, Erdenius, fils d’Erdesgus, s’est acquitté de son voeu de bon gré et avec une juste reconnaissance. (L. Rodriguez, R. Sablayrolles, cat. 2008, n°147)
Description
L'autel a été poli soigneusement sur toutes les faces antérieure et latérales, l'érosion de la face postérieure empêche de déterminer son degré de finition. Corps Le monument est brisé sous l'inscription. Couronnement - Corniche : la corniche a été retaillée sur toutes les faces. - Coussin : le coussin est constitué d'un bandeau d'attique très plat, encadré de deux pulvilli cylindriques fragmentaires. Sur la face antérieure, une rainure d'onglet horizontale, vers le haut du coussin, définit le champ sommital orné par les pulvilli. Ces derniers sont décorés chacun, sur le dessus et le côté, de deux rangées de chevrons, séparées par une ceinture. Les deux ceintures se referment au centre du coussin par un fermoir formé de deux feuilles lancéolées affrontées. Les pulvilli étaient décorés de fleurons à quatre pétales sur la face antérieure ; seul celui de droite est visible, quoique érodé. ÉPIGRAPHIE Fago deo, / Erdenius, / Erdesgi filius, / u(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito). Au dieu Fagus, Erdenius, fils d'Erdesgus, s'est acquitté de son vœu de bon gré et avec une juste reconnaissance. Ordinatio et paléographie Le texte est bien aligné à gauche. Les lettres sont assez étroites, les lettres finales des deux premières lignes sont de taille réduite. La forme des lettres est irrégulière, et assez superficielle par endroits, les empattements des lettres sont marqués. La lecture Erdescus de J. Sacaze et E. Roschach à la ligne 3 est erronée. L'appendice du G est nettement visible et la comparaison avec le G de la ligne 1 ne laisse aucun doute : le nom du dédicant est bien Erdesgus. La forme des O est irrégulière et deux hederae non évidées séparent les trois dernières lettres (celle située entre le S et le L est la plus visible). La barre médiane des E n'est pas placée en position centrale, le lapicide la décale systématiquement soit vers le haut (à la ligne 2), soit vers le bas (à la ligne 1). De la même manière, la barre inférieure du F est gravée beaucoup trop près de la barre supérieure. H. des lettres : l. 1 : 3,2 à 3,4 (O : 1,8) ; l. 2-4 : 3 à 3,3 (S à la l. 2 : 2,2). COMMENTAIRE La divinité Fagus est une des rares, avec Sexarbor/Sex Arbores, dont le nom latin (Fagus : le Hêtre) constitue une traduction d'un théonyme indigène ou la désignation, en latin, d'une réalité locale sacralisée. Le dieu Fagus est, en effet, comme Sexarbor/Sexarbores, inconnu en dehors du territoire convène, où il est attesté sur deux autres inscriptions, provenant toutes deux du sanctuaire de la coume de Lias, près de Tibiran-Générest (Hautes-Pyrénées) . Il faut voir dans ce phénomène une évolution plus poussée de la transformation du divin, due à la culture des fidèles ou à la nature des activités protégées par ces dieux. C'est l'hypothèse présentée par R. Sablayrolles, qui identifiait dans la transformation économique de l'exploitation forestière à l'époque romaine la raison de cette évolution. Celle-ci était en effet naturellement accentuée dans les milieux que leur activité économique conduisait à échanger régulièrement et massivement avec les centres consommateurs (villes et villae), vecteurs principaux des modes de vie à la romaine . J.-L. Schenck-David, dans le réexamen archéologique serré qu'il a proposé du sanctuaire de la coume de Lias, suggère une autre hypothèse, celle d' " un raccourci épigraphique brutal " qui aurait partout transformé un lucus Fagi ou un lucus Sexarboris/um en deus Fagus ou Sexarbor/es deus, ce qui ôterait à ces dieux tout caractère divin . Le raisonnement est aussi brutal que le raccourci épigraphique, qu'il faudrait appliquer systématiquement aux trois inscriptions de Fagus et aux trois inscriptions de Sex Arbor. Il vaut donc mieux conserver leur statut divin aux dieux pyrénéens pourvus de noms latins et accepter l'idée que, si l'arbre n'était pas considéré comme un être divin dans le contexte religieux romain, argument emprunté par J.-L. Schenck-David à J. Scheid, il n'en allait pas forcément de même dans toutes les régions de l'Empire, comme l'admet d'ailleurs implicitement J.-L. Schenck-David qui reprend, dans le même paragraphe, la formule de " spécialités pyrénéennes ", empruntée à W. Spickermann . Le dédicant, pérégrin libre, et son père portent tous deux un surnom à la racine identique, qui a été rapprochée du basque moderne erdi (milieu, moitié) . La différence de terminaison s'expliquerait, selon les linguistes, par la latinisation du nom du fils en -enius, alors que celui de père conservait, selon J. Gorrochategui, un suffixe -sc-, qu'il rapproche plus volontiers du suffixe ibère -escen, caractéristique des ethniques, que du suffixe ligure répandu -sk- . J. Gorrochategui établit ainsi un parallèle entre Erdesc(en)/ Erden(ius) et ausecen (ibère) Ausetani (latin). La démonstration est convaincante, mais il faut supposer une mutation supplémentaire, phonétiquement explicable, du c en g (gutturale) : il faut bien lire, en effet, Erdesgi, et non pas Erdesci, sur la pierre, ce qui suppose un nominatif Erdesgus, et non pas Erdescus ou Erdescen. Laetitia Rodriguez et Robert Sablayrolles, 2008.