Bibliographie
Revue des Acquêts du Musée de Douai, par M. Albert Dutilleul, membre résident , DUTILLEUL Albert. Revue des Acquêts du Musée de Douai, par M. Albert Dutilleul, membre résident , in Mémoires de la Société d'Agriculture Sciences et Arts de Douai, 3e Série, Tome I, 1885. PP. 237-260 (p. 256-259 : "[...] Le musée vient de s'enrichir encore d'une toile importante qui clôt le cycle familial de peintures commencé au moyen du legs Fortier; à côté de la charmante « Fille du Pêcheur » de Jules Breton, et des beaux paysages d'Emile Breton et d'Adrien Demont, frère et gendre du Maitre de Courrières, on peut voir désormais un ouvrage de sa fille, Madame Virginie Demont-Breton, ouvrage ayant pour titre « La Famille ». Ne vous imaginez pas qu'il soit ici question de portraits intimes : les parents ne font pas les frais de cette peinture, et tout au plus pourrait on deviner, dans la tête intelligente de l'homme, une réminiscence voilée de traits justement chéris. L'idée présente un côté philosophique; et si ce tableau sortait de l'atelier d'un peintre, habile ouvrier d'ailleurs, mais déterminé faiseur d'anacbronismes, qui trouve original d'habiller les héros de la Bible dans le goût moderne, il faudrait se résigner sans doute à reconnaître, dans ce défricheur d'une terre inculte, le grand ancêtre du genre humain, et près de lui la première femme, qui, portant le nom de la vie, introduisit dans le monde le germe de la mort. Mais madame Demont-Breton, semble t-il, part d'un principe différent, et son oeuvre a une autre portée : au lieu d'amoindrir les figures de l' histoire en les individualisant sous un masque de vulgarité, elle relève un sujet domestiqueen le généralisant par une sorte de symbolisation. Sous son pinceau, cette terre nue ne représentera donc point le châtiment de la faute originelle, mais plutôt l'inanité des choses extérieures pour des êtres aimants qui ne s'intéressent à rien au-delà de leur tendresse ; dans sa pensée, ces personnages n'auront pas de noms propres : c'est le père, c'est la mère et le fruit béni de leur amour; c'est la famille enfin, ce besoin et cette force de la nature humaine, qui y puise à plein coeur l'affection et le dévouement, la reconnaissance et la vénération. Si telle est en effet la philosophie de cet ouvrage plût au ciel que toutes les familles ressemblassent au type créé par Madame Demont-Breton. Jugez-en par cette simple analyse. Assis sur un talus en pleine campagne, groupés dans un tendre abandon qui révèle la mystérieuse unité de leur être, les deux époux concentrent leurs regards attendris sur le cher enfantelet qui, pelotonné d'une façon aussi charmante que naturelle dans les bras de sa mère, semble déjà la reconnaître à son tendre sourire et donner le ravissant spectacle promis à Julie et à Manlius dans ces vers charmants de leur épithalame : « Volo parvulus Matris è gremio suae Porrigens teneras manus Dulcè rideat ad patrem Semihiante labello. » La jeune femme a délaissé sa quenouille pour des soins plus doux ; le chef de famille, au contraire, garde la main sur l'outil qui doit nourrir les siens. Une émotion profonde et recueillie se trahit dans les traits de ce père qui entrevoit et assume un nouveau devoir, tandis que la mère, uniquement occupée de la tendresse qui est son partage principal, laisse s'épanouir délicieusement sur son visage ce ravissement intérieur, mêlé encore du secret étonnement de la transmission de la vie. Tout le sujet réside dans l'expression de ces sentiments intimes ; et c'est pour en augmenter la puissance que l'auteur a sacrifié le paysage, ménagé la lumière qui semble se concentrer comme l'affection sur le bel innocent, et dédaigné le détail du costume, réduit à une extrême simplicité. C'est merveille de voir comment, sous cet aspect sobre et distingué, sous le calme voulu de l'effet, se dissimulent une chaleur et une puissance de tons, une verve et une liberté d'exécution qui ne dénotent en rien le sexe faible. Où se trahit pourtant la délicatesse féminine, c'est dans le lissé de la couleur et son effet nacré, c'est dans le dessin fin et mouvementé des extrémités ; les pieds (posés un peu symétriquement) sont soigneusement étudiés et très corrects; les mains de la mère sont parfaites,ces mains si gentiment disposées pour former au petit être comme un berceau vivant. On peut dire, en résumé, que la peinture de madame Virginie Demont-Breton réunit la force et la grâce, ces deux qualités inséparables des oeuvres sérieuses. L'historique de ce tableau n'est pas sans intérêt. Il a figuré au salon de 1882 ; mais le jury, étonné d'une telle maturité chez une si jeune artiste, et, parce qu'il a rompu dès longtemps avec les classiques, ne sachant plus que « ... dans les âmes bien nées Le talent n'attend pas le nombre des années », Le jury n'a osé accorder aucune récompense à madame Demont-Breton, par suite (a-t-on dit) de la supposition ridicule d'une secrète collaboration paternelle. — Les Aristarques de 1883 lui ont rendu plus de justice ; et, tout récemment, le jury de l'exposition internationale d'Amsterdam a réformé la décision des premiers juges en décernant une médaille d'or à l'oeuvre de madame Demont-Breton « La famille ». Voilà peut-être beaucoup de paroles à propos d'un seul ouvrage ; mais vous m'excuserez, Messieurs, en vous rappelant que les derniers nés ont souvent une part privilégiée dans nos affections : or, le tableau dont je viens de vous entretenir est le fruit posthume des négociations de l'ancienne commission des Beaux-Arts et le dernier avantage qu'elle a été heureuse d'assurer à la galerie de peinture.")
LEROY Stéphane : auteur, Catalogue des peintures, sculptures, dessins et gravures exposés dans les galeries du musée de Douai, publié sous les auspices de la Municipalité par Stéphane Leroy conservateur du musée, Douai, LUNVEN A., 1937, LEROY Stéphane. Catalogue des peintures, sculptures, dessins et gravures exposés dans les galeries du musée de Douai, publié sous les auspices de la Municipalité par Stéphane Leroy conservateur du musée. Douai: Impr. A. Lunven, 1937. 163 p. (N° 395, p.78 : "Demont-Breton (Mme Virginie), née à Courrières en 1859. Elève de Jules Breton, son père. 395. La famille. H.:2,19.- L.: 1.91.- T.")
Dictionnaire des Peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Librairie Gründ, 1976, BENEZIT Emmanuel. Dictionnaire des Peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d'écrivains spécialistes français et étrangers. Paris : Librairie Gründ, 1976. (t.3, p.489)