Description
Dans le Paradis terrestre, de part et d'autre de l'Arbre de Vie, Adam et Eve sont représentés debout et nus. A droite, Eve saisit de la main droite la pomme que lui offre le serpent enroulé autour de l'Arbre. Adam étend la main gauche pour recevoir le fruit défendu tandis que de sa main droite il tient une branche sur laquelle un perroquet est perché et où est accrochée une tablette portant l'inscription AlBERTUS/DÜRER/NORICUS/FACIEBAT/AD. 1504 Cette gravure est l'aboutissement d'un travail de recherche de Dürer sur l'anatomie et les proportions du corps humain, connu par une dizaine de dessins préparatoires qui s'inspirent de statues antiques, Apollon ou Esculape pour Adam, Vénus pour Eve. (extrait du catalogue Gravures de Dürer, 1971) Cette représentation d'Adam et Eve incarnent le résultat des études acharnées menées par Dürer pour recréer les formes idéales de l'homme et de la femme, telles qu'elles avaient existé-le pensait-il- dans l'art de l'Antiquité. Placés devant un sombre taillis, qiui va se révéler à l'étude, comme une véritable forêt de symboles, Adam et Eve sont séparés par l'arbre de la connaissance autour duquel s'enroule le serpent tentateur. Il présente un fruit à Eve qui en dissimule un autre derrière elle. Adam, s'il tend déjà la main vers sa perte, se tient encore fermement à une branche de l'arbre de vie, le sorbier des oiseleurs ou frêne des montagnes. Dans son feuillage s'est perché un perroquet, image de la sagesse et du discernemrnt et aussi de la virginité mariale, qui s'oppose en tous points à la perversité du serpent. Tandis qu'Adam et Eve semblent encore jouir entre eux d'une entente harmonieuse, le chat et la souris du premier plan anticipent la tension de leurs futurs rapports; par ailleurs, les animaux qui entourent le premier couple illustrent la théorie des quatre humeurs ou tempéraments que la scolastique avait liée, dès le XII siècle aux conséquences de la Chute de l'homme. Selon cette doctrine, formulée au XIIème siècle par Guillaume de Conches en particulier, l'homme, à l'origine jouissait d'une constitution parfaitement équilibrée. : il était donc absolument sain de corps et d'esprit, immortel et sans péché. La faute originelle, en détruisant cet état de grâce premier, l'avait rendu sujet au défaut majeur provoqué par la prédominance de l'une ou l'autre des humeurs, bile jaune ou bile noire, lymphe ou sang : irascibilité, orgueil, luxure, gourmandise, paresse ou avarice... Les animaux, eux, mortels et vicieux au Paradis même, étaient par nature cholériques, sanguins, mélancoliques ou flegmatiques. Avec quatre espèces d'animaux, Dürer a figuré les représentants typiques des quatre humeurs et leurs connotations morales négatives ; l'élan symbolisant la morosité mélancolique, le lapin, la sensualité sanguine, la chat, la cruauté bileuse, et le boeuf, l'apathie flegmatique. Source : Renouard de Bussière Sophie : Albrecht Dürer, Oeuvre gravé, musée du Petit-Palais (1996).